‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 28 sur 271 · CHAPITRE XIV. — FÉVRIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. — FÉVRIER

borie (1) ; tous deux blessés. Emotion que cause cet événement; sympathie pour Carrel ; je réprouve très profondément, puis ma raison politique prend le dessus et me dit que tout cet empressement à lui témoigner intérêt tend à donner de l'importance à un parti redoutable; c'est ainsi que j'apaise mon premier mouvement. Je trouve au Palais M. le duc d'Orléans devisant avec Montalivet, Gourgaud, Dumas, Jules de la Rochefoucauld, le comte de Massa, sur l'opportunité d'envoyer savoir des nouvelles du blessé républicain. Ces messieurs sont, à l'exception de M. de Massa, complètement de son avis; on diffère seulement sur la forme. — J'exprime une opinion toute contraire, et la contradiction m'entraîne dans une chaleur de discussion qui n'aura peut-être pas plu beaucoup au général Gourgaud ni même au prince dont je combats les secrètes pensées sous une forme infiniment respectueuse. Après le départ de Son Altesse royale, les avis changent et reviennent au mien ; Boismilon et Atthaiin, survenus après la discussion, me donnent toute raison, et je finis par dire à Dumas ce que je pense de la spontanéité qui a conseillé cette démarche et du sentiment qui l'accomplira.

Lundi 4.

Auvity (2) me raconte son voyage à Blaye. Visite de la

(1) Laborie, royaliste choisi comme adversaire par Carrel sur la liste de douze noms déposée par les légitimistes au National et à la Tribunây journaux républicains de l'époque. Les polémiques suscitées par la détention de la duchesse de Bercy furent cause de nombreux duels.

(2) Auvity fut désigné avec Orfila pour reconnaître à Blaye l'état de santé de la duchesse de Berry. .

citadelle. Accueil de la duchesse de Berry. Son attitude simple, aucune arrogance, pas l'ombre d'abattement ; elle répond aux questions qui lui sont faites sur sa santé dans le plus grand détail, en présence des quatre médecins et du colonel La Chousserie (i).

Elle parle du roi Charles X dont elle venait de recevoir de bonnes nouvelles; pas un mot ayant trait à nos affaires; aucun reproche, aucune plainte. Après vingtcinq minutes, elle congédie ces messieurs. — Son logement simple» commode, sans luxe, bonne table, un jardin, une promenade de trente-cinq minutes dans l'enceinte, une vue magnifique, bonne prison après tout, si une prison peut être bonne.

Mardi 5.

Soirée chez Jules de la Rochefoucauld. Grande affluence de députés. On s'entretient du cartel ridicule envoyé par Garnier-Pagès (2) à Berryer et assez timidement reçu par ce dernier.

Mercredi 6, jeudi 7.

Bal aux Tuileries; trois ou quatre cents personnes de tous les rangs ; c'est une réunion choisie mais non aristocratique; Mmes Friant, Lehon, sont assurément fort jo-

(1) Gouverneur de la citadelle de Blaye. Il fut relevé par Bugeaud.

(2) Garnier-Pagès (1801-1841), député républicain de l'Isère; son frère hérita de sa popularité, sinon de son talent

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