CHAPITRE XXXI. — AOUT
Mussy fut introduit. Le roi lui demanda son avis. A la réponse hésitante et troublée du médecin : «Je comprends, docteur, dit le roi en souriant ; vous venez m'apporter mon congé!» Quelques instants après le général Dumas succédait, auprès dti roi, au docteur Gueneau de Mussy. Sa Majesté lui dicta avec une lucidité d'esprit remarquable une dernière page de ses mémoires qui terminait un récit interrompu depuis quatre mois. Ensuite, le roi s'occupa de quelques dispositions dernières qu'il voulait prendre, puis il fit appeler son aumônier, l'abbé Guelle. L'abbé s'étant approché : « Je suis calme, lui dit Sa Majesté. Jai la plénitude de mes facultés et par conséquent je suis parfaitement disposé à m'entretenir avec vous.» L'entretien eut lieu, il dura; quelque temps. Le roi répondait de mémoire aux prières du prêtre. Quand l'entretien fut terminé, et après que let roi eut accompli avec une fermeté noble et simple ses devoirs de chrétien : «Amélie, es- tu contente?» dit l'aurguste malade en adressant à la reine un regard où se mêlait à la satisfaction d'un devoir accompli le sentiment d'une confiante et délicate affection.
Nous avons raconté les scènes touchantes qui finirent cette journée. La nuit, qui ne laissa presque ajuûun repos au roi, ne lui fit pourtant pas perdre un seul moment le calme de son esprit, et quand le matin la mort parut, le mourant était prêt Le roi avait vu la mort plus d'une fois, il la connaissait; elle était apparue souvent dans le cours de son orageuse carrière, moins douce à voir, plus terrible à subir.
Cette fois et malgré cette amertume de la patrie ingrate et absente, ce roi magnanime, sur qui s'étaient épuisés la
rage des factions et le feu des carabines régicides, mourait plein de jours, entouré de sa famille; le cœur rempli de sentiments tendres, la conscience satisfaite, l'esprit tranquille Oh! ceux qui avaient troublé son règne par tant d'outrages, de révoltes» de violences et de dégoûts, pourquoi lui disputaient-ils encore cette admirable mort qui a si dignement couronné une noble vie
(Journal des Débats, numéro du 29 août 1850.)
Cuvillier-Fleuiy devait conserver toute sa vie le culte du souvenir. L'anniversaire de la mort du Roi le ramène en 185 1 en Angleterre :
« Londres, mercredi 27 août 185 1.
cil y avait peu de monde au service funèbre du roi... Je crois qu'il n'est décidément pas gentlemanlike d'être philippiste ici. La reine, la cour, la noblesse, la gentry n'ont envoyé personne à cette cérémonie, eux que nos dixhuit ans de règne ont fait vivre tranquilles, et qui nous doivent, qui doivent à ce sage roi le repos du monde! J'en suis indigné! On avait d'ailleurs très mal gouverné cette commémoration anniversaire, qu'il fallait, non pas tambouriner, mais annoncer officieusement. Dans cette immense ville, on ne fait rien, si on ne vous la corne aux oreilles. Ainsi j'ai rencontré chez Delisy r aimable Française qui tient le salon de lecture; Mme Stuckly. Elle voulait aller au service; « mais je n'y siuis pas allée, m'a-t-elle dit; c'était trop loin! — Comment, trop loin5