CHAPITRE XXVI. — OCTOBRE
tmais une vérité. Je compte sur l'appui du roi des» Fran- «çaiset sur l'amitié des princes.» Et puis comme faisant un retour sur lui-même, trop justifié, hélas ! par la sévérité de la nature à son égard : c Qu'ils sont beaux les princes ! » a-t-il ajouté, en cherchant à lire dans ma physionomie l'impression que cette exclamation ou sa modestie, assurément bien légitime, avait faite sur moi. Tu comprends que je n'ai pas dit le contraire. Mais un flatteur aurait ajouté : « Ma foi, Monseigneur,, on est beau de toute manière, et on peut l'être en Espagne d'une toute autre « façon qu'en France. » Mais je n'ai pas eu ce courage, j'ajoute que l'infant ne m'en aurait pas su gré. C'est un homme de bon sens> honnête et sincère. Il peut être un grand prince en Espagne où les grands hommes ne courent pas les rues ni même les palais. C'est même dans les palais qu'on les rencontre le moins. Il m'a du reste parlé de la reine en prince amoureux et très injustement accusé par Bulwer (1). Nous verrons bien En attendant, le mariage se célèbre ce soir. Bulwer est rentré à Madrid et s'est fait excuser auprès des princes en fort bons termes de ne pouvoir se présenter devant eux, ayant dû protester au nom de son gouvernement contre le mariage de l'infante. Cela est fort égal à l'infante. Le duc de Montpensier va coucher cette nuit au château, laissant l'ambassade comblée de ses dons. M. Bresson a reçu un surtout en argent massif d'une magnificence vraiment royale. La reine a de plus conféré la grandesse à son marmot qui a deux ans, avec le titre de duc de Santa-Isabella. Cette faveur 5e
(1) Bulwer, ambassadeur d'Angleterre à Madrid. ,
réjouit fort. Elle me ferait, à moi, l'effet d'une mauvaise plaisanterie si la grandesse n'était rehaussée de quelque bon contrat sur le trésor public; car il n'y a plus que les doublons d'Espagne qui aient un prix à faire envie à un ambassadeur tant soit peu positif, comme le siècle nous a faits tous. Bulwer, malgré tout, en crèvera de jalousie. C'est le bon côté de la grandesse. Imagine que M. Orfila est arrivé ce matin ici, et que les Anglais ont fait courir le bruit que le roi des Français l'avait envoyé pour empoisonner la reine de toutes les Espagnes. Est-ce assez bête? Cependant cela se dit, se répète et se croit à la Puerta del Sol.
«Pour en revenir à mon infant, il n'est pas beau, ni grand. Je le soupçonne de ne pas jouir d'une bonne santé, et je l'avais connu, écolier, plus fort qu'il ne me parai: fiancé d'une reine. Sa mine est chétive et amaigrie. Malgré cela, il y a encore en lui plus d'étoffe pour faire un roi. Du reste de la famille de l'infant, D. François de Paule. père du fiancé, il y a ce petit prince qui nous écoutait sans nous comprendre, et trois filles dont l'une (une descendante de Louis XIV) (i) a suivi en Belgique un chevalier d'industrie polonais et les deux autres annoncent un peu d'esprit et beaucoup de malice. L'infant lui-même est celui (je t'ai raconté l'histoire), dont sa femme disait, un jour qu'il était tombé de cheval dans la forêt de Fontainebleau, en ^adressant à son écuyer : « Menez-le faire sa besogne! Menez-le faire sa besogne !• Car il parai: qu'après une chute de cheval et pour éviter un plus grand
(i) Nièce de Ferdinand VII par son père.