CHAPITRE XXIX. — AOUT
de Mme Louis, Henri, François et Louis sans places fixes. De l'autre côté un autre canapé sur lequel Vatout est assis, faisant des patiences sur une table ronde, Dumas faisant la lecture sur un fauteuil, le coude également sur la table et protégeant sa figure avec ses mains quand il veut dormir. Mme de M... à droite de Dumas. Les autres assistants à différentes places. Telle est l'invariable tenue du salon. On se retiie de bonne heure. Les repas sont plus courts que les soirées, d'une modestie et d'une frugalité républicaines.
«Voilà un long bavardage, mais je sais, ma bien-aimée, que tout cela t'amuse et t'intéresse.!
« Claremont, 6 août 1848.
«Vendredi, j'ai assisté à une séanœ de la Chambre des communes. J'avais un billet du speaker (président). On m'a immédiatement introduit dans l'intérieur même de la salle des délibérations à une place de choix. La chambre des communes siège encore dans la baraque provisoire qui a été construite après l'incendie de l'ancienne et jusqu'au complet achèvement du magnifique bâtiment qui lui est destiné. Celle des lords est en possession du sien que je n'ai pu voir et qu'on dit immense et fastueux. La baraque des communes est disposée pour la causerie plutôt que pour l'apparat. Ce sont des rangées de banquettes établies à droite et à gauche d'une grande table où siège le speaker assisté de ses deux clercs, tous les trois ornés de peraïques formidables; ces banquettes sont en long, perpendiculaires à ladite table, de façon
que les membres de l'opposition sont en face de ceux qui soutiennent le gouvernement et se parlent à une distance qui n'exige pas de grands éclats de voix ou des coups de théâtre comme chez nous. Les ministres sont sur le premier banc à droite de la table du speaker, leur monde derrière eux; M. Peel, le chef de l'opposition, est à gauche avec sa milice. Il était là, je l'ai bien vu; figure intelligente, fatiguée, couverte d'un chapeau gris qui ne permettait pas de voir son vaste front Ils sont presque tous couverts comme des juifs dans une synagogue, vêtus sans uniformité ni recherche; quelques-uns ont les jambes appuyées sur lé dossier des banquettes ou le derrière au vent; d'autres dorment étendus sur les bancs qui sont libres; deux surtout s'étaient couchés sur les banquettes contiguës à un simulacre de trône, et n'ont pas quitté cette position pendant les quatre heures que j'ai passées dans la salle. Le trône lui-même, qui n'est qu'un fauteuil de maroquin vert, servait d'asile à un gentleman fort endormi et encapuchonné d'un énorme chapeau tombant sur ses yeux II est impossible d'imaginer rien de plus sans gêne. Pendant ce temps-là, la discussion allait son train; il s'agissait d'une procédure à établir en matière de corruption électorale. La séance durait depuis une heure, avait été interrompue de trois à cinq, et devait continuer jusqu'à deux heures de l'après-minuit Voilà comment ces gens-là entendent les affaires. Juge de ce qu'on peut abattre de besogne pendant de si longues séances, où l'on bavarde beaucoup, cela est vrai, mais où rien n'est donné au spectacle, ni#à la popularité ni aux tribunes; car il n'y a pas de public à peine, les journa-