‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 87 sur 271 · CHAPITRE XVII. — AVRIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII. — AVRIL

(moi) les yeux sur une glace qui reflétait notre couple et nos deux longs visages pâles, j'ai été saisi d'un rire interne que j'ai eu toutes les peines du monde à ne point laisser percer au dehors. Parole d'honneur ! la charge était bonne, digne du crayon de Granville.

tRien d'intéressant ici, ni en cour ni en ville.

«Votre mère se porte bien. Je me suis dépêché de lui donner de vos nouvelles, aussitôt votre billet reçu. Elle attend que vous lui ayez écrit de Toulon pour vous écrire à son tour.

tAh ça! il paraîtrait que la reine a vu l'aimable future? Serait-ce donc Mme Angelet qui la lui aurait présentée ? Je n'ai pas encore eu le temps de débrouiller ce chapelet. Tout ce que je sais, c'est que la princesse Clémentine dit qu'elle ne paraît pas d'abord aussi jolie au premier coup d'œil qu'au second. Qu'est-ce donc au troisième?

t A propos, j'oubliais le meilleur : le beau-père m'a engagé à voir et sa fille et lui. Je n'ai point voulu témoigner d'un trop grand empressement en y courant trop vite. Je vous rendrai bon compte de ma visite et de ma première impression.

« Tout à vous d'âme et de corps. •

« 8 avril 1840.

c Vous êtes en mer ! Dieu vous conduise et surtout vous ramène.

«r Je suis tout chagrin. Ma chère fille, l'artiste, part décidément pour l'Angleterre le mois prochain. Ce sera pour moi un précieux auxiliaire de moins, sans compter de bien

i64 CORRESPONDANCE DE CUVILLIER-FLEURY

tendres soins qui vont m'être enlevés. A mon âge, ce sont là de grandes pertes pour le cœur et pour le bien-être; car on ne remplace plus.

«Vous trouverez ci-joint un joli paquet de la Charmante, paquet fermé de cire blanche, ce qui me prouve que la lettre doit être plus souriante que la dernière, cachetée de cire brune. Je parie que j'ai deviné juste le motif de cette alternative de cire blanche et de cire brune? Heureux brigand ! va !

cTout ici est dans le calme le plus plat, politique, plaisir et le reste.

«Je vous enlace.»

« Paris, ii avril 1840.

«Ce matin, à 10 heures, une botte de fleurs toutes fraîches et toutes roses était déposée chez Mlle Henriette Thouvenel de votre part, en votre nom, comme si vous eussiez été encore établi au pavillon de Flore. Vous voyez qu'en Adèle écuyer, je ne laisserai pas péricliter en votre absence vos intérêts de fiancé. Cependant je vous confesserai tout ingénument que je n'ai point encore vu la Charmante; il paraît que depuis votre départ elle est presque toujours en course, soit avec la gouvernante, soit avec son père, pour faire des emplettes. En général je ne suis pas heureux dans les visites que je fais pour votre compte Voilà deux fois que je me présente chez votre mère sans la rencontrer. Je lui ai écrit ce matin pour lui donner de vos nouvelles et avoir des siennes. Elle se porte assez bien,

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