‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 176 sur 271 · CHAPITRE XXI. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. — MAI

Lundi 24.

La vente du Palais-Royal. Je suis garçon de boutique chez M. de Bondy. Nous faisons 3,000 francs. Ma femme achalandé admirablement notre boutique. Affluence. Recette 40,000 francs.

• Mardi 2 mai 1843.

La réponse du roi à Villemain a été modifiée. Mon petit-fils siégera, comme son pire, sur vos bancs. Cette phrase a été enlevée.

Dimanche 7.

Dîner à Neuilly. Après dîner le roi m'appelle, me dit qu'il veut essayer de rectifier mes idées sur le clergé français; que la renaissance de l'esprit religieux est incontestable, que ce qui n'est pas catholique ne sera jamais protestant et est tout près de redevenir catholique; que l'éducation religieuse est la seule capable de faire des hommes moraux; qu'il ne faut pas être exclusif dans ce sens, mais non plus dans l'autre; que l'Université élève une prétention intolérable, celle de pouvoir seule préparer aux examens; le clergé français réclame aussi ce droit pour ses séminaires ; c'est justice de le lui accorder, c'est politique de lui faire cette concession afin de vivre en paix avec lui et de profiter de son influence; qu'il vaut mieux l'avoir pour ami que pour ennemi; ami, 11. 22

même négatif, il nous sert beaucoup; ennemi, on ne sait pas où cela mène. Napoléon lui-même y a usé sa puissance. — A mon objection que la Restauration avait refusé ou ôté au clergé ce que le roi veut lui donner ou lui rendre : tLa Restauration, répondit-il, était avec le clergé en meilleurs termes que nous ne sommes; le clergé se fiait à elle et ne lui attribuait pas les rigueurs de l'esprit libéral. Puis, le clergé étant d'autre part plus puissant, plus entré dans la politique, pouvait se laisser mutiler sur un point sans trop crier. Et cependant, qui doute que la réaction dont le ministère Polignac a été le signal et les ordonnances de juillet l'explosion, n'ait été provoquée par l'influence du clergé français? Partout et en tout temps, la persécution du clergé catholique entraîne de grands maux pour les gouvernants; ils sont plus forts que vous; ils ont usé la Révolution, l'Empire, et s'ils ont perdu la Restauration, c'est qu'elle les a laissés pénétrer dans la politique. On ne craint pas cela de moi. Je ne suis, ni dans ma personne, ni dans ma famille, suspect de superstition et de fanatisme.» — A mon objection que, précisément parce que le clergé était un corps homogène, puissant, auquel le Concordat de Napoléon avait imprudemment donné une organisation formidable et antinationale, il fallait que l'Université montrât un esprit de corps égal et ne relâchât rien de ses attributions, le roi a contesté que l'Université formât ou pût former un corps homogène, et il a exprimé un certain dédain sur les chances de succès qu'un pareil antagonisme aurait pour le Conseil royal. — A mon objection que les petits séminaires feraient des sujets pour Henri V, le roi a

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