‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 150 sur 271 · CHAPITRE XX. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. — JUILLET

exprime avec éloquence et émotion ce que nous sentons tous. Tu me la rendras vendredi.!

« Jeudi 21 juillet 1842, 5 heures et demie.

«Ma chère Henriette, ne m'attends pas demain à Montlignon. Il me sera impossible d'y aller comme j'en avais le désir. Le duc d'Aumale, qui avait mal à la tête hier, s'est trouvé aujourd'hui assez souffrant pour quitter la réception et se coucher. Il s'est relevé à 4 heures et demie, très reposé et beaucoup mieux. Néanmoins je ne veux pas m'éloigner et j'irai le voir demain matin. Puis, Marbot m'a donné rendez-vous à Neuilly de 1 à 5 pour me communiquer sur le prince royal, notre cher et si regretté défunt, les notes qui serviront de base à mon travail. J'y tiens beaucoup et je ne veux pas laisser échapper cette occasion. Quand la retrouverais- je? Cela me renvoie à samedi ou à dimanche. Au fait, il est bien temps que tu me reviennes ! Je l'ai bien gagné ! Merci à tes pejnsées* elles m'ont réjoui et embaumé. Que tu es bonne, charmante, et comme je t'aime!

« Tout mon coeur à toi. »

<( Paris, jeudi 22 juillet 1842, 9 heures.

« J'ai vu le duc d' Aumale hier et suis resté deux heures à Courbevoie avec lui. Je l'ai trouvé au milieu de ses cama-

rades et fort tristes, eux et lui. Ensuite je l'ai accompagné jusqu'à la Seine où il a pris un bain en pleine eau. J'ai trouvé Bertin à Neuilly et nous avons causé jusqu'au dîner. Le soir je suis allé au journal, où le roi m'avait fait prier de démentir la nouvelle que le comte de Paris changeait de nom et qu'il serait présenté aux Chambres. J'approuve que le prince qui porte le nom de la première ville du royaume n'en change pas. Mais je ne suis pas aussi partisan de la seconde négation. Je crois que la présentation de cet enfant eût produit un grand effet. Dans toute autre circonstance, c'eût été une comédie. Cette fois, l'âge de l'enfant rapproché du malhfeur qui l'a frappé si cruellement dans son avenir, eût excité une émotion universelle; et il ne faut jamais craindre, même en politique, de s'adresser au cœur humain, quand il peut répondre. C'était le cas. Je vais me préparer à cette réception. Ce sera triste. La reine et les princesses n'y viendront pas. Du reste, le roi est mieux, tj'ai dompté la bête, «disait-il au duc d'Aumale; maintenant je suis sûr de moi.» Le 31, les princes accompagneront à pied, de Neuilly à Notre-Dame, le convoi de leur frère. Puis on laissera le cercueil dans l'église et on reviendra en voiture. La cérémonie est pour le 3. La duchesse d'Orléans éprouve un grand abattement et une détente générale. La surexcitation du premier chagrin est passée; c'est presque toujours la seconde période des grandes douleurs qui est fatale quand elle doit l'être.

« Adieu, chère bonne chérie. J'espère bien te donner ma journée de demain, soirée comprise. Néanmoins, si je ne venais pas, tu aurais une lettre à 3 heures; de sorte que

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