‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 234 sur 271 · CHAPITRE XXVI. — OCTOBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI. — OCTOBRE

cesse et de femme aimable, deux qualités qui, hélas! hélas! ne devraient pas s'exclure...

c La reine et la duchesse sont venues après le dîner au bal de l'ambassade. J'ai attendu leur entrée. On a dansé dans un salon, moins large que long, sur un tapis, comme c'est l'usage ici, les rideaux fermés, par une chaleur et une poussière suffocantes. On circulait dans les autres pièces plus facilement Le logis est beau et commode. Il y avait la cour et la ville. Je n'ai pas attendu que la suffocation me prit pour me retirer. Nous partons demain, le duc d'Aumale, Jamain, Beaufort, Latour, Fiereck et moi, une cornitiva espagnole, escortes, courriers. Nous coucherons à Vittoria, et serons à Bayonne le 23 à deux ou trois heures du matin.

*Deux heures. — J'ai interrompu ma lettre pour aller déjeuner chez l'ambassadeur. La glace est rompue. Il est d'une amabilité charmante, et la comtesse elle-même daigne me parler. Ils sont rendus de leur fête de cette nuit. Tout s'est admirablement passé, surtout la gastronomie. Joseph (1) qui servait au buffet dit que les dames mangeaient des morceaux de daube larges comme des dalles de trottoir; je laisse le mot. On a retrouvé un assez grand nombre des objets perdus par les danseuses, entre autres un médaillon sans cheveux. Atthalin disait que le médaillon devait appartenir à la femme d'un chauve. Le mot est joli.

t Je reviens d'une visite à l'Armeria, quelque chose

(1) Valet de chambre de M. dv Cuvillier-Fleury, raccompagnant dans ses voyages.

comme le musée d'artillerie. C'est curieux. La chaise de campagne de Charles V ne donne pas une grande idée de la carrosserie du temps; mais la voiture de Jeanne la Folle sa mère montre à quelle perfection était parvenue la sculpture sur bois. Le train de devant et celui de derrière sont formés d'amours entrelacés dans des guirlandes» qui sont à la fois d'une légèreté ravissante et d'une vigueur prodigieuse, étant destinés à soutenir cette masse énorme J'ai vu l'épée de Fernand Cortez, et les armes d'Isabelle la Catholique, accusant des hanches et des proportions fort recommandables.

c Adieu. Nous serons, suivant toute apparence, le samedi 24 à Bordeaux. » (1)

(1) Cette correspondance d'Espagne est la dernière que Cuvillier-Fleury ait échangée avec sa femme jusqu'à la chute de la Monarchie de juillet

La Révolution de février 1848, l'exil du roi, de la famille royale, l'effondrement de son parti, la dispersion de ses amis furent pour l'ancien précepteur du duc d'Aumale autant de coups douloureux. Il est fâcheux que son Journal ne nous ait pas retracé le détail de ces événements dont il avait été le témoin et qui l'avaient frappé au cœur.

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