CHAPITRE XXXI. — AOUT
«Je ne te dis rien de plus de notre vie de château. Elle est calme et monotone, mais non sans charme par le bonheur de vivre dans cette auguste et chère compagnie. Cependant je n'y pourrais tenir longtemps sans occupation. Les soirées surtout sont longues, parce qu'on ne sait pas les occuper. Mais on se couche à dix heures. Les enfants font un bruit d en fer. Le comte de Paris est un enfant appliqué et sérieux; et comme il arrive toujours, son frère, quoique plus jeune, mais plus diable, Ta entraîné. II est très grandi, la physionomie intelligente, le corps allongé, les yeux un peu incertains. Un enfant charmant, c'est Condé (1), vif, fin, calme dans ses malices* questionneur, entreprenant, un air de bonté et de malice: Pierre, fils du prince de Joinville, est une grosse bonne nature, loyale, n'attaquant personne, vigoureux sur la défensive, plus calme que ses cousins* sa sœur (2) est une petite personne qui tient fort bien sa place dans un salon. La princesse a du reste repris* depuis quelques jours, sa charmante mine, qu'un rhume lui avait boursouflée quand je suis arrivé. Tu vois que je n'oublie personne.
« Adieu, ma chérie. »
« Claremont, le mercredi 16 août 1849.
«J'ai eu lundi, après le déjeuner, pendant près de deux heures, un entretien avec la duchesse d'Orléans. J'ai
(1) Le prince de Condé, né le 15 novembre 1845, était le fils du duc d'Aumale. Il est mort à Sidney, au cours d'un voyage autour du monde, le 24 mai 1866.
(2) La duchesse de Chartres.
donné, je crois, de bons conseils. Je n'ai pas voulu lui laisser au cœur de franches espérances, mais j'y ai laissé les vraies, celles qui appartiennent à un avenir éloigné, à une conduite sage et qui sont dans les mains de Dieu. J'ai toute cette conversation présente, et je te la dirai. Il est, du reste, impossible d'avoir conservé un cœur plus français, plus libéral, plus éloigné de toute intrigue, plus désabusé d'illusions menteuses, plus pénétré de résignation. Le temps des prétendants est passé. L'état des esprits ne permet plus la brigue ouverte pour revendiquer de prétendus droits au trône. Il n'y a plus qu'à attendre le vœu des peuples, s'il change jamais. Il n'y a plus de prétendants, mais des candidats. Les princes aujourd'hui ne sont pas autre chose, parce que la foi ne les soutient plus» ni en eux-mêmes, ni en dehors d'eux. Nous reprendrons à loisir tout cela. J'ai d'ailleurs bien d'autres observations à te communiquer. Nous tournons plus que jamais au privât e life.»
La mort du roi Louis-Philippe, survenue l'année suivante le 26 août 1850, frappa Cuvillier-Fleury dftine immense douleur. Il a rendu compte, dans le Journal des Débats, dtes derniers moments du roi : nous avons cm devoir reproduire ici quelques extraits de ses articles :
Paris, le 27 août.
Une triste nouvelle, trop prévue, depuis quelque temps, s'est répandue aujourd'hui à Paris, où elle a produit une impression douloureuse et universelle
Le roi Louis-Philippe est mort hier au château de Cla-