‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 259 sur 271 · CHAPITRE XXXI. — AOUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — AOUT

remont, à huit heures du matin, dans la soixante-dixseptième année de son âge.

Nous avons bien le droit d'exprimer ici, sans aucune réserve, les regrets amers et l'affliction profonde que nous cause la mort de ce dernier roi de la France constitutionnelle. Nous l'avons toujours honoré, toujours soutenu, toujours servi; sa cause, qui était celle de la monarchie représentative, était la nôtre. Sa personne, nous l'honorions, nous défendions sa politique...

Non seulement la vie du roi Louis-Philippe s'est terminée dans l'exil; elle a été abrégée par l'exil...

Le roi Louis-Philippe est mort entouré de sa famille, dans la plénitude de ses facultés intellectuelles, sans que la lucidité habituelle de son esprit eût souffert des approches de la mort la moin&re atteinte.

Depuis quelques mois sa santé déclinait visiblement, sans que l'altération particulière d'aucun organe permît d'attribuer ce dépérissement graduel à une autre cause qu'à celle que nous venons de signaler. En juin dernier, le séjour de Sa Majesté à Saint-Léonard parut la remettre en voie de rétablissement. Le roi reçut de France! plusieurs visites qui lui causèrent une grande émotion de joie et de plaisir. Le mois de juillet sembla confirmer cette amélioration. Mais depuis une quinzaine de jours, au contraire, le mal empirait, et enfin, depuis quarante-huit heures, l'affaiblissement de l'auguste malade avait fait des progrès qui ne permettaient plus même à la reine aucune illusion. Un voyage et un établissement projetés à Richmond furent contremandés, malgré le roi lui-même, par suite de l'impossibilité constatée de le transporter sana 11. 32

risque. Dès lors, la médecine se déclara impuissante. Le docteur Chomel fut vainement appelé: On dut annoncer au roi l'imminence du danger.

Le roi reçut, avec la fermeté d'âme qui ne l'abandonna pas un instant pendant toute la durée de cette cruelle épreuve, Fannonce de sa fin prochaine. C'était le dimanche matin 25 août II eut la force de dicter plusieurs dispositions qu'il voulait ajouter à son testament, et une dernière pagô des mémoires de sa vie, qui, depuis deux ans, ont occupé en partie sa retraite et distrait son exil. Puis Sa Majesté, ayant fait venir Mme la duchesse (F Orléans, eut avec elle un entretien qui dura plus d'une demi-heure

M. l'abbé Guelle, aumônier de la reine, étant ensuite entré d'ans la chambre de Sa Majesté, le Roi, en présence de toute sa famille, simplement, noblement, et avec une inaltérable résignation, accomplit ses devoirs de chrétien. La Reine, Marie la duchessed'OrLéans, le comte de Paris, le duc de Chartres, le duc et la duchesse de Nemours, le prince et la princesse de Joinville, le duc et la duchesse d'Aumaie et la duchesse de Saxe-Cobourg étaient agenouillés autour du lit de Sa Majesté. Les officiers et les serviteurs du roi assistaient également à cette scène touchante

Dans la soirée une fièvre violente se déclara, qui fut relativement calme, diminua successivement dans le courant de la nuit et était finie au matin. Le matin, le Roi, avant sa mort, était encore en possession de toute son intelligence et il disait à son médecin « qu'il se trouvait bien. » A huit heures il rendait son âme à Dieu, au milieu des larmes et des embrassements de sa famille, sans con-

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