CHAPITRE XXVI. — OCTOBRE
malheur, faire sa besogne est l'usage à Naples et à Madrid!»
« Madrid, dimanche 11 octobre.
«J'arrive de Notre-Dame d'Atocha. La reine et l'infant se sont mariés là en grande cérémonie. Hier le mariage a été célébré à neuf heures au palais devant la cour et les invités. J'ai vu pour la première fois la reine d'Espagne, qui a fort grand air et n'est pas du tout la poupée dont on nous avait fait une si triste peinture. Sa sœur est plus jolie, beaux yeux, cheveux admirables, port de tête très noble, nez gros, physionomie charmante, démarche fort délibérée. Nous n'arrêtons pas depuis hier, et il me faut courir d'ici à un combat de taureaux. Cela ne se manque pas. Toute la ville est en l'air. Nous sommes sur pied depuis sept heures du matin. Il y a eu, avant la cérémonie, un magnifique cortège qui m'a fait l'eifet d une page d'histoire ancienne en action. C'est fort beau, mais derrière ces magnificences, y a-t-il une nation prospère et un trésor régulièrement rempli? That is the \ question* J'aime mieux nos mœurs bourgeoises. »
« Madrid, mardi 13 octobre.
«Hier, les illuminations donnaient leur seconde représentation, non moins brillante que la veille, par un vent féroce. Ce climat est abominable quand le vent vous souffle
la poussière et l'aridité de ces plaines éternelles. On le dit affreux pour les poitrinaires, fort heureusement je ne le suis pas.
i ...Interrompue à une heure par le prince qui me mène voir les préparatifs d'un combat de taureaux où la famille royale doit assister. Grand bien lui fasse! Ces préliminaires sont fort curieux à ce qu'il paraît.
« Ces préliminaires sont tout simplement l'incarcération des taureaux destinés pour les courses dans les cachots d'où ils s'échappent pour aller à la lumière et à la mort Ils y mettent quelques façons. C'est là ce qui est curieux. Nous avons visité aussi l'infirmerie des blessés ou des tués, l'oratoire des agonisants, enfin les mille gentillesses de cette spécialité. J'y retourne dans un quart d'heure. Il faut s'aguerrir, hurler avec les loups, se montrer barbare dans un pays qui l'est encore, du moins de ce côté J'ai là-dessus tout un chapitre à écrire. Mais les femmes, les princesses, les reines qui vont à ce spectacle. Oh! mon Dieu ! quelle barbarie d'un côté, quelle puérile recherche d'étiquette de l'autre! quel mépris de la vie humaine, et quelle adoration de sa propre personne! Imagine que le général Atthalin, pair de France, aide de camp du roi, son ami, son représentant, ici le témoin de son fils, n'est pas jugé d'assez bonne race ni d'assez haute position pour avoir sa place dans les loges ou dans les carrosses de la cour ! Hier, au spectacle, il est entré avec un billet, comme le plus mince hidalgo de cette ville. Demain, la cour va visiter l'Escurial, et le général Atthalin est occupé à faire marché avec une voiture pour l'y conduire. Nous supportons cela avec la patience du dédain, mais il nous tarde