CHAPITRE XX. — AOUT
soir; c'étaient, par exemple, toutes les réponses de son âls. J'ai dit au roi que si Ton m'enlevait tout l'intérêt et le rapport d'un récit très difficile à faire, puisqu'il s'agissait de choses que je n'avais pas vues, ma tâche deviendrait impossible; que donner les pièces officielles au journal du soir, c'était en enlever la primeur au Journal des Débats. «Le Journal des Débats n'est pas mon journal « officiel, • a dit le roi; «il faut qu'il soit et qu'il paraisse «indépendant pour me servir avec plus de succès.» — « C'est bien comme cela que le Journal des Débats l'en- «tend,» ai- je répondu, «et c'est à ce titre qu'il rend de «véritables services à la cause de Votre Majesté.» — «Nous sommes donc d'accord,» a dit le roi. — «Oui,» a dit la reine en répondant pour moi; «mais M. Fleury vou- «drait laisser au Journal des Débats la primeur des ren- « seigndments qui nous sont arrivés directement sans «passer par les ministres.» — «Eh bien!» a dit le roi, «j'enverrai les pièces officielles au Moniteur et non au «journal du soir. Et de cette manière, tout est arrangé. « Faites copier les pièces et adressez-les à Duchâtel assez « tard pour qu'elles ne paraissent pas dans le Messager. » Le roi m'a retenu encore quelques instants, et c'est alors seulement qu'avec une bonne grâce charmante il m'a remercié du passé. Je me suis ensuite établi dans le salon du Conseil et je me suis mis à l'oeuvre pour recopier les réponses du prince, pendant que Camille (1) faisait copier les harangues, long et fastidieux travail dont je n'avais pas voulu me charger. D'ailleurs il fallait
(1) Camille Fain.
partir et prévenir Armand. L'heure pressait Mais j'avais compté sans un incident nouveau. Soult arrive, apportant une lettre du général Aupick (i) adressée au colonel Naudet, son secrétaire, sur le voyage du prince. Madame me fait demander, puis me ramène dans la salle du Conseil, pourchassée de partout par le mouvement et les allées et venues, et elle essaie de me faire lecture de cette lettre, interrompue yingt fois par les entrées et sorties. Enfin nous nous retranchons dans le cabinet de Camille Fain où était Montalivet, clopin dopant. La lecture se fait. Je dis que la lettre est excellente, qu'il faut la publier, et j'allais remporter et partir de l'aveu de Madame. La reine vient : lecture de la lettre. Le roi, qui la connaissait et qui savait que sa sœur voulait me la donner, vient à son tour, et demande que la lettre ne soit pas publiée sans modifications. Sa Majesté s'asseoit, je me place à côté d'Elle un crayon à la main; on lit, on relit, on relit encore. Le roi indique des corrections très judicieuses, et quand nous ne savons à qui entendre pour les phrases à remplacer, il nous souffle des expressions pleines de justesse. Montalivet est là qui conseille. La reine est partie, Madame tient bon. Enfin le travail s'achève. Puis à l'instant de partir, il était 5 heures et demie, on s'avise que la duchesse de Nemours n'a pas lu la lettre. Elle était couverte de ratures; il était difficile de la déchiffrer. Madame prend alors le parti de me conduire chez la princesse, et là, en face de cette ravissante personne, j'ai, pour la cinquième ou sixième fois, mais alors sans fatigue et dii
(1) Général commandant la place de Paris.