CHAPITRE XXIX. — AOUT
poupée allemande fort mignonne et passablement inanimée. Les Louis partis, je suis resté seul avec le roi et la reine. Je me suis assis, remettant par mille prétextes ce dernier adieu .Le roi lisait tout haut un journal anglais qu'il s'amusait à traduire. Puis il s'est laissé aller à une assez vive sortie contre les spoliations de tout genre dont il a été l'objet; enfin, je me suis levé, et je me suis approché de la reine... qui m'a compris; elle s'est levée, m'a tendu la main que je lui ai baisée; et elle m'a dit mille choses bonnes et aimables qu'elle a accompagnées de quelques larmes, en me félicitant de revoir la France; car elle est restée malgré Naples et Février, malgré les souvenirs de son enfance et de son malheur, beaucoup plus Française que je ne l'aurais cru. A ton adresse les mêmes compliments et cette phrase charmante : «Vous retournez en France et auprès de Mme Fleury, je ne puis pas trop vous plaindre.» Je suis sorti du salon emmené par le roi qui m'a quitté avec l'expression très émue d'une bonté touchante et en me disant qu'il espérait bien me revoir, soit à Claremont, soit ailleurs. Je suis ensuite monté chez les Henri, et comme il n'était que midi, que je ne partais qu'à trois heures et demie, j'ai passé tout ce temps avec eux, recevant du mari les dernières instructions pour ses affaires domaniales, de la femme les témoignages d'amitié les plus précieux Un moment, elle a tiré de sa poche un bracelet et m'a dit : «Vous remettrez cela à Mme Fleury en souvenir de moi. C'est le cadeau d'une exilée, vous voyez que c'est peu de chose, mais le souvenir lui plaira, je l'espère. J'y ai joint une mèche de mes cheveux,» et alors elle m'a remis le bijou,
qui est très simple, composé de deux rubis pâles, dont l'un forme un cœur et renferme ses cheveux. Ce bracelet est à elle depuis sa tendre jeunesse, et elle y tenait beaucoup. C'est pour cela qu'elle te l'envoie.
«J'ai quitté Henri très ému et je suis parti le cœur bien gros, lui très prodigue de témoignages affectueux et de compliments pour toi. J'oublie les François chez lesquels Henri m'a conduit avant mon départ, et qui m'ont admirablement bien reçu; François a été ouvert et rondement affectueux avec moi comme il l'est toujours. «Il est impossible que la République ne me laisse pas, moi et mes frères, rentrer bientôt en France,» tel a été son dernier mot, voulant mêler une prédiction de bonheur pour lui à un adieu d'amitié avec moi...
«A bientôt.»