CHAPITRE XXI. — MAI
ajouté que cela n'était pas prouvé, et, qu'en tout cas, poussés à bout, ils en feraient pour la république. Il a fort insisté sur cette alliance possible de la république et du catholicisme. Il a montré un abbé Lacordaire, un abbé Ravignan puisant dans l'Evangile tout ce qu'il y a d'inspiration démocratique et agissant ainsi sur la foule. #Et quel recours aurez-vous? Nous avons suspendu les traitements en 1830. Ils se sont moqués de nous et ont été cent fois plus insolents.» Ce que j'ai contesté, en disant que leur insolence datait de deux ans au plus; à quoi le roi a répondu : tVous ne voyez que la presse. Les journaux ne sont pas tout II y a la chaire, le confessionnal, l'influence occulte. C'est par 15 qu'ils nous ruinent » — A mon objection que la Chambre rejetterait une loi de concession au clergé, le roi a répondu que cela lr.i était égal, que la Chambre en aurait la responsabilité; que ce qui lui importait, c'était de montrer son bon vouloir au clergé. Il s'est plaint de la faiblesse de Villemain dans la question; il a même été assez loin pour me donner à croire qu'il avait pensé à chercher un autre instrument de sa réaction. J'ai défendu Villemain comme universitaire; j'ai cité l'exemple de Saint-Marc- Girardin, un de ses fidèles. Le roi n'a rien dit sur la personne, il m'a seulement recommandé beaucoup de prudence dans ces questions. A quoi j'ai répondu que le Journal des Débats avait montré que la prudence pouvait, en pareille matière, aller chez lui jusqu'à l'abnégation et à l'héroïsme, par esprit de conciliation; qu'il continuerait à être prudent, mais qu'il fallait s'attendre à ce que l'Université attaquée répondît, à ce que la tolérance
religieuse et l'égalité des cultes compromis se défendissent par tous les moyens. Le roi a terminé en me souhaitant très gracieusement le bonsoir, mais non sans m'apprendre qu'on m'avait dénoncé auprès de lui comme un des plus résolus antagonistes de la réaction catholique. A quoi j'ai dit poliment : Amen.
Du reste la loi de la liberté de l'enseignement est ajournée. Sur ce que je lui ai dit que la masse était indifférente, le roi m'a cité la plénitude des églises, les communions en masse; — que le clergé se recrutait bas; il m'a cité : Ravignan, Rokan, Brèzè, etc.
Lundi 8.
Je vais chez Armand (i). Je lui lis le résumé de la conversation du roi. A la Chambre, j'en fais autant avec Saint-Marc-Girardin, et je crois me conformer en cela aux intentions de Sa Majesté; Armand jette feu et flammes; Saint-Marc trouve cela très grave.
Mercredi io,
Je vais au cours de Quinet. Il lit un manifeste très éloquent contre les jésuites. Il est plusieurs fois interrompu par des applaudissements frénétiques, mêlés de sifflets. Des paroles violentes s'échangent : tVous êtes un lâche ! A bas les chouans ! A ,bas les jésuites (2) ! 1
(1) Armand Bertin.
(2) De véritables batailles s'engageaient au cours de Quinet : c Plus d'une fois, écrit l'un de ses disciples, l'administrateur en-