CHAPITRE XXVIII. — JUILLET
<c Paris, 18 juillet 1848.
c Je suis allé hier chez l'ambassadrice (1), qui m'a reçu à merveille. La bonne milady n'est pas très rassurée pour son séjour à Paris. Elle a eu grand'peur pendant la journée, et s'est crue au moment du pillage. Elle va passer quelques jours à Chantilly. Il y a quelques semaines, elle fut visitée de Lamartine : l'ex-membre du gouvernement provisoire se faisait peindre; on loua son portrait : c Oui, dit-il, il y a dans ce portrait du lord Byron, mais on y volt de plus l'homme d'Etat.» Telle est la vanité puérile de ce parvenu de la politique et de l'émeute, celle d'un enfant; mais, hélas! que nous avons payé cher sa vanité et son enfantillage!
«Sur le boulevard, j'ai rencontré d'Houdetot qui sortait d'un café; il partait le soir pour Londres; nous avons causé en plein soleil une demi-heure. Il dit que Claremont est. d'une tristesse sévère, comme cela doit être; la duchesse d'Aumale est grosse; la duchesse de Nemours plus belle que jamais. C'est bien la peine d'être belle pour l'exil ? J'ai conclu de cette conversation avec d'Houdetot, que l'opinion à Claremont était qu'on avait bien fait de ne pas livrer bataille en février, que la résistance de la royauté aurait entraîné sans succès possible pour elle d'incalculables malheurs. . . »
« Paris, 19 juillet 1848.
œ ~z ; ars ce soir à sept heures avec Dumas, et nous
(1) Lady Normamby, ambassadrice d'Angleterre.
serons demain soir à Claremont. Dis-toi, au moment où tu recevras ma lettre, que je suis en plein ou bien près d'une immense émotion.
c Dumas est revenu me voir. Il avait vu le général Cavaignac, qu'il a trouvé bienveillant pour les personnes, sévère et même rigoureux sur le fond des choses. L'argument du pouvoir actuel, c'est qu'on ne peut laisser une telle masse de millions à la disposition des princes exilés. De confiscation, il n'en est pas question. Si on peut atteindre le domaine privé en lui opposant la nullité de la donation du 7 août, on le fera. On ne croira pas confisquer, mais reprendre. Dumas a été reçu dans un grand salon de l'hôtel de Madame Adélaïde,après avoir subi mille difficultés pour l'admission, telles que la royauté n'en connaissait pas. Cavaignac est froid et digne et donne bien l'idée d'un homme de pouvoir; tant mieux ma foi; dût-il nous en coûter un peu! Ce qui importe, c'est de réorganiser cette malheureuse société. L'esprit public est excellent. On joue, m'a dit Couturié, au théâtre de la Montausier (ci-devant Palais-Royal) une pièce dirigée contre les socialistes et les organisateurs du travail qui a un succès d'enthousiasme. Louis Blanc y est livré au ridicule le plus poignant. Les Français rient, mais il faudra qu'ils payent, car c'est par les finances que nous sommes surtout menacés. Il paraît que beaucoup d'ouvriers sont rentrés dans les ateliers. La grève des chapeliers est finie. Il y a un mieux sensible en tout.
t Adieu.»