CHAPITRE XVII. — AVRIL
et passe une grande partie de ses journées auprès d'une malade.
tMais revenons à Mlle Henriette. Je sais qu'elle a été ravie du galant bouquet qui lui est arrivé le jour de son anniversaire. Le fait est qu'il était vraiment magnifique; c'était digne d'une reine, et par le choix des fleurs et par le bon goût de leur arrangement. Hier encore, elle racontait ce bouquet (car elle le savait par cœur) à mes jeunes élèves de la rue de la Paix, chez Mlle Delille; et c'était avec un abandon, une bonne grâce, une naïveté toute charmante. Il paraît qu'on ne l'a pas encore gâtée en fait de galanteries élégantes, et que tout cela est pour elle d'une galanterie qui en double le prix. Je n'aurai garde de manquer à cet égard à vos amoureuses prescriptions; d'ailleurs, j'y trouve du plaisir; cela me reporte à mon beau temps, et il me semble que j'agis pour moi-même.
« A propos, je sais comment la princesse Clémentine a vu Mlle Henriette. C'est une rencontre ménagée par Mme Angelet. La princesse avait le plus grand désir de voir celle que vous paraissiez quitter avec tant de regret; car vos préoccupations des derniers jours avaient toutes été mises sur le compte de l'amour; il n'y avait qu'une peine de cœur qui pouvait vous donner un air si abattu, si crucifié. Or vous ne passez pas dans le gynécée royal pour un homme absolument tendre; on a voulu voir la gazelle qui avait si vite apprivoisé ce sanglier si fier et si fantasque. Mme Angelet a attiré un matin la timide jeune fille chez elle; la princesse a été prévenue; elle est montée chez sa gouvernante, et la rencontre a eu lieu. Mlle Henriette, un peu déconcertée d'abord, restait assise sur un
fauteuil, roucoulant quelques petites paroles décousues; la princesse s'était mise sur une chaise à côté d'elle, remarquez bien, sur une simple chaise, lorsque Mme Angelet s'avise de remarquer cette infraction à l'étiquette et d'en avertir la Charmante; recrudescence d'embarras pour la pauvre enfant comme bien vous pensez; elle veut se lever, mais la princesse la fait rasseoir doucement, et dit à la gouvernante : t Ma chère amie, vous n'êtes guère charitac ble.» On reprend l'entretien, Mlle Henriette se rassure, elle s'abandonne à son naturel gai, ouvert, à ce je ne sais quoi qui vous a tant séduit; la princesse, vis-à-vis de cette belle jeune fille, n'est plus elle-même qu'une simple jeune fille; on cause, on rit pendant vingt minutes; on se quitte en se serrant les mains (historique), et voilà comment l'aimable enfant a dû paraître bien plus jolie à la fin de l'entretien qu'au début; alors elle n'éprouvait plus ce sentiment d'embarras qui avait dû dans le premier moment lui faire monter tout le sang aux joues.
c Si le ton de cette chronique ne vous déplaît pas trop, je vous demande, en outre de mes fonctions d'attaché, l'emploi d'historiographe de vos amours.
c Adieu, mon brave ami, conservez-vous bien pour tous ceux qui vous aiment, comptez-moi des premiers et croyez-moi des meilleurs parmi ceux-là. •
« P. 5. — Il n'y a rien de régulièrement organisé pour la correspondance au Secrétariat de M. Boismilon. Voici comme le service se fait : tous les jours à 4 heures, on expédie les paquets du prince à Toulon, à M. Jurien La Gravière, préfet maritime, qui est chargé de saisir toutes les