‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 223 sur 271 · CHAPITRE XXVI. — OCTOBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI. — OCTOBRE

tremblement de leur entrée sous des arcs de triomphe : voyages en uniforme à bride abattue, mettre pied à terre dix fois par jour, assister à des réceptions sur place, arriver tard aux villes où Ton couche et y disputer son lit, ses effets, sa place à table, son sommeil à la foule... Si j'avais ici ma voiture l'affaire serait bientôt décidée pour l'Espagne. Il s'en trouve d'autres, il est vrai, mais moins dignes de ma confiance, et pour se liv^r aux postillons espagnols sur une route de cent trente lieues où il n'y a que deux charrons (à Vittoria et à Burgos), qui puissent raccommoder une voiture, il faut plus de foi que je n'en ai généralement aux voitures de louage. Reste le courrier, très excellent service, régulier et sûr; mais tout est pris jusqu'au 8 et le mariage est le 10. Il y a enfin la diligence qui va moins vite. Ces diligences sont, sur le modèle français, exactes, très bien servies, partant tous les jours, relais assurés, solides et bien menées. C'estpar là que vont tous les Grands d'Espagne qui retournent à Madrid et ne veulent pas exposer leurs voitures; c'est par là qu'est parti hier l'illustre Cobden, à qui le commerce anglais vient de voter trois millions. Nous l'avons rencontré avec sa femme dans le coupé, au pont de Behobie, attendant que le cortège des princes eût passé. Tout le monde me conseille ici, dans le cas où je me déciderais à pousser sur Madrid, de prendre cette voie comme plus sûre que la poste, donnant lieu à moins de tracas et d'ennuis dans un pays étranger.

tChegaray (1) veut aller à Madrid, et y veut aller avec

(1) Chegaray, ancien procureur du roi à Lyon en 1832, avocat

moi. Or, il est décidé. En attendant, j'ai retenu conditionnel lement le coupé de la diligencia-posta-peninsular pour lundi matin. J'y serai avec Chegaray.

cLa façon dont les princes et le mien surtout ont accueilli ma retraite, l'excessive bienveillance qu'ils m'ont témoignée, la très manifeste affectation du duc d'Aumale à causer avec moi en plein salon et à m'appeler chez lui pour la lectur* de ses journaux, sachant que je n'avais pas les miens, tout cela m'a prouvé que je n'avais plus rien à conquérir, mais non plus à perdre auprès de lui. Entre lui et moi, il y a vingt ans de services, d'amitié, de confiance, nous nous passons nos défauts et même nos caprices. Le prince m'a vu partir non sans regret, mais sans mécontentement, et me verra revenir avec plaisir, d'autant plus qu'en prenant congé de lui, je lui en ai exprimé l'espoir.

cLes nouvelles d'Espagne sont excellentes. Les princes sont reçus triomphalement. Je l'avais prédit Adieu, ma chère Henriette. . . •

« Bayonne, 4 octobre.

tje me suis décidé à partir pour Madrid demain à huit heures, par la diligence avec Chegaray. Nous coucherons le lendemain à Burgos et nous serons jeudi matin à Madrid. C'est un grand parti. J'espère y trouver du plaisir et quelque satisfaction de curiosité. La société de

général près la cour de Paris, lors du fameux procès des accusés politiques de Lyon, Saint-Etienne et Paris en 1834 : il était depuis 1837 député de Bayonne, où il était né.

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