‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 185 sur 271 · CHAPITRE XXII. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII. — SEPTEMBRE

D'Houdetot surtout était très animé. Ils sont en colère contre le roi, qui a pris un Du Roure pour le placer eu qualité de chevalier d'honneur auprès de la reine Victoria et qui a eu tort. Mais leur colère contre moi est déjà passée. Le proverbe : tOn ne peut contenter tout le € monde et son maître 1 est bien vrai. Mon maître, c'est le public.

«J'ai travaillé de cinq heures et demie à onze heures sans m'interrompre. Je suis allé chez Guizot qui a tout approuvé, et qui a expédié pour mon service une estafette extraordinaire. Tu me liras dans le journal de lundi. Tout ce que je dis est la vérité pure, très peu embellie

cNous revenons d'une longue promenade en char à bancs par des chemins à se rompre le col. Le roi joue un peu trop avec le danger. Imagine-toi que toute la dynastie, moins le duc de Nemours, le duc de Montpensier et le comte d'Eu, a failli périr il y a quelques jours, parce que le roi a voulu passer sur un pont sans garde-fou, jeté sur une écluse, au-dessus d'un abîme de vingt-cinq pieds de profondeur, d'où pas un membre de la famille royale, alors entassée dans le char à bancs à douze places, ne serait sorti vivant. Il y avait six chevaux. Trois sont tombés dans l'eau. Le piqueur avait prévenu qu'il y avait risque. Le roi avait voulu passer outre. On a cherché à étouffer cette triste nouvelle d'un événement après tout miraculeux; mais elle a transpiré et elle est aujourd'hui l'effroi de Paris. C'est le courage du postillon du timon qui a sauvé le roi. On lui a donné de l'avancement, une médaille d'or et mille francs. Aujourd'hui nous n'avons pas couru le même risque. Il n'y avait même aucun

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danger sérieux, mais on a passé par des chemins à briser les voitures et à crever les chevaux, et avec des cahots à enfoncer les côtes les plus vigoureuses. Je ne comprends pas que la princesse Clémentine, qui est grosse de trois mois» résiste à de pareilles épreuves.

cLe roi m'a abordé de nouveau. Il est dans la joie Cette visite de la reine d'Angleterre l'inonde de bonheur. La reine Victoria, que j'ai très bien vue et de très près, a des yeux ravissants, une physionomie des plus gracieuses, l'air souriant, le front d'une reine. Elle avait un diadème et une couronne d'émeraudes magnifiques, une robe de moire blanche et le grand cordon de la Jarretière. Son mari est un beau blond, plutôt fade. On est resté fort tranquille toute la journée, moins la promenade, à cause du dimanche qui ne permet pas aux Anglais de s'amuser, et ils usent de la permission de faire le contraire, et ils y contribuent tant qu'ils le peuvent •

« Eu, lundi 4 septembre 1843.

tNous revenons d'une grande promenade de quatre heures dans la forêt. C'était fort brillant On a goûté, c'est-à-dire dîné à fond, sur le plateau du mont d'Orléans, en présence d'une foule immense accourue de tous les lieux voisins. Le roi a présenté la reine Victoria à cette multitude qui a beuglé : cVive la reine d'Angleterre!! avec les deux ou trois mille voix qui se répétaient d'échos en échos. La duchesse d'Orléans était là avec le comte de Paris qui excitait une attention très marquée et très générale et qui était d'ailleurs fort gentil. On a goûté à mort,

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