CHAPITRE XXXI. — AOUT
moi, c'est que le roi ne croyait pas au gouvernement constitutionnel, mais qu'il croyait à lui. Une fois cette confiance évanouie, il n'est plus rien resté. Il ne faut en poli-' tique ni trop croire aux institutions afin de les soutenir par ses efforts, ni trop croire à soi afin de demander appui aux institutions, à leurs progrès naturels, à leur développement légitime... mais voilà que je fais de la politique. Ce n'est pas mon intention, chère bien-aimée; la politique est partout ici mais non pas à l'état d'intrigue; on se contente de récriminer. Le passé a si bon dos ! L'avenir est moins commode ! Ce soir, c'est de l'avenir que j'ai causé avec la duchesse d'Orléans. « Il n'y a, «lui ai-je dit, aujourd'hui en France, que des opinions «négatives. On ne sait ce qu'on veut. On se préoccupe « seulement de ce qu'on ne veut pas. Mais il y a um senti- «ment très général au fond des cœurs, et ce sentiment est «pour vous, vos enfants et votre famille. Le jour où ce «sentiment s'accordera avec l'intérêt public, il fera explo- « sion et sa puissance sera irrésistible, etc., etc » Tu vois, que ce n'est pas s'engager beaucoup. Mais notre malheureux temps ne comporte pas un engagement plus décisif. Montguyon plaidait le désespoir. Nous nous sommes assez vivement disputés. J'avais pour moi les princes qui ne veulent pas qu'on désespère de la France. Du reste, on estime la conduite de Louis Bonaparte. . . »
u C lare mont, lundi 13 août 1849.
« Le roi m'a encore retenu hier matin une heure et demie à causer, m'a communiqué une pièce importante, un codicille de son testament, qui a pour but de modifier ses
dernières dispositions par suite du trouble que la révolution de Février a jeté dans ses biens et dans ses affaires; et enfin, cette lecture faite, il m'a fait remettre un volumineux manuscrit de ses mémoires, toute la partie relative à ce triste procès de Louis XVI et à la part que son père y a prise, qu'il ne dissimule ni ne justifie, quoiqu'il en ait bien envie. C'est for! curieux. Hier, nos hôtes ont eu une joie. Le duc Alexandre de Wurtemberg est arrivé d'Allemagne, amenant son fils, l'enfant de la princesse Marie, Il ressemble à son père d'une façon irrécusable; cependant on prétend tout autour de lui qu'il a toute la physionomie de sa mère. Il en a les yeux. Du reste, charmant et vigoureux enfant. On les attendait la veille, et on a passé une partie de la soirée sur le perron, l'oreille aux voitures qui passaient; mais ma sœur Anne ne voyait rien venir ! La reine était dans une grande anxiété à cause du mauvais temps. Enfin, l'après-midi de dimanche les a amenés. C'est la seule espèce de joie qu'ils puissent avoir! Se revoir après de longues séparations, et puis, hélas! se séparer encore! A propos de cela, on attend ici ce bon de Latour, et ce sera aussi un grand plaisir, outre celui de le revoir, que d'entendre tout ce qu'il racontera de l'Espagne. Le duc d'Aumale croit qu'il sera ici vers le 16. Je serais bien heureux de revenir avec lui en France; mais cela est peu probable.
« Samedi, promenade avec le dîuc et la duchesse d'Aumale. Nous avons eu un temps à souhait, et nous avons fait une course délicieuse, d'abord à Richmqnd-Hill, à l'auberge du Star and Garter, où noois avons déjeuné, c'est un lieu enchanteur.