CHAPITRE XX. — AOUT
€ Demain, je doute qu'il me soit possible d'aller te rejoindre, mon bouquet de fête à la main. Le roi et la famille royale partent ce soir après dîner. Demain le duc d'Aumale dînera chez lui, et pour la première fois je pourrai dîner avec lui depuis le 13 juillet, je ne veux pas y manquer. Je n'irai donc à Nogent que jeudi, et dans l'après-midi. Je tâcherai d'y coucher. Mais vois quelle fâcheuse coïncidence. C'est juste au moment où j'aurais aimé à passer avec toi quelques bonnes journées de repos, c'est juste à cet instant que le duc d'Aumale se trouve seul à Courbevoie, avec des affaires, le souci d'un voyage et la nécessité de ma présence. Hier soir, je suis allé voir le prince à 9 heures. Il était couché et dormait, devant se réveiller à 3 heures du matin pour aller lever des filets avec son frère Joinville le marin. Je l'ai réveillé, car j'avais à lui parler d'affaires. Il m'a dit qu'il allait de Compiègne à Eu directement avec le duc de Nemours» après le camp, et ne m'a plus parlé de l'accompagner.
« J'ai reçu des masses de lettres que je te montrerai. Il y en a de très aimables, une de M. de Rémusat, l'ancien ministre, entre autres. J'ai fait un envoi à la grande-duchesse et aussi à la reine des Belges; voici ma lettre à S. M. belge :
« Madame,
«J'ai recueilli quelques pages qui m'ont été inspirées « par le spectacle de l'affreuse catastrophe, dont le douloureux contre-coup a frappé de si loin et avec une vio- « lence si soudaine votre cœur de reine et de sœur.
294 CORRESPONDANCE DE CUVILLIERFLEURY
c Ces pages ont été écrites sous l'impression immédiate ides grandes et terribles douleurs, dont j'ai été le tétmoin respectueux et désolé.
c C'est leur seul mérite et aussi leur seul titre à fixer tun instant le regard bienveillant de Votre Majesté
«J'ai l'honneur, etc., etci
«J*ai reçu une lettre de M. de Montalivet des plus gracieuses, et combien d'autres ! Je t'apporterai le paquet, mais je te vois d'ici disant : cela m'ennuie ! tu es si charmante en disant cela que j'espère bien que cela t'ennuiera horriblement, mais n'importe, il faudra tout avaler. •
« Paris, mercredi 24 août 1842.
« Ma chère Henriette, j'ai éprouvé hier une très vive et très profonde satisfaction, et comme je veux que tu en aies ta part, je vais te raconter toute ma journée. A midi, Camille Fain m'envoie un courrier pour me prévenir que la reine désire me voir avant son départ Je réponds que je compte aller dîner à Neuilly, assister au départ de Leurs Majestés, et que je serai à 6 heures aux ordres de la reine. Une heure après, un nouveau courrier, Sa Majesté désirant me voir immédiatement. Je m'habille et j'accours; il était 2 heures et demie. La reine me reçoit à l'instant; Sa Majesté avait une liasse de papiers à la main : c Jai i voulu vous voir, me dit-elle, d'abord pour vous remer- € cier, et je vous remercie avec tout mon cœur de mère dé- « solée; ensuite pour vous prier d'achever votre œuvre, i Nemours voyage. Nous voulons qu'on entretienne de lui