CHAPITRE XV
Procès de Bergeron. — Acquittement scandaleux. — Question des réfugiés polonais à la Chambre. — Victorieuse réplique du duc de Broglie à La Fayette. — La proposition Viennet à la Chambre sur Vabus de la légalité, d'abord froidement reçue, obtient une forte majorité. — Procès de la Tribune à la Chambre. — Un franc imbécile : Lionne. — Un fanatique : Cavaignac. — Un comédien : Marrast. — Deux ans de prison et 10,000 francs d'amende. — Accouchement de la duchesse de Beny. — Cuvillier-Fleury attaqué par le National. — Généreuse attitude d'Armand Carrel à son égard. — Un mot plaisant de Mme de Mirbel sur Louis-Philippe. — Viennet ridicule à la Chambre; le général Bertrand incohérent. — Comment on élude la loi sur les crieurs publics. — Les barbarismes de Soult. — Loi sur les associations, haineuse et perfide. — Causerie découragée de Thiers. — Condamnation de Cabet. — Satisfaction du roi et du salon. — Insuccès de l'interpellation de Salverte sur les prétendus assommeurs de la police. — Causerie au salon. — Le roi sait l'Angleterre par cœur. — Eloquente saillie de Saint-Marc à la Sorbonne. — «Monseigneur, je vous croyais un crétin, » dit au duc d'Orléans un abonné de la Quotidienne.
Vendredi 29 mars.
Du mardi 12 au mardi 26, le duc d'Aumale est forcé par une indisposition d'interrompre ses études au collège; comme c'est au collège que j'avais l'habitude d'écrire ces notes, elles se sont trouvées interrompues, et je ne me suis plus rappelé très distinctement ensuite ce
que j'avais fait ou ce qui m'était arrivé d'un peu digne de souvenir. Madame Adélaïde a tenu le salon en l'absence de la reine; il venait peu de monde, et je sortais de bonne heure ; j'ai été entendre le second acte de la Dame du lac, assez bien représenté par les sœurs Grisi, Tamburini et Rubini, mais ce ne sont plus mes impressions d'autrefois. Où sont-elles? C'est peut-être aussi la faute des deux Grisi qui ne valent pas la Malibran ni la Pisaroni ; il manque à leur talent cette vigueur et cette verve que ces deux admirables cantatrices d'autrefois possédaient à un si haut degré ; l'une ne l'a plus, l'autre ne Ta pas encore. — J'ai été aussi au Vaudeville voir une ignoble paraphrase dramatique de Faublas, à faire rougir filles, femmes et maris; c'est une honte. Le jour même j'avais assisté à une remarquable séance de la Chambre où de toutes parts on s'est récrié contre l'infamie des représentations dramatiques, ce qui n'a pas empêché ces messieurs les inconséquents des extrémités, de réclamer avec violence la liberté de la scène. — Au Vaudeville, le spectacle finissait par une bouffonnerie assez grossière, dans laquelle l'acteur Arnal est comique. On y livre au ridicule un exalté jeune-France, à menton de bouc, à tirades de forcené, voulant à toute force la femme d'un honnête artiste qui a très peur de lui. Il y a quelques scènes amusantes, et j'ai ri, nota bene.
Le procès de Bergeron (i) a été la grande occupation de la première semaine. Il m'a pris la fantaisie d'assister
(i) Bergeron était accusé d'avoir tiré, le 29 novembre 1831, un coup de pistolet sur le roi au moment où il traversait le Pont- Royal.