PHILOXÈNE BOYER
M"« Rebecca celui de Gabrielle, où elle ne fait pas oublier la créatrice, M"« Nathalie * .
i8 Octobre. — Première représentation de Murillo^ comédie en trois actes et en vers, de M. Aylic Langlé^. • C'est le début, au théâtre, d'un jeune homme encore indécis sur la voie littéraire dans laquelle il doit s'engager. Sa pièce n'est guère qu'une fantaisie, sans grande intrigue» qui renferme quelques vers agréables et facilement venus et-, entre autres, un joli boléro mis en musique par Meyerbeer et que M. B'rindeau (Murillo) chante avec beaucoup de goût et un semblant de voix qui n'est pas sans charme. Cette comédie n'a eu d'ailleurs que quelques représentations. Elle est jouée par MM. Brindeau, Monrose, Anselme, M"*"» Rebecca, Fix, Favart et Valérie.
5 Novembre. — Première représentation de Une journée d* Agrippa d*Aubigné^ drame en cinq actes, 6n vers, par M. Edouard Foussier.
Voici encore une pièce de jeune homme, plus expérimenté, toutefois, en matière théâtrale, que l'auteur de Murillo et qu'a déjà joué d'ailleurs la Comédie- Française 3. Il s'agit, cette fois, d'un drame historique dont Théodore Agrippa d'Aubigné fait tous les frais. C'est une aventure de la jeunesse de ce brillant capitaine-historien, que
. I . La comédie de Gabrielle est toujours demeurée au répertoire. Elle ^ avait atteint le chiffre de i86 représentations lors de la reprise du 27 avril
2. M. Âylic Langlé a donné depuis deux autres comédies, un Homme de rien et la Jeunesse de Mirabeau^ qui ont eu un meilleur succès au théâtre du Vaudeville. Devenu préfet de la Meuse, au mois d'octobre 1869, il est mort subitement le 12 janvier 1870. Il avait été un moment directeur de la presse au ministère de l'intérieur et il était officier de la Légion d'honneur (i3 août 1869}.
3. Heraclite et Démocrite, comédie en deux actes, en vers, représentée pour la première fois le 3i août i85o.
ANNÉE l853. 33
M. Foussier raconte en vers assez bien tournés, mais dans une intrigue un peu trop romanesque.
Profitant des loisirs de l'armistice consenti, pendant le siège de Paris, par Henri IV, en iSgi, Agrippa rentre dans la grande ville, où il retrouve sa sœur Armande mariée' à un assez vil coquin du nom de Brillac. Ce Brillac est fort besoigneux et dépensier et, comme tel, aime l'argent pardessus tout, et le retour d'Agrippa le gêne d'autant plus, qu'il lui faut restituer sa part d^héritage. Armande, de son côté, n^aime pas son mari, mais elle adore en secret le baron de La Ville-aux-Clercs. A la suite d'incidents, dont le détail n*est pas indispensable ici, Agrippa débarrasse, d'un coup d'épée, sa sœur de son mari et, avant de rejoindre l'armée du roi, il met la main d'Armande dans celle de La Ville-aux-Clercs, qu'elle épousera après son veuvage.
On a reproché à M. Foussier d'avoir singulièrement altéré la vérité historique en ce qui concerne le caractère d' Agrippa; il a plaidé lui-même sa cause, sur ce point, en tête de la brochure de sa pièce ; je lui laisse ici la parole :
c Je n'ai tenté d'esquisser qu'un des coins de cette grande figure... Personne n'ignore et je n'ignore pas moi-même ce qu'était Th. Agrippa d'Aubigné, de là ce que j'ai cru pouvoir me permettre. Ce n'est point à trente ans qu'il composait ses Tragiques, qu'il écrivait son histoire universelle, et qu'il reniait Henri IV, comme Henri IV avait renié Calvin. Rien ne ressemblait moins alors à ce personnage austère qu'on s'attendait, avec raison, peut-être, à retrouver dans ce travail. Agrippa jeune n'a rien du vieux d'Aubigné!... les hommes ne sont pas d'une pièce, les grands hommes surtout. Agrippa à trente ans, c'est Thomme de son siècle, brave, énergique, loyal dans la grande acception du mot,, mais bon compagnon, courant toutes les femmes, buvant de tous les crus et faisant feu de quatre fers. Gascon, duelliste, sans cesse à court d'argent, toujours en fonds d'esprit; d'Aubigné n'est pas alors le poète des Tragi-^ V*^s, encore une fois non ! mais le sectaire de Rabelais, préludant par des saillies et des coups d'épée aux mirifiques discours
du baron de Fœneste.., à tort ou à raison, voici le d*Aubigné dont je me suis bien ou mal servi, Tautre est intact... i
Le personnage du prévôt Brillac a pajru outré et le talent seul de M. Got Ta sauvé, en même temps que la pièce elle-même, trop développée et parfois un peu obscure *. La comédie de M. Poussier, bien qu'elle n'ait eu qu'un petit nombre de représentations, est, en somme, une heureuse tentative littéraire, tout à fait à Thonneur de Pécrivain distingué qui a signé depuis, sur d'autres scènes, soit seul, soit en collaboration, plusieurs grandes pièces qui ont eu de plus durables succès.
18 Novembre. — Reprise de II ne faut jurer de rien comédie en trois actes et en prose, de M. Alfred de Musset. Ce charmant proverbe, publié d'abord dans la Revue dès Deux-Mondes (i*' juillet i836), a été remanié par son auteur lui-même en vue de la représentation. Il a subi alors d'assez notables modifications, dont on retrouvera le détail au volume IV de la grande édition des œuvres complètes de l'illustre poëte, [donnée par son frère chez réditeur Charpentier 2. Il a été joué pour la première fois ù la Comédie-Française, le 22 juin 1848, à la veille même des terribles journées pendant lesquelles la guerre civile allait ensanglanter Paris. Nous retrouvons encore, dans rinterprétation actuelle, trois des artistes de la création, MM. Provost (Van Buck), Brindeau (Valentin), Got (l'Abbé). M"»* AUan reprend le rôle de la baronne créé par M"* Mante^ et M"« Fix celui de Cécile, qui servit de
1. Ont créé les autres rôles : Agrippa d'Aubigné : M. Maillait; Guy de ^a Ville-aux-Clercs : M. Leroux. On avait eu un moment Tintention d'engager M. Lafontaine pour cette création. Armande d'Aubigné : M» Madeleine Brohan; Lucette * Mil* Valérie. Personnages épisodiques : MM. Mirecourt, Monrose, Castel, Mathieu, Tronchet, Berlin.