CHAPITRE XXIX. — AOUT 1848 47t
listes ne sont que tolérés; le principe de ces réunions, c'est que les Communes sont là chez elles et n'ont de compte à rendre à personne. Chez nous, derrière une Chambre, il y a des journaux qui vous surveillent, vous influencent et vous dirigent le fouet à la main. Rien de plus simple que le langage des discussions; je n'y comprenais pas grand'chose, car il faut être ferré sur la prononciation pour suivre un orateur au parlement; mais il était facile de voir que le débat était entre gens à peu près d'accord, d'une politesse exquise, et sans parti pris de faire appel aux passions du dehors. Un colonel élevait seul la voix et excitait souvent l'hilarité de la chambre par l'énergique vivacité de son opposition au bill; à quoi le sollicitor général qui est, je crois, le chef de la justice ou du parquet, répondait comme s'il se fût agi d'une affaire insignifiante, sans élever la voix, sans geste et sans colère. Au moment du vote, on nous a mis à la porte, puis on nous a rappelés quand le débat a continué sur d'autres clauses du même bill; mais j'en avais tout mon saoul, comme on dit, c'était peu divertissant, il se faisait tard, j'avais voulu voir, comme Athalie, j'avais vu, non pas cependant le speaker qui n'avait pas présidé ce soir-là et qui avait laissé la place au chair-man, lequel ne porte pas perruque. Ce mélange de perruques, de chapeaux sur les têtes, de sans-façon et de respect pour les vieilles traditions est un des caractères de l'Angleterre constitutionnelle; c'est parce qu'elle a foi dans la solidité du vieil édifice sous lequel elle s'abrite depuis si longtemps qu'elle se met à l'aise dans tout le reste. Il y a de certaines formes convenues que le respect public protège,
et en dehors une liberté illimitée. Ainsi on ne parle jamais devant le speaker ou son fauteuil, comme devant l'autel, sans faire un salut; et puis on s'en va se coucher tout de son long sur la banquette à côté: L'ensemble de tout cela donne l'idée d'une institution prise au sérieux, non pour le fracas qu'elle peut faire au dehors, mais pour les résultats solides qu'elle a, et m'a laissé à moi la plus favorable impression relativement à la politique de la Grande-Bretagne, dont cette séance n'était à la vérité qu'une manifestation très pâle et très incomplète. Mais à bon entendeur, salut !
«Je suis revenu le lendemain à Claremont, où je me suis reposé...
« Adieu, b
« Paris, mercredi 16 août 1848, neuf heures du matin.
«J'ai définitivement quitté Claremont le 14. J'ai pris comme on dit mon courage à deux mains. Au moment de la séparation, quand M. et Mme Louis sont sortis du salon, je suis allé à eux; Mme Louis ma serré la main, elle m'a vivement parlé de toi et m'a chargé des plus tendres souvenirs à ton intention. M. Louis a été excellent; il porte bien la mauvaise fortune, son tempérament doux sfaccommode peut-être! secrètemenit du repos forcé qu'elle lui laisse. Mais sa situation, avec trois enfants, n'en est pas moins désolante, car il n'a, lui, absolument rien. Son intérieur qui est charmant le console II passe de longues heures avec ses fils, et une partie de l'après-midi à faire danser sa petite fille, une petite