CHAPITRE XXIV. — NOVEMBRE
une serre à ciel ouvert, protégée seulement par des rideaux de paille qu'on abaisse quand le vent souffle. Cela ressemble un peu à ma terrasse d'Alger. Mais quelle différence ! Alger est un- nid de vautours sur un rocher; Naples est le jardin du monde.
«J'ai dîné oe soir chez l'ambassadeur où j'ai reçu un aimable accueil. M. et Mme de Lutrott ont été pour moi pleins1 d'obligeance.
« Nous avons été reçus par le roi, la reine, la reine mère, la princesse, sœur du roi, l'infant et l'infante don Sébastien, le prince et la princesse de Salerne et leur fille, notre auguste fiancée. L'accueil de ces puissances a été convenable. Chez le prince de Salerne seul, j'ai trouvé une obligeance et une bonté qui m'ont touché. La reine mère est une petite femme massive qui est mère de grandes princesses, la reine d'Espagne, Marie-Christine, l'impératrice du Brésil, la défunte dona Carlotta. La princesse de Salerne, mère de notre future duchesse, est une petite et chétive personne, sœur de l'empereur d'Autriche actuel, n'ayant que le souffle, mais le gardant pour dire des choses aimables aux gens. Elle m'en a comblé. Evidemment, j'étais précédé de quelque auguste recommandation. Notre jeune fiancée est bien telle qu'on nous l'avait dépeinte, remarquablement petite, blonde, mais une grâce charmante dans la physionomie, les yeux vifs, les traits fins et délicats, la parole facile, l'abord prévenant. Elle n'est pas jolie, mais c'est une miniature exquise. Elle m'a parlé longtemps en bons termes. Elle plaît, elle cherche à plaire. Au surplus, tu la verras.
c Adieu. 1
« Jeudi ai novembre 1844, midi.
c J'ai passé ma matinée à écrire à la reine. Jai écrit un volume et je crois que Sa Majesté sera contente. Je te donne ci-après le portrait de la princesse tel que je l'ai tracé pour la reine; tu me le garderas et ne le montreras qu'aux intimes; pardon si je le griffonne abominablement Je n'ai plus que quelques minutes avant le départ du courrier. Je me porte du reste aussi bien que possible; le temps est superbe; il fait seulement un peu trop chaud, et le soleil supporté dix minutes donne des vertiges.
t Voici ce portrait :
c ..♦ Votre Majesté comprendra le genre d'embarras que c j'éprouve à lui faire part de mon impression dans cette c circonstance; car je ne puis et ne veux être impartial, t J'éprouve en faveur de celle qui doit partager la desctinée de mon cher et bien-aimé disciple une prévention cdont je ne puis me défendre, et il se pourrait donc bien «que le portrait que je vais en tracer ne fût pas d'une c vérité rigoureuse. Cependant je dirai ce que je crois avoir «vu, ce que j'ai senti, et je n'ajouterai rien de propos délicbéré à mon impression franchement éprouvée et sincère- «ment rendue. La princesse Caroline est petite mais par- «faitement bien prise dans sa taille, d'une tournure «élégante, la démarche et le port gracieux. Ses traits sont «réguliers, d'une finesse exquise. Les lignes de la tête sont «belles. Le nez est fort, les yeux d'une vivacité char- « mante; deux dents qu'on a eu tort de laisser nuisent à «la bouche qui ne demande qu'à être gracieuse comme le