CHAPITRE XVII. — AVRIL
du prince par la famille royale au grand complet, y compris la nouvelle mariée, les Cobourg, les enfants et la bonne d'enfants. Donc, impossibilité de faire à la belle de vos pensées et presque des miennes les honneurs d'une noble fenêtre pour voir le feu du Ier mai. Nous serons donc obligés de nous en tenir à notre modeste appartement; je tâcherai de lui en faire les honneurs de mon mieux. Les fusées partant du quai d'Orsay, on attrapera encore quelque chose du spectacle en allongeant un peu le cou, surtout de la croisée de votre salon. Il n'y a que vous qui gagnerez à ce petit contretemps; vous demandiez qu'elle ne se reposât que deux minutes dans votre logis; elle y restera trois heures. Ce sera presque un lieu sanctifié où je n'oserai plus rentrer désormais que les yeux baissés et mon bonnet à la main. Adieu ! portez-vous bien et ne m'oubliez pas.»
« 30 avril 1840.
c Un seul mot pour vous dire que je reçois aujourd'hui votre paquet d'Alger du 25. La Charmante a déjà entre les mains vos douces pages; puissent-elles lui causer autant de joie que m'en ont fait à moi celles que vous m'avez adressées ! Vous tournez au tendre et j'en suis îavi, cela me prouve que vous êtes bien décidément et très sérieusement épris. Voyez-vous, mon cher, il n'y a rien de mieux dans la vie, cette reine des mystifications, que de bien aimer une honnête femme. Aucuns disent que c'est une folie que de trop aimer, qu'on ne s'appartient plus, que c'est un esclavage quand ce n'est pas un supplice, que qui sait aimer ne sait plus que cela, que les plus belles
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intelligences vont ainsi s'éteindre dans le giron d'une femme, etc. Il y en aurait dix pages à vous écrire de toute cette belle sagesse d'hommes blasés. Mais, croyez-moi, si c'est une folie, c'est la plus sainte, la plus noble, la plus suave de toutes les folies; et tenez-vous-y jusqu'à ce que vous soyez assez malheureux pour en guérir : mais ne faites rien pour cela; livrez-vous tout naïvement aux chaudes inspirations de votre cœur et guérissez du reste.
« Demain, jour de saint Philippe, je fais décidément les honneurs de chez vous à vos belles amours. Il n'y a plus guère d'espoir de disposer de l'appartement du prince. Ah çà ! mon ami, je ferai les choses en gentleman, je vous en préviens, et j'aurai à solliciter auprès de vous un nouveau bill d'indemnité pour les menus frais dans lesquels je vais me mettre pour vous mieux rassurer. Je ferai les choses galamment, et comme il convient quand on fait asseoir à son foyer ce que l'on aime le plus au monde Est-ce que je ne comprends pas bien ma mission ?
«J'ai donné à Latour le spirituel et tendre billet que vous m'avez adressé, afin qu'il y prenne tout ce qui lui revient de bonnes paroles et de sentiments affectueux. Ah ! le brave garçon ! la riche et bienveillante nature ! C'est à celui-là que l'on peut encore tout confier et tout dire. Il a au fond du cœur et de l'âme des échos pour tout ce qui est noble, généreux, élevé, sensible. Qui croirait que de pareils hommes nous viennent du Limousin, du pays de M. de Pourceaugnac ! c'est fabuleux! ce qui ne le sera jamais, c'est ma tendre amitié pour vous.
«Adieu.»
« PS. — Rien en fait d'affaires.»