‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 260 sur 271 · CHAPITRE XXXI. — AOUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — AOUT

vulsion, sans souffrances, avec une admirable sérénité, mourant comme un juste, pleuré de tous comme le plus tendre des époux, le meilleur des pères* le maître le plus indulgent, le plus sage et le plus doux; . . .

(Journal des Débats, numéro du 28 août 1850.)

28 août 1850.

... Nous avons reçu la confidence de quelques-uns des derniers entretiens que le roi Louis-Philippe a accordés à des personnages politiques. Jusqu'au dernier moment le Roi s'est montré un politique habile, expérimenté, convaincu, conciliant; jusqu'au dernier moment il a parié de la France. Jamais un cœur d'homme n'avait battu si longtemps* et même sous ce froid de la mort prochaine pour la cause de l'humanité, de la société et du pays. « Dites-leur, monsieur, dites-leur que l'union qute je me suis appliqué à entretenir entre tous les princes de ma famille et qui me survivra, je l'espère, dites- leur que cette union est le symbole de l'accord indissoluble qui doit régner entre tous les honnêtes gens, quel que soit leur drapeau, en face du parti de la dissolution sociale! Car, hélas ! ajoutait-il, la désorganisation a son parti ! »

... C'est parmi ces entretiens pleins de tristesse, de sérénité et de grandeur que s'achevait cette noble vie, déjà détachée de tout intérêt personnel et toute pleine encore de sollicitude patriotique. . .

La mort du roi Louis-Philippe a eu un caractère particulier de grandeur simple et de touchante simplicité que

nous tenons à faire ressortir, parce que cette sérénité de sa fin se reflète en quelque sorte sur sa vie entière.

Cette fermeté, il ne Ta euedevant la mort que parce qu'il l'avait au fond de l'âme. On a souvent célébré le courage qu'a montré le roi dans les circonstances où sa vie était menacée par le bras d'un assassin. Ce courage qui servait sa politique était le même que celui qui l'a aidé à mourir dans l'exil, au milieu des larmes de sa famille. Ce courage était naturel et simple, et puisé à la même source.

Le samedi 24 août le roi avait le pressentiment de la gravité du mal qui, sans avoir atteint aucun des organes essentiels à la vie, le minait insensiblement; car sa maladie n'a jamais été qu'un affaiblissement graduel de ses forces et une impossibilité de vivre, comme on l'a dit. Dans la journée l'auguste malade s'était fait porter successivement sur les deux perrons qui régnent en avant de la double façade du château de Claiemont, au moment où le soleil qui brillait d'un doux éclat y répandait tous ses rayons. Le roi très affaibli depuis la veille en avait pourtant ressenti un grand bien, et il avait pu assister sans y prendre part au dîner de sa famille. Mais la nuit fut très agitée et il fallut se résigner à enlever au malade le peu d'espoir qui avait pu rester au fond de son cœur.

Ce fut la reine elle-même qui se chargea de cette cruelle mission, digne de sa piété et aussi, quelque douloureuse qu'elle fût, de sa tendresse. Le roi reçut l'avis de sa fin prochaine avec le calme d'un sageL II voulut toutefois avoir de la bouche même de son médecin la confirmation du danger où il se trouvait. M. Gueneau de

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