‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 221 sur 271 · CHAPITRE XXV. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. — SEPTEMBRE

magnifique. Le ciel ne s'est pas lassé de nous verser des torrents d'eau et de nous souffler les plus fougueux de ses vents d'automne, et tout nous a réussi en dépit de cette fureur imbécile qui se déchaînait sur nos guirlandes. Il est venu un monde fou, près de trois cents dames, adorahlement mises, le milieu entre la. tenue du matin et celle du bal. Le bal s'est prollongé jusqu'à onze heures de la mût avec un motuvement enchanteur; le buffet, la musique, l'éclairage, tout à souhait. On a pu juger des préparatifs extérieurs par un rayon de soleil qui un instant a lui et qui s'est hâté de se Cacher sous les muages. Rien n'a été perdu; Les hommes se sont promenés, ont fumé, ont mangé, ont dajnsé, ont joué; et les femmes! Ah! elles étaient folles de joie.

a Bordeaux, le 23 septembre, 6 heures du matin.

cLe prince est ravi; il m'a complimenté; tout le monde félicite l'ordonnateur de la fête. Je ne serais pas plus complimenté si j'avais gagné une bataille

t J'espère qu'on me fera duc

t J'ai vu hier le château de la Brède, petit castel d'un petit gentilhomme gascon nommé Montesquieu, qui est devenu grand comme le monde. C'est une espèce de château fort au petit pied, d'où on s'étonne que soient sortis les droits du genre humain, t perdus, disait Volc taire, et que Montesquieu a retrouvés. • La chambre du grand écrivain est d'une simplicité austère, et la trace du grand penseur est marquée sur le chambranle de la cheminée où son pied, en s'appuyant, a laissé une profonde

empreinte. Du reste, un commis à 2,000 francs aurait aujourd'hui une chambre à coucher plus confortable. J'essaierai de tirer quelque chose de cette visite, sans trop déprécier les propriétaires actuels de ce manoir, qui sont des légitimistes très prononcés, mais des maîtres très hospitaliers.

tLe prince sera toujours le 26 à Paris. Il laisse ici de bien doux et honorables souvenirs. Il a fait de grands progrès dans la science de traiter les hommes. Moins ardent que n'était le duc d'Orléans à la représentation et que n'est encore le duc de Montpensier, il l'est beaucoup plus que le duc de Nemours, et son juste milieu est la mesure où un prince doit aimer à se répandre. Il a conduit son commandement en homme supérieur et sa représentation en prince magnifique et charmant.

t Nous laissons tous ici un bon souvenir, parce que nous nous sommes donné beaucoup de mal pour produire et faire aimer le prince.

c Adieu. 1

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