CHAPITRE XX. — JUILLET
tu n'auras aucune inquiétude. La session durera tout lé mois d'août d'après le calcul des politiques. Je ne quitterai donc pas Paris. J'espère rencontrer aujourd'hui Mme de Bouteiller et lui serrer la main. A toi toute la tendresse de mon cœur, bonne et chère grande. »
a Paris, 22 juillet 1842, 9 heures.
c Je me suis levé ce matin avec fa tête si lourde que c'est à peine si je puis écrire. Je veux donc seulement te donner signe de vie, ma bonne Henriette. Je ne suis pas malade, j'ai même dîné hier soir de fort bon appétit, et j'ai dormi de 1 heure à 8 sans beaucoup d'interruption. Mais je suis à bout d'efforts intellectuels. Non que j'aie fait grand'chose depuis huit jours, mais j'ai beaucoup fait et à des heures très fatigantes, presque toujours de dix heures du soir à deux heures du matin, et en concurrence avec les angoisses du cœur à travers lesquelles mes pensées passaient péniblement. J'éprouve donc une fatigue cérébrale manifeste. Hier soir, j'avais à parler de cette réception, et quoique j'eusse été fortement ému, je n'ai pu trouver deux lignes passables à écrire J'ai envoyé un simple procès-verbal auquel Armand a encore retranché quelques-unes des catégories présentées, sans doute pour ne pas trop ennuyer le public. Je suis donc arrivé à l'impuissance par l'abus. Je vais me reposer. J'aurai une rude séance avec Marbot, puis après cela, j'espère pouvoir aller passer deux jours à la campagne. Deux jours ! C'est beaucoup. Si seulement je pouvais te voir et t'entendre ! Tes n. 19
lettres me font tant de bien. Que serait-ce de ta douce voix?
«J'ai vu ton père hier à la réception, sans qu'il me vit, et d'où j'étais, je ne pouvais le rejoindre. J'ai vu aussi M. de Bouteiller dont la tenue était fort belle, au milieu de cette foule dévouée et mal vêtue de maires de campagne. Ton frère est venu le matin, i
« Paris, lundi' 15 août 1842, 9 heures et demie. « MA BONNE AMIE CHÉRIE,
tLa voilà reprise cette correspondance qui un de ces jours débordera dans ta boîte de bois de rose, et alors il te faudra une autre boîte, et c'est moi qui la choisirai. Ce que je t'écrirai aujourd'hui ne sera pas long, car j'ai mille affaires. Le duc d'Aumale m'a confié la revision du travail d'Alexandre Dumas sur l'histoire des Régiments. Je l'attendrai aujourd'hui et demain, ou j'irai chez lui s'il le préfère. J'ai ensuite le grand travail des réponses aux lettres de condoléances adressées au prince, puis celui de ma brochure à distribuer, puis la discussion de la loi de régence; puis, comme cette semaine sera vraisemblablement la dernière que la famille royale passera à Neuilly et le duc d'Aumale à Courbevoie, je veux être un peu assidu avant le voyage d'Eu; puis... mais il me semble qu'en voilà bien assez. Enumère tous ces travaux d'Hercule à tes excellents hôtes pour expliquer la rareté de mes visites cette semaine, car toute réflexion faite je n'irai à Nogent que samedi, et j'espère y rester alors jusqu'à