‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 251 sur 271 · CHAPITRE XXX. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. — SEPTEMBRE

sur la présidence fort souhaitable de Cavaignac, après le vote de la Constitution. On parle de ressusciter contre Bonaparte la loi de 1831 contre leur famille. On parle aussi de faire donner à Cavaignac une présidence de deux ans par l'Assemblée nationale, afin de couper court à toute autre prétention jusqu'au moment où la République serait affermie et pourrait supporter une élection par le peuple directement, ainsi que la Constitution le propose. C'est le bruit du jour. Je te le donne pour ce qu'il vaut, mais je lui crois un fondement, parce que l'Assemblée comprend que le premier usage que le peuple français fera du suffrage universel pourrait bien ne pas tourner à l'avantage dé la forme républicaine, et je crois qu'elle a raison; mais hélas! avec l'incertituide de9 circonstances, la mobilité des esprits, la mollesse des cœurs, la poltronnerie des intérêts, que gagnerions-nous à une manifestation électorale qui donnerait raison aux opinions réactionnaires? Je n'en sais absolument rien, et je ne me paye pas de chimères. Il n'y a que cela dans l'air, en ce moment, en dehors de la République ou plutôt de la dictature.»

Paris, lundi 18 septembre 1848.

«Le gouvernement est dans une crise momentanée qui tient à beaucoup d'exigences trop écoutées de la part de ses amis de la République, à un peu trop d'impatience de la part de ses amis du lendemain, aux élections de Paris et à une reprise assez manifeste des mauvais desseins des partis. Paris est livré à une agitation naturelle au mo-

ment d'une élection aussi disputées L'agitation donne lieu à l'inquiétude. Des rassemblements nombreux entourent les affiches électorales. Les socialistes ont le ton haut. Aucun désordre, du reste, et je ne crois à rien de grave. Le gouvernement a subi un échec moral assez fâcheux dans la séance de samedi, à propos de cet envoi inopportun de commissaires dans les départements, coin* missaires pris dans le sein de la Chambre, qui s'est fâchée par l'organe très éloquent de M. de FaJloux et qui a failli laisser tomber le gouvernement par terre. Mais un ordre du jour habilement motivé la relevé. Cependant la correction infligée au pouvoir lui reste; elle l'affaiblit. J'ai vu cette séance et j'ai eu à en rendre compte. C'est une des plus graves de la session par les conséquences qu'on a entrevues, qui pouvaient être terribles; car personne n'était prêt pour une pareille crise. Cavaignac tombé, qui l'eût remplacé? Lamoricière parti avec lui, où allions-nous? J'ai vu ce danger. Pendant une heure, on a cru que cette immense difficulté allait éclater dans le gouvernement. Enfin, tout s'est arrangé, mais à quel prix? Je dois dire qu'il ne pouvait m'arriver d'avoir une séance plus propre à me faire connaître l'Assemblée. Le débat a été vif, mais convenable; les orateurs qui ont attaqué le pouvoir ont montré un grand talent et n'ont pas été imités par ceux qui l'ont défendu. J'aurais été facilement de l'avis de ces derniers, mais impossible. Cavaignac était visiblement compromis dans l'affaire, mais il s'est bien tenu. J'étais placé en face de lui. Il a bon air, maintien grave et froid, plutôt de la douceur dans la physionomie. On voit bien que ce n'est pas un méchant homme

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