‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 36 sur 271 · CHAPITRE XIV. — MARS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. — MARS

Dimanche 10.

Mme de *** dîne au château. Mme A... me souffle son voisinage et me surveille à table; ce qui n'empêche pas de beaux yeux noirs d'arriver jusqu'à moi à travers cristaux, fleurs, bougies, et malgré la surveillance du dragon femelle.

Lundi 11.

Courte visite au musée. Voici les tableaux qui me frappent : les Obsèques du Titien, de Hesse; la Marguerite, de Scheffer; la Duchesse de Montpensier, par Joannot (Tonny); la Dame romaine au piano, de Vernet; un portrait de Bertin Vaînt, par Ingres; un d 'Armand Carrel, par Scheffer (Henri); plusieurs tableaux de Decamps. Mais j'y reviendrai II y a une multitude de petites scènes délicieuses; point d'ouvrage capital; une foule innombrable de médiocrités. — C'était jour réservé ; on ne pouvait remuer. J'ai rencontré Mme Murât, Mme de Ségur ; j'ai vu Mme Lehon avec le jeune sous-lieutenant de Morny ; il y avait à deux pas un mauvais tableau, représentant la scène de présentation des députés belges au roi. J'ai dit à Mme Lehon : «Votre mari est à deux pas d'ici (1)!» — Elle n'a pas compris d'abord, puis elle a pris congé de nous, enchantée d'en avoir été quitte pour la peur.

Soirée à la Porte-Saint-Martin. Lucrèce Borgia. Il y a

(1) M. Lehon figurait dans le tableau présentant au roi les députés belges.

une scène de jalousie entre Lucrèce et son mari, le duc d'Esté, qui est magnifique, malgré l'exagération du style. Tout le reste est faux, guindé, monotone ; les effets ne peuvent attraper que le parterre, mais ils l'attrapent. Mais quel parterre!

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