CHAPITRE XX. — OCTOBRE
que naturellement je trouve admirables. Je te montrerai tout cela. Adieu. Soigne-toi bien. Voici de nouveau la chaleur, mais je ne m'en plains pas. Car il nous faut du beau temps pour jouir de Chantilly. Au surplus, il y fait toujours beau.
c Toute réflexion faite, je t'envoie la lettre de M. de Salvandy et celle de M. de Rémusat, les deux suffrages qui, soit dit entre nous, au point de vue littéraire, m'ont le plus touché. Fais-toi aider pour déchiffrer M. de Salvandy. Je t'envoie aussi celle de M. Rossi, le savant professeur et le pair de France. Si tu la déchiffres, je te ferai cadeau d'autant de pièces de dix sols qu'il y a de mots. Il y en a cent Tu vois que c'est une jolie gageure à tenir. Mais tu la perdras, je fen préviens. Il n'y a qu'un amour-propre d'auteur qui ait pu déchiffrer une pareille collection d'hiéroglyphes, et j'y suis parvenu. Aussi je viens de me faire inscrire comme candidat à l'Académie des Inscriptions. Je te permets même, pour déchiffrer la lettre, de te faire aider par une personne à ton choix; mais une seule. Il y a cinquante francs à gagner. »
« Amboise, dimanche 9 octobre 1842, 8 heures (1).
tNous sommes arrivés hier soir dans le château, ma bonne Henriette, après un voyage rapide et heureux. Les
(1) M. Cuvillier-Fleury accompagnait dans ce voyage le prince de Joinville et le duc d'Aumale.
3o4 CORRESPONDANCE DE CUVILLIER-FLEURY
princes sont en bonne santé, et ce qui ne t'intéressera pas moins, je me porte à merveille. Le mouvement et le grand air ont fait justice de ce commencement ou de cette fin de rhume que j'avais à Paris, et ce matin, après une bonne nuit de dix heures je me trouve aussi bien que possible. Le temps est beau, Pair est vif, nos augustes compagnons de très bonne humeur, et tout serait pour le mieux, si nous n'avions éprouvé une très grande contrariété dès le début de cette course. Imagine-toi qu'on a eu l'idée véritablement inhumaine de donner une voiture à quatre places pour la suite des princes, et nous sommes cinq. Il en est résulté une gêne très désagréable pour nous pendant cette avant-dernière nuit. Hier matin, par bonheur, Jamin nous a quittés pour passer la journée à Orléans et nous rejoindre à Tours où nous couchons le soir. Demain, nous irons vraisemblablement à Nantes par le vapeur, en sorte que voici deux jours pleins enlevés à ce supplice de la gêne en voiture. Mais à Nantes, ce sera à recommencer, si nous n'avisons à quelque amendement. Peut-être, après avoir visite la propriété des princes du côté de Châteaubriant, reviendrai-je à Paris par la malle, ou bien, s'il y a moyen, je louerai une voiture à Nantes jusqu'à Brest. Du reste, jusqu'à nouvel avis, ne change rien aux dispositions prescrites et convenues entre nous. Le plus probable est que j'irai à Brest. Je le désire. Néanmoins, si cela ne pouvait pas s'arranger, je n'en aurais ni repentir ni regret
Au demeurant, ce voyage s'annonce bien, mais j'ai une grande impatience qu'il soit fini. Je n'ai plus aucun bonheur ni aucun plaisir loin de toi, et cette distance qui me sépare déjà de toi, si courte qu'elle soit encore, me