CHAPITRE XX. — JUILLET
Secrétariat que j'avais laissés en retard depuis le 13; triste besogne, mais qu'il faut pourtant faire et qui du moins ne me fatigue pas l'esprit. J'ai vu Armand matin et soir. Il a dîné à Auteuil chez Guizot et il en a rapporté de bonnes nouvelles. On pense s'entendre sur la régence. Le roi a reçu les principaux parmi ses anciens ministres, et comme c'est d'eux que vient naturellement la concurrence aux ministres actuels, il les a travaillés et, on l'espère, convertis à la régence du duc de Nemours. Ce n'est pas l'avis de la masse qui veut la duchesse d'Orléans. Mais le pauvre prince défunt a éloigné cette idée de son testament; la princesse se prononce très vivement dans le même sens ; c'est d'ailleurs l'avis du roi, de sa famille, du ministère, et, il paraît, de tous les gens sensés. La régence Nemours est donc à peu près certaine, et Dieu veuille que nous n'en jouissions que le plus tard possible! Le roi a l'intention d'ouvrir les Chambres en personne. Comme la session de juillet ne doit durer que quelques jours et sera purement dynastique, le roi ne prononcera que quelques mots sur le malheur qui a frappé sa famille. Il a déjà écrit son discours; Guizot dit qu'il est très touchant. Camille Fain raconte que le roi ayant voulu le lui lire, l'émotion l'en a empêché; et il est persuadé que le roi ne pourra pas le lire davantage devant la Chambre. Mais n'importe! il faut que le roi y paraisse ! Sa présence sera électrique, et son silence même causé par sa douleur de père sera d'un effet puissant. Exploiter une affliction de famille dans un intérêt politique serait odieux; mais se présenter naturellement devant leè représentants de la France, leur montrer confiance et sympathie, leur montrer ses larmes, c'est
une noble démarche. Si elle profite à la monarchie, tant mieux! L'important, c'est qu'elle soit avouée par la convenance et la loyauté.
tLes stations continuent devant le cercueil. La duchesse y va sans cesse. La reine y était encore avant-hier à minuit. On s'accoutume ainsi à vivre avec ce pauvre mort, et quand il sera enlevé, ce sera un affreux déchirement, comme s'il mourait de nouveau... La douleur ne se conseille pas... surtout celle des rois... mais comment les ministres ne sont-ils pas intervenus pour empêcher ce long supplice où le courage du roi pouvait succomber et sa santé si précieuse s'altérer profondément!!
« Paris, 20 juillet 1842, 9 heures.
t Je reçois ta lettre, bonne chérie, et j'y réponds. Ne te reproche pas de m'écrire ces riens* comme tu les nommes, sur les manifestations de la petite vie intellectuelle de notre enfant. Cela me ravit au; contraire et m'amuse beaucoup; sans compter que tu les racontes d'une manière charmante et avec cette naïveté spirituelle dont tu as le secret. Je ne suis pas seul, comme tu le crois. Tu sais bien que depuis le 13 juillet je suis allé tous les jours à Neuilly, souvent deux fois. Ce n'est pas être seul. Hier, mon travail m'a mené un peu loin. J'étais bien aise d'ailleurs d'aller au journal. J'y ai vu mes camarades, et j'en ai reçu (je ne les avais pas vus depuis notre malheur) toutes sortes de compliments moins doux