CHAPITRE XXVI
LETTRES DE CUVILLIER-FLEURY A Mœe CUVILLIER-FLEURY A L'OCCASION DES MARIAGES ESPAGNOLS
Le duc d'Aumale accompagnait à Madrid le duc de Montpensier qui devait y épouser Marie-Louise-Fernande de Bourbon, sœur de la jeune reine Isabelle II.
Cuvillier-Fleury, chargé par Bertin de tenir le Journal des Débats au courant des événements de ce voyage, faisait partie de la suite des princes. La jeune reine Isabelle II épousait son cousin germain don François d'Assise, neveu par son père don François de Paule de Ferdinand VII. Ce dernier avait été exilé en France, ainsi que la fajnille royale espagnole, jusqu'en 1814, par Napoléon Ier. C'est ainsi que s'explique l'éducation française du fiancé de la reine Isabelle.
« Bayonne, Ier octobre 1846.
cMa chère Henriette, (1)
tje suis arrivé ici hier soir très fatigué, souffrant et toussant. La nuit ne m'a guère reposé, et sans être malade j'aurais été dans une grande perplexité cependant relati-
(1) Mme Cuvillier-Fleury se trouvait alors à Bordeaux.
vcment à la poursuite de mon voyage à Madrid, si les arrangements pris pour nous faire voyager avaient pu être acceptés par moi. Il s'agissait d'aller à Madrid presque sans débrider. Je l'aurais peut-être bien voulu; mais je ne l'aurais pas pu. J'attendrai ici que je trouve une place quelque part. Il n'y en a pas pendant cinq jours à la malle, mais les diligences sont excellentes et au besoin je louerai une chaise de poste. Les princes ne voyagent qu'avec des officiers armés et dans des voitures à deux places, assez légères pour ne jamais se séparer. On évacue d'avance sur Madrid les dames, les femmes de chambre, le gros bagage t Adieu, ma chère Henriette. •
« Bayonne, 2 octobre.
« Ma chère Henriette.^ J'ai accompagné les princes jusqu'à Irun, par un vent assez froid, sans en avoir autrement souffert. Ils ont été reçus admirablement; mais Irun, quoique Espagnole par la physionomie extérieure, est assez française par les relations, et cette réception ne dit rien pour ce qui se prépare. J'ai la conviction cependant que l'accueil sera excellent partout. Mais quelle fatigue ! J'ignore ce que je déciderai dimanche. •
« Bayonne, 3 octobre.
c Ma chère Henriette,
c Depuis ce matin j'ai laissé mon esprit s'ouvrir à la possibilité de rejoindre les princes. Après tout, n'avais-je pas eu toujours le désir, s'il te souvient bien, d'éviter le