CHAPITRE XXI. — JUIN
Dimanche 4 juin 1843.
Le maréchal Valée (1) dit de la prise de la smalah : c Beau fait d'armes. Elan, tactique, coup d'oeil. Le prince vieilli de dix ans, mais pas mûr pour la vice-royauté ; il ne faut plus guerroyer, mais pacifier. Métier peu brillant. 1
Lundi 5.
Nouvelles d'Afrique. Excellente lettre du prince. Je vais à Neuilly. La reine conclut de ses dépèches que le prince va faire une véritable campagne.
Vendredi 9.
Je vais à Neuilly. Nouvelle du mariage du prince de Joinville avec la princesse Françoise de Bragance. Touchard (2) écrit qu'elle est grande, maigre et agréable; elle a quatre millions.
Dimanche iz.
Nos diplomates d'Italie : Latour-Maubourg s'en va de Rome huit jours avant la fête du roi qu'il laisse oélé-
(1) Valée (1773-1846), qui conduisit l'attaque de Constantine en 1837, gouverneur de l'Algérie de 1837 * 1841.
(2) Touchard, aide de camp du prince de Joinville, alla avec lui chercher les cendres de Napoléon.
brer à l'église par un vicaire; fait intimer aux princes romains qu'il ne recevra pas ceux qui feront accueil au duc de Bordeaux. Montebello marié à une Anglaise, les marmots parlant anglais et habillés à l'écossaise. Luthroth, son premier secrétaire, marié à une Allemande: A Florence, le chevalier de Belloc épouse une femme de peu avec laquelle il vivait et ne donne pas un verre d'eau à boird A Naples, étalage des forces militaires couvrant la mollesse des caractères; les Suisses se moquant des Napolitains. Une émeute. Siamo tutti Rujftani! Tu auras beau les habiller à la française, ils fuiront toujours! Belles troupes, pour faire la guerre à Polichinelle!
Lundi 19.
La reine m'écrit que le duc d'Aumale a demandé un paquebot à Alger, et qu'il revient. Des voitures partent ce soir; ce qui ne me laisse pas beaucoup de marge pour l'aller rejoindre.
Samedi 24.
Je dîne à Neuilly. Causerie avec Liadières. Le roi lui confie son mécontentement contre la Chambre et les ministres à propos de la question de dotation cCormenin, un misérable, m'attaque impunément! et il ne se trouve personne pour me défendre !• Je rencontre Sa Majesté qui me dit : «Eh bien, monsieur Fleury, nous allons revoir notre cher ami ! »