CHAPITRE XXX. — SEPTEMBRE
Tu sais que Beaufort a une franchise un peu compromettante. La République ne le fera pas plus taire que la royauté n'y a réussi.
«J'ai eu par Boismilon des détails sur Eisenach. La duchesse d'Orléans y est fort tranquillement établie avec ses deux enfants. La duchesse habite un palais du grandduc de Saxe-Weimar son cousin. Les jardins sont à un quart de lieue de distance. C'est là qu'on va chercher le grand air et la promenade. Elle ne paraît pas favorable à l'idée d'une fusion avec la branche aînée. Mais fusion ou non, il est impossible de rien fonder en ce moment sur les chances de son fils, si ce n'est des châteaux en Espagne; j'espère qu'elle en a cette opinion. Si on la flatte, on a bien tort. La maréchale de Lobau est en ce moment auprès d'elle.
«Le fléau du choléra s'affaiblit beaucoup en descendant. Déjà à Berlin, il est presque insensible et les médecins s'accordent à le redouter pour nous très médiocrement. •
« Paris, samedi 9 septembre 1848, dix heures.
«Thierry a vu le ministre d'Espagne, qui réclame vivement auprès du ministre des finances le règlement des affaires de l'infante duchesse de Montpensier. M. Goudchaux (1), provoqué à se prononcer sur le délai qu'il voulait y mettre, a prié le ministre espagnol de patienter encore quelques jours, parce que, a-t-il dit, il allait proposer très prochainement la loi qui fera ce règlement
(1) Ministre des finances.
pour Tinfante et pour toute la famille royale. M. de Montalivet a dit à Thierriy la même chose.
«Voici l'Autriche qui a accepté la médiation de la République; l'Assemblée soutient Cavaignac, les partis s'y disciplinent; la montagne, qui était en travail, accouche de rien du tout; elle est dans une minorité ridicule, témoin le vote d'hier sur l'augmentation des heures de travail où elle a donné soixante suffrages au défunt décret du gouvernement provisoire contre six cent dix-sept qui l'ont abrogé. Les violents du parti rouge semblent aussi s'adoucir. On leur donnera des places et des traitements. Tu sais qu'Enée, descendant aux Enfers, calmait la fureur de Cerbère en lui jetant un gâteau. En attendant ces messieurs se font garçons de café de la présidence. Au bal donné jeudi par Marrast (i), les détails nous apprennent que M*** était un des commissaires chargés des honneurs de la fête; peut-être avait-il la surveillance des petits gâteaux. Mais laissons-le faire; tout fou qu'il est, il aura sa part de la galette républicaine. Un gouvernement qui s'appuie sur la bascule est obligé de donner à manger à tout le monde, aux ambitieux, bien entendu; car les pauvres gens n'auront ni plus ni moins que par le passé.
« Tout considéré, les affaires tournent à la paix au dehors, à l'apaisement au dedans. On parle beaucoup d'une manifestation de l'ancienne gauche dynastique par l'organe d'Odilon Barrot, qui protesterait contre toute idée de fusion avec le parti légitimiste, et se rallierait
(i) Liquidateur général de la liste civile de Louis-Philippe.