CHAPITRE XXX. — SEPTEMBRE
franchement à Cavaignac. Cette démarche assurerait au général la présidence de la République Le gouvernement n'est pas sans inquiétude au sujet des élections qu'il faudra bien faire tôt ou tard; celles des conseils généraux ont donné une immense majorité à des opinions moins que républicaines. Il travaille donc à se poser un peu plus largement qu'il ne Ta fait jusqu'à ce jour. La démarche d'Odilon Barrot y servira; elle favorisera aussi le retour d'une certaine confiance relative. Il est hors de doute qu'il y a une reprise d'affaires de toute sorte. Mon coiffeur du Palais-Royal me disait hier : «Nous revoyons «des Anglais!» C'est le signal qu'attend le commerce pour se lancer dans la carrière.
« Hier, en passant rue de Richelieu, je vis les fenêtres de Mlle Brohan ouvertes. C'était la preuve qu'elle était revenue. J'y montai. Oh ! quel changement ! Imagine-toi qu'elle était allée au commencement d'août à Boulogne pour y prendre les bains de mer. Jules Barbier revenant de Londres y a retrouvé Mlle Brohan, que l'ennui avait prise et qui s'en allait. Arrivés à Amiens, voilà l'aimable actrice qui est prise d'une atteinte de choléra, qui perd connaissance, qu'on transporte à l'auberge, et ne reprend ses sens qu'après huit heures d'une crise si violente qu'on lui avait jeté le drap sur la tête. Elle a été malade quinze jours et est revenue à Paris métamorphosée en une maigreur, en une jaunisse qui la rendent méconnaissable.»
Paris, 12 septembre 1848.
«Le général Cavaignac est plus puissant que jamais, n. 31
malgré son apparente modestie. L'Assemblée a renouvelé sa dictature dans sa séance d'hier en rejetant le projet de loi du comité de législation sur la presse. Celle-ci reste à sa discrétion. Tant mieux ma foi ! Paris ne peut être défendu, gardé et sauvé qu'à cette condition !
«Nous avons enterré hier ce pauvre Baudrand (i) C'était triste. Il y avait peu de monde, quelques officiers de l'ancienne maison d'Orléans, d'Elchingen, Bertin le veuf, Boismilon, Pasquier, Marbot, puis Dupin aîné, le général Cavaignac, oncle du président du Conseil, Blache, le vieux valet de chambre du duc d'Orléans... Enfin tout cela avait un air de passé qui m'a profondément attristé. Suis-je donc si vieux, me demandais-je, que toute cette assistance me fasse l'effet d'une génération finie? Ce n'est pas la génération qui est finie, c'est son influence et sa grandeur.
tRien de plus nouveau à Paris. Si tu as lu le premier- Paris du Constitutionnel d'hier, tu auras vu qu'il tourne à la dévotion. Cet article a été l'entretien de Paris. Nous y tournons tous, au surplus, comme des naufragés qui cherchent une planche de salut. La dictature est une ressource plus certaine. Paris y donne en plein. On s'occupe beaucoup de Louis Bonaparte. La banlieue votera, dit-on, tout entière pour lui. Les souvenirs d'absolutisme militaire que ce nom rappelle ne sont pas étrangers à la faveur qu'il rencontre^ au contraire! En attendant, cette candidature embarrasse beaucoup la coterie du National, qui s'était promis l'empire de la France et qui compte
(i) Avait été gouverneur du comte de Paris.