CHAPITRE XIV. — JANVIER
inondations des Polders, à propos d'une carafe renversée près d'un Français. Indignation de M. de Béarn. — Uniformes français demandés par le grand-duc Michel au comte Camille (1). Le roi les accorde, et ils sont sur le point de partir quand Sa Majesté apprend que le grandduc ne veut pas les recevoir directement d'Elle, parce qu'il faudrait lui écrire et la remercier. Le roi, fort mécontent, fait défense d'expédier les caisses, qui avaient coûté fort cher.
Samedi 19.
Arrivée du roi fort tard. On dîne à neuf heures et demie. Sa Majesté paraît jouir d'une excellente santé. Causeries sur le voyage; Heymès est enchanté de la manière dont tout s'est passé, dont le service s'est fait partout comme par enchantement, tables, logement, chevaux de poste, chevaux de selle, salles à manger improvisées, argent répandu. Le roi reçu à Douai par le général Jacqueminot. Luxe en ameublement dans tous les appartements ; des pendules jusque dans la chambre des domestiques. Dîner dans une orangerie. — Réception du roi à Péronne et à Roye ; Sa Majesté emportée par la population dans l'hôtel de ville ; finesse d'un maire qui lit sa pétition au lieu du discours de la commune. Effet politique de ce voyage ; beaucoup se rallient dans le haut commerce de Lille que la stagnation des affaires avait aliénés de la révolution de Juillet. Belles revues dans des campagnes
(1) Camille Fain, sous-secrétaire du cabinet du roi.
couvertes de neige, par un soleil éclatant, au milieu des chants joyeux des soldats. — Détails sur la reine des Belges; un peu maigrie, toujours aussi bienveillante; le roi ne la quitte pas; à peine si la princesse Marie a pu rester quelques instants seule avec elle. Elle n'a pas été au bal de Lille. On annonce son voyage à Paris pour le commencement de mars.
Lundi 21.
Passé la soirée chez Mme de ***. Je lui fais lecture d'un article fort impertinent de la Quotidienne sur la nouvelle cour. L'esprit du faubourg Saint-Germain est là tout entier. Discussion sur la noblesse ancienne. Mme de *** ne voudrait pas voir aux Tuileries la femme de son confiseur. Je m'échauffe un peu trop sur cette question. Puis sa charmante bonté m'apaise. Nous parlons de tout autre chose. Il est bien vrai qu'en ma personne c'est l'esprit nouveau qui est amoureux de l'ancien.
M. Trognon me présente au duc et à la duchesse de Broglie. Ce dernier me reçoit tout dignement Amabilité de la duchesse. Froideur de leur salon, comme de tous les salons de réceptions ministérielles. Ennui d'être annoncé par ces huissiers à voix de stentor, besoin d'être quelque chose résultant de cette coutume un peu aristocratique ; aussi me suis-je bien promis pour l'hiver prochain une