CHAPITRE XX. — OCTOBRE
M. de La Haie-Jotisselin, administrateur des biens du prince dans ce pays; mais il fallait le voir à Nantes avant l'arrivée de Leurs Altesses, combiner les deux courses qui devaient se faire sur une route double et opposée. Au lieu de coucher à Tours, je suis donc parti avec les voitures qui ne pouvaient être transportées sur la Loire à cause de l'exiguïté des bateaux. Au lieu de passer une nuit dans un bon lit, je l'ai passée dans la calèche du prince, excellente dormeuse où j'ai été à merveille et avec laquelle j'ai roulé comme le vent C'est ainsi que je suis arrivé à Nantes quatre heures avant *les princes, et je ne l'ai pas regretté, ayant pu visiter la ville et mettre ma carte chez M. Joseph de Bouteiller que j'ai trouvé à table, c'està-dire que je n'ai pas trouvé; car je suis parti sans avoir voulu le déranger. Mais j'y reviendrai. Les princes séjournent deux jours à Nantes; le prince de Joinville va aujourd'hui à Saint-Gildas, près Savenay, et demain le duc d'Aumale se rendra à Châteaubriant où ta troisième lettre m'attend, et où j'espère que j'irai la chercher moi-même J'ai donc toute la journée pour achever mon étude de cette grande belle ville et mes civilités avec les Joseph; et je ne manquerai ni à l'un ni à l'autre. De là nous allons, je crois, coucher à Vannes ou à Lorient; ce sera le 13, et le soir du 14 nous serons à Brest. Le prince de Joinville est fort impatient d'arriver, parce que le vent souffle de N.-E. et le conduirait en trois jours à Lisbonne, tandis qu'avec le vent contraire il en aura peut-être pour dix jours à traverser le golfe de Gascogne.
«... Interrompue par une visite de Jean qui est venu, accompagné de sa bonne, m'apporter une lettre de
M. Joseph, retenu chez lui par la goutte Jean est superbe. Il m'a demandé de tes nouvelles et de celles dé Clémentine en enfant très bien appris. Je lui ai fait manger des fruits confits de Tours à bouche que veux-tu, et malgré les réclamations de ladite bonne que l'enfant n'appuyait guère. Du reste il est impossible d'être plus beau et plus charmant et d'avoir meilleur air que ce petit bonhomme dont la visite m'a, comme tu le penses bien, fort amusé. C'était d'ailleurs un souvenir de la vallée où nous avons passé ensemble de si doux instants, et tout ce qui se rattache à ton souvenir^ même de loin, a le don de me plaire:
«Tu me demandes des nouvelles du prince. Il se porte fort bien si j'en juge par son appétit et sa belle humeur. Nous vivons en parfaite intelligence. Le prince de Joinville est d'une bonne grâce charmante pour moi. Je suis seulement fâché de l'excessif entrain où je les vois. Je voudrais plus de mesure et plus de réserve apparente. Nous sommes encore si près, par la vivacité de nos souvenirs et par la grandeur de notre perte, de cette affreuse catastrophe du 13 juillet. La jeunesse et le rang sont deux grands consolateurs.
« Nos compagnons de route ne sont pas moins gais que les princes et c'est bien le moins. Jamin nous est revenu de Tours. Il n'y a sortes de plaisanteries que le prince de Joinville ne décoche contre sa rotondité qui devient en effet un peu inquiétante. Quand le duc d'Aumale se mêle à ce feu roulant, Jamin se fâche tout rouge et le sermonne publiquement sans aucune mesure. Cela me met tout mal à mon aise, car, jamais, au temps de mon autocratie la plus rigoureuse, je n'en ai fait autant. Beau-