CHAPITRE XVII. — AVRIL
vents ont été presque constamment bons; qu'ils soient donc aussi favorables pour vous ramener.
t Si le général Gallebois a quelques oreilles d'Arabes de trop, je vous serai obligé de m'en rapporter une paire confites.
t Je vous écris ces sornettes pour qu'il ne soit pas dit qu'un courrier parte sans vous porter un souvenir amical de votre tout dévoué. »
ce Paris, 18 avril 1840.
tTout hier et aujourd'hui je n'ai pu me défendre de penser beaucoup à ce pauvre jeune prince, qui doit maintenant se trouver en pleine guerre, exposé aux longs mousquets des Arabes, et, quoi qu'il en puisse dire, le cœur certainement un peu ému de la nouveauté de ce jeu plus sérieux que nos évolutions de la terrasse. La persistance de vos pensées à me revenir continuellement au cœur et à l'esprit m'a causé quelque tristesse. A vrai dire je suis un peu malade et ma cervelle s'en ressent Je suis dans un de ces moments de prostration morale où je n'aimerais pas à me voir renverser une salière, ou à entendre croasser une corneille. Ce sont là, je l'espère, des hallucinations de vieille femme qui n'ont pas le sens commun, et que vos premières nouvelles auront bientôt dissipées.
tje n'ai point cherché pendant tous ces jours saints h voir Mlle Henriette Thouvenel. La gravité de l'époque m'a paru devoir exclure mes visites. Je me dédommagerai le lundi de Pâques. Demain dimanche je lui envoie votre tribut de fleurs. Ce sera comme une résurrection de votre
amour pour elle, après cette triste semaine passée sans lettres de vous, sans visites de moi, votre procureur en cette gracieuse affaire.
«Eh bien! comment vous sentez-vous, mon excellent ami? Le soleil d'Alger a-t-il enfin opéré? Vous êtes- vous bien reposé? Il me tarde bien d'avoir de vos nouvelles, mais l'heure sonne où il faut clore vos paquets; adieu! jusqu'au revoir et que ce soit bientôt; je commence à m'ennuyer dans mon embrasure de croisée.
«Rien de neuf dans nos affaires du Secrétariat, hormis un certajn courant de broutilles, dont il ne vaut pas la peine de vous entretenir.
«Tout à vous de cœur.»
« Paris, 25 avril 1840.
«Vos dépêches d'Alger du 17 sont arrivées à Toulon le 22 et à Paris ce matin 25, mais un peu tard, parce que le paquet mis sous le couvert du roi a dû passer par Saint- Cloud, avant de venir aux Tuileries. Vous pourriez éviter ce détour inutile, pour tout le temps que la famille royale pourra passer par la suite, soit à Neuilly, soit ailleurs, en m'adressant directement vos lettres aux Tuileries sous le couvert du duc d'Aumale. J'ai pris mes mesures en conséquence. M. Comte est prévenu, ainsi que le chef du bureau de poste de la Maison du roi, et j'ai la certitude officielle que des ordres ont été donnés pour que tout ce qui regarde la correspondance du prince ou de son Secrétariat soit réservé à Paris et remis aux Tuileries.
«Mon Dave (1) est en course pour distribuer toutes les
(1) Nom d'esclave dans la comédie antique.