CHAPITRE XIV. — JANVIER
reste, les esprits étaient généralement calmes et satisfaits. — Le souper du ministre était fort beau; la duchesse faisait les honneurs de son salon avec une grâce pleine de dignité.
Lundi 28.
Saint-Charlemagne à Henri-IV. Mauvaise tenue des élèves dans le second réfectoire où dîne le duc d'Aumale. Pillage. Les plats apportés un à un. Un des enfants boit deux bouteilles de vin et on l'emporte ivre-mort. Nous prenons le café dans le salon de M. Gaillard. Sa femme est charmante et elle a des gants blancs tout neufs, ce qui me raccommode avec elle.
Je dîne au Palais à côté de Mme de ***; je m'anime un peu trop; le roi me remarque et me signale, en riant, à sa sœur. Je n'en dis pas mot à ma voisine. La princesse Marie ne me perd pas des yeux pendant tout le dîner; j'aurais dû me contenir davantage; mais au fait il n'y a pas grand mal dans cette causerie animée, à voix basse, aussi décente que possible.
M. le duc d'Orléans me mène à l'Opéra pour assister au premier acte de Robert le Diable, achevé quand il arrive. Causerie en voiture pendant le trajet. Bonne humeur caustique et spirituelle du duc d'Orléans.
Réception de dames. Le général Gourgaud (1) me fait sérieusement la description du gilet qu'il avait samedi au bal de la marquise de Lariboisière.
Le reste de la soirée chez d'Houdetot, qui nous fait fu-
(1) Le général Gourgaud, maréchal de camp d'artillerie, aide de camp du roi.
mer comme des Flamands pendant deux heures. Causerie avec lui, Boismilon et de Latour. Sa recette pour prendre congé d'une femme : c Madame, je sais tout; il ne me reste que le regret de vous avoir aimée, i
Mercredi 30.
Grand bal au Palais. Merveilleux effet de la nouvelle galerie; la foule circule avec facilité. Brillante réunion; inspection du roi à 7 heures et demie; il rencontre plusieurs dames déjà arrivées, entre autres Mme de Montjoye. Ouverture du bal. La reine se tient d'abord dans la nouvelle galerie; mais l'odeur de la peinture l'oblige bientôt à faire retraite dans la salle des Maréchaux, où elle a passé toute la soirée. Danses animées; l'orchestre placé dans la galerie du haut est un peu sourd ; les musiciens y étouffent. Je vais et viens; je m'occupe un peu trop exclusivement de quelques dames et pas assez de mes amis, qui m'auront trouvé indifférent ou fier.
A une heure, la reine se dirige vers la salle de spectacle, transformée en salle à manger pour le souper ; coup d'œil magnifique, trois cent cinquante couverts, plus de deux mille bougies, toutes les dames étincelantes de parures et de fleurs, une musique harmonieuse aux deux côtés de la salle, le roi avec son fils le duc d'Orléans, et derrière lui tout son brillant état-major, Dupin, les ministres, debout sur le haut des degrés qui descendent dans l'enceinte réservée aux dames; tout autour, des dames encore, et les hommes debout; scène éblouissante, véritable féerie. Le roi lorgnait à plaisir et paraissait fort joyeux