CHAPITRE XXV. — AOUT
ennemi, se montrera de bonne composition et qu'il viendra dîner avec nous après avoir été honteusement battu. Aussi bien, s'il est vaincu demain, nous le serons ce soir. Nous nous coucherons sur une défaite. Il nous faudra! digérer celât et un dîner que nous ferons sur l'herbe, ou plutôt sur le sable. Ce sera curieux de voir comment l'appétit se concilie avec la défaite et comment mangent des vaincus. Moi qui serai le plus vaincu' de tous puisque je n'aurai pas même combattu, je compte bien dinar comme si Bordeaux était définitivement sauvé, tandis qu'à l'heure qu'il est Bordeaux est sérieusement menacé par les deux cents cavaliers de Chabannes Beaufort, lui aussi, a passé à l'ennemi. Me voici donc parti, comme Marlborough qui s'en va-t-en guerre. Je sais seulement beaucoup mieux que lui quand je reviendrai, vu que je ne me soucie définitivement pas de jouer la comédie du bivouac. Je reviendrai donc coucher ici. Je traite toute cette gloire, comme tu vois, fort prosaïquement : ce qui se fait n'en est pas moins fort bien conçu et très sérieux comme instruction militaire. •
« Belfort, 29 août, 3 heures.
t J'arrive du bivouac du Taillant et je ne sais pas si ma lettre arrivera à temps à la poste. Je n'ai pu résiter à l'amabilité du prince et j'ai bivouaqué comme un Sambreet-Meuse. C'était charmant tant que le bivouac s'est passé à table La nuit, c'était moins doux II faisait un froid d'hiver. J'étais empaqueté dans ma calèche, sous le vent d'un grand feu qui me faisait crever de fumée. Couché à
dix heures, j'étais sur pied à quatre On n'est pas plus héros ! J'ai suivi toute l'opération du jour jusqu'à ce moment; et me voici, très fatigué, mais bien partant II n'y a rien de tel qu'un Parisien révolté. Le temps a été très favorable, ni chaleur, ni soleil, ni pluie. Tout s'est parfaitement passé. Le prince est ravi, et il a raison de letre. Chabannes et lui ont fraternisé, après l'affaire, sur un panier de vin de Champagne en guise de fauteuil triomphal, devant un déjeuner sur l'herbe, au milieu d'une foule moins enivrée que les vainqueurs, mais très aimable, c Adieu, ma chérie. •
« Belfort, ii septembre.
t Un mot seulement aujourd'hui pour te dire que je me porte bien. Le prince est revenu d'Espagne enchanté de son voyage et de l'accueil qu'il a reçu. La royauté espagnole a mis les petits plats dans les grands. Elle sera obligée de jeûner deux mois pour se remettre en équilibre financièrement parlant. Il est vrai que cela ne l'inquiète guère. Le duc d'Aumale s'est fort amusé, et il revient ici retrouver des fêtes, sans parler die celles qu'il donne et qui pèsent sur moi de tout leur poids. Je te quitte pour aller visiter le travail des charpentiers qui nous construisent une salle de buffet. Ce sera très galant. Nous aurons un salon de verdure. La fête durera jusqu'à la nuit, et le prince se laissera toucher et fera allumer les chandelles. »
« Belfort, 16 septembre.
« Nous avons eu hier un malheur infatigable et une fête