Paris, i865, 10 volumes in-8*, avec dessins de M. Bida
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deuxième début à cette charmante et regrettée M"« Amédine Luther *.
6 DÉCEMBRE — Reprise de Louis XI, tragédie en cinq actes de Casimir Delavigne, représentée pour la première fois à la Comédie-Française le 1 1 février i832.
Cette tragédie, qui avait la double prétention de plaire à la fois aux romantiques et aux classiques 3, et qui eut le bonheur de réunir, en effet, pour un moment, dans un applaudissement commun, les partisans des deux écoles et des deux camps, eut à l'origine un succès considérable 3,
1. MU* Luther avait débuté à la Comédie-Française au mois de mai 1848, dans le rôle d'Abigaîl du Verre cTeau, Mariée à M. Raphaël Félix, trërede Rachel. elle est morte, bien jeune encore, en i86r.
2. • Louis XI est une tragédie moderne dans ce sens que le poète y a introduit des personnages qu'eût repoussés la dignité du Cothurne antique. Je n'entends pas parler du prévôt Tristan puisqu'il a son pendant dao8 le Narcisse de Britannicus, mais je parle du médecin Coictier, sj Qtile cependant à l'action et qui en est le principal et indispensable régulateur; je parle de ces danses où de malheureux paysans sont condamnés à dci démonstrations joyeuses sous peine de la hart ; de cette entrée solennelle du pieux anachorète de la Calabre au milieu des cantiques des jeunes villageoises et de l'appareil pompeux des symboles les plus sévères de la religion; je parle du barbier-ministre Olivier Le Daim, de l'épisode un pea hasardé des amourettes du Dauphin avec la jeune et innocente Marie. Tous ces détails sont nouveaux, il faut en convenir, et ils eussent paru, il y a quelques années, incompatibles avec les formes reçues et avec la sévéritti de l'ancienne tragédie. » (Pierre Duviquet, successeur de Geoffroy lu Journal des Débats.)
3. • Rien ne saurait se comparer à l'enthousiasme des comédiens aux lectures de Louis XI; tout le monde voulait jouer et c'était une honte ou un malheur que de ne pas avoir un rôle. Le succès du reste fut éclatant. Succès de spectacle et d'acteurs, car Louis XI comme œuvre littéraire mérite des critiques sévères qui ont été faites justement.
• Recettes des premières représentations :
• *"4i972 fr. 80 c.; 2ne 1,524 fr. lo c; 3««e 1,910 fr. lo c; 4nc 2,196 fr.; 5"« 3,077 fr- 20 c.
• On a vu mieux que cela. • [De la Comédie française depuis i83c, par E. Laugier^ archiviste du théâtre, i vol. in-i8. chez Tresse, Paris, I84>.)
qu^elle a toujours retrouvé lors de ses successives et nombreuses reprises. Elle est d'ailleurs jouée avec beaucoup d'ensemble, et même avec un certain éclat, par M. Beauvallet, fort remarquable dans le personnage de Louis XI, créé par Ligier, et qu'il joue pour la première fois. La grande scène du 4^* acte est surtout, pour cet artiste distingué, l'occasion d'une véritable, ovation qui se termine par un rappel.
Les autres principaux rôles sont joués par MM. Geffroy (Coictier), Maillart (Nemours), Got (Marcel), Maubant (François de Paule), M"®» Rebecca (le Dauphin), Bonval (Marthe), Fix (Marie). A la deuxième représentation, le 8 novembre, M"« Favart remplace M"« Fix dans ce dernier rôle.
17 DÉCEMBRE. — Représentation extraordinaire au bénéfice de M"« Georges.
L'illustre tragédienne avait alors 68 ans ^ ; elle reparaissait donc une dernière fois sur ce théâtre qui avait été témoin de ses premiers débuts, de sa gloire, de ses luttes fameuses et de ses nombreux caprices, dans le personnage de Cléopâtre, de la tfagédie de RodoguHe. Cette représentation suprême avait attiré une foule énorme. La jeune et nouvelle génération ne connaissait M^^^ Georges que par le souvenir de ses triomphes dramatiques^ et par le récit des
I . Voici les « états de services » de MU« Marguerite-Georges Wcymer, connue sous le nom de Mii« Georges : née le 23 tévrier 1787; —débute au Théâtre-Français dans Clytemnestre d'Iphigénie en Aulide (29 novembre 1803} ; — pensionnaire de la Comédie (1 8o3) ; — sociétaire (1804) ; ~ quiue directement Paris sans avertir la Comédie (11 mai 1808}; — sa rentrée par ordre de l'Empereur (20 septembre i8i3)j — nouvelle fugue (1816} ; — est rayée de la liste des sociétaires (8 mai 18 17); — représentations à rOdéon (2 septembre 1829); — glorieux séjour à la Pone-Saini -Martin (du 3 décembre i83i au 26 mars 1840}; « représentation de retraite au Théâtre-Italien (27 mai 1849); — décès (12 janvier 1867).
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succès de tous les genres que lui aVait valus son éclatante beauté. Chacun voulait voir, au moins une fois, cette femme célèbre , et bien qu'elle ne fût plus alors que l'ombre d'elle-même, elle produisit cependant sur ce public, qui était accouru surtout pour saluer en elle Tune des gloires du passé, une impression profonde par la majesté de son geste, l'ampleur et la netteté de sa diction et l'aspect sculptural et vraiment grandiose encore de toute sa personne *. Cette soirée fut pour elle un long triomphe; on l'acclama, on la rappela avec un enthousiasme considérable, et quand elle reparut, à la fin de la tragédie, ramenée par Beauvallet et M"® Rimblot, les bouquets et les couronnes tombèrent sur la scène, jetés de toutes parts autour d'elle 2.
J'ai tout particulièrement noté deux portraits de M"« Georges, curieux à citer comme rapprochement, au moment où la grande tragédienne se montre pour la dernière fois sur la scène du Théâtre-Français. L'un a été écrit au début de sa carrière, l'autre publié quarante-sept ans plus tard, et au moment où elle donnait déjà sa première représentation de retraite.
Le premier portrait est du critique Geoffroy, rendant compte, en 1802, des débuts de M^^® Georges à la Comédie-Française :
•' « Précédée sur la scène d'une réputation extraordinaire de beauté, M"« Georges n'a point paru au-dessous de sa renommée : sa figure réunit aux grâces françaises la régularité et la
1. « Elle a plus que la beauté de la vieillesse, elle a la vieillesse de la ^uté. • (Edouard Thierry.)
2. Les .autres principaux rôles de Rodogune étaient remplis par MM. Beauvallet (Antiochus), Guichard (Seleucus), et M"» Rimblot qui fut très-particulièrement applaudie dans le personnage de Rodogune.
noblesse des formes grecques; sa taille est celle des sœurs d'ÂpoUon... Son organe est naturellement flexible, étendu et sonore... Ce n*est pas une statue de marbre de Paros, c'est la Galatée de Pygmalion pleine de chaleur et de vie en quelque sorte oppressée par la foule des sentiments nouveaux qui s'élèvent dans son sein. »
Le second portrait est de M. Théophile Gautier :
t Douée d'une beauté qui semble appartenir à une race disparue < et avoir transporté la durée du marbre dans une chose ordinairement si fragile et si fugitive que sa comparaison na* turelle est une fleur, M}^* Georges a rendu des services égaux aux deux écoles; — personne n'a mieux joué le drame : les classiques et les romantiques la réclament exclusivement. Racine et Hugo Tavouent pour prétresse et lui confient leurs plus grands rôles. Par la pureté sculpturale de ses lignes, par cette majesté naturelle qui Pa sacrée reine de théâtre à Tâge d«s ingénues, elle était la réalisation la plus complète du rêve de la muse tragique, comme par sa voix sonore et profonde, son air impérieux, son geste naturel et fier, son regard plein de noires menaces ou de séductions enivrantes, par quelque chose de violent et de hardi, de familièrement hautain et de simplement terrible, elle eût paru à Shakespeare Théroîne formée exprès pour ses vastes drames. De longtemps on ne verra une pareille Agrippine, une semblable Clytemnestre; ni Lucrèce Borgia, ni Marie Tudor ne trouveront une interprète de cette force. Le souvenir de M'»« Georges se mêlera toujours à ces deux formidables rôles où elle a vraiment collaboré avec le
I. Je retrouve dans un autre portrait de Mli« Georges par Th. Gautier la môme idée développée de la manière suivante : • Mu« Georges semble appartenir à une race prodigieuse et disparue : elle vous étonne autant qu'elle vous chai me. On dirait une femme de Titan, une Cybèle mère des Dieux et des hommes, avec sa couronne de tours crénelées ; sa construction a quelque chose de Cyclopéen et de Pélasgique. On sent en la voyant qu'elle reste debout, comme une colonne de granit,' pour servir de témoin à une génération anéantie et qu'elle est le dernier représentant du type épique et surhumain. • {Le Figaro, 1837.)
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poëte, et ceux qui n'auront pas vu les deux pièces jouées par la grande actrice n'en comprendront pas aussi bien l'effet irrésistible, immense!... »
Un intermède de musique et de danse, auquel prirent part, pour le chant, M. Roger et Mme Bosio, et pour la danse, M. Petitpa et M"« Guy-Stephan, artistes de rO|iéra^ continuaient cet exceptionnel spectacle^ qui fut terminé à i heure 1/2 du matin, par le Malade imaginaire, accompagné de la cérémonie, avec la distribution suivante : MM. Provost (Argante), Samson (Purgon), Renier. (Thomas), Delaunay (Cléante); M™" Judith (Angélique), Bonval (Toinette).
Dans la cérémonie parurent les artistes de la Comédie- Française et quarante artistes des différents théâtres de Paris, qui avaient regardé comme un devoir de venir rendre un dernier hommage a à Cléopâtre expirante ! »
23 Décembre. — Première représentation de la Pierre de touche^ comédie en cinq actes, en prose, de MM. Emile Augier et Jules Sandeau ^.
Le sujet de cette comédie est tiré du roman de M. San* dcau, qui a pour titre VHéritage. Elle a d'abord dû être jouée sous ce titre même, puis sous celui de Un tour de roue, et elle a, enfin, vu la rampe avec le titre définitif de la Pierre de touche, La pièce peut se résumer en quelques mots : les auteurs ont voulu représenter le tableau de répreuve de la pauvreté par la richesse ; leur pierre de touche, c'est l'or.
Frantz Wagner, devenu riche par suite d*un héritage
I. Ont crëé les rôles : MM. Leroux (Franti Wagner), Got (Spiegel), Provost (le baron de Berghausen) ; M»«* Allan (la Margrave de Rosenfeld), Madeleine Brobaa (Frédérique), lEmilie Dubois (Dorothée). Rôles épisodiqaes : MM. Mathitn, Anselme, Montât, Bertin, Tronchet, Caste!.
inespéré, perd peu à peu les sentiments de cœur et d'esprit dont il faisait montre alors qu'il était pauvre; répreuve de la fortune a été au-dessus de ses forces ; il renie ceux qui l'ont connu, aidé, aimé pendant sa pauvreté ; il n'est plus rien qu'un parvenu vulgaire que le veau d'or a dévoré tout entier.
Cette pièce, malgré de jolis détails et l'esprit plein de vivacité et de naturel qui la distingue, n'a point réussi. Elle a même donné lieu à des protestations assez vives i. Le personnage de Frantz Wagner, ce musicien qui hérite soudain de toute la fortune d'un mélomane enragé , a paru exagéré, outré, invraisemblable. Cet ambitieux égoïste persiste, jusqu'à la fin de la pièce, dans les sentiments nouveaux que l'amour de l'or a fait naître, ou peutêtre mieux à réveillés en lui.C'estunpersonnage tout d'une pièce^ très-développé^ et à bien des points de vue d'une très-grande vérité. Le gros public ne Ta pas trouvé de son goût parce qu'il est avant tout antipathique, et que, par l'importance que lui ont donné les auteurs, il est, en somme, la pièce tout entière à lui seul. On lui en a voulu, à ce richard au cœur endurci, de n'avoir point modifié tout d'un coup son caractère, au dénoûment de la comédie, pour revenir, avec des vertus nouvelles, à celle qu'il avait aimée et qu'il avait juré d'épouser , avant qu'il connût son héritage. D'autres, au contraire, ont reproché aux deux auteurs de n'avoir pas puni dans son orgueil ce Frantz Wagner devenu lâche et traître à la fois, et de lui avoir laissé la jouissance de cette fortune qu'il avait si mal méritée.
I . Il y eut même des si£Bets que contînt quelque peu, à la première repré* sentatioii, la présence de l'Empereur et de rimpiîratricc, mais qui priieot de plus belle leur revanche le lendemain.
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A la suite de Tinsuccès de la Pierre de touche^ les auteurs ont publié dans les journaux une lettre explicative dont il n'est pas inutile de donner ici quelques passages. Ils défendent, à coups d'arguments, dont je crois juste de rappeler les principaux, Fétude dramatique qu'ils ont entendu faire et qui — dans tous les cas et en dépit des siffleurs — demeure l'une des plus intéressantes et des mieux écrites qu'ait produites leur collaboration :
« Nous avons voulu personnifier dans le personnage de Frantz Wagner les mauvaises passions de notre temps, l'envie, l'impuissance orgueilleuse, les déclamations de la paresse, la révolte des ambitions souffrantes. Nous avons voulu montrer que ces réformateurs de bas étage, qui ont la prétention de refaire le monde, le feraient pire qu'il n'est s'ils le faisaient à leur image. Pauvre, Frantz s'exhale en invectives contre les riches et la société; riche, il donne l'exemple de toutes les duretés, de toutes les ingratitudes, de toutes les vanités.
« Spiegel représente, au contraire, les sentiments honnêtes, le travail patient, la pauvreté contente, lata paupertaSj la soumission aux lois éternelles. Il devient riche, lui aussi, mais l'argent ne le corrompt pas... Le caractère de Frantz ne change pas, il ne fait que se développer... On nous reproche d'avoir donné du génie à ce misérable : mais quand une seule œuvre, si belle qu'elle fût, impliquerait le génie, quand nous n'aurions pas vu de Jios jours avorter tant de glorieuses espérances, Frantz, en renonçant à son art, ne montre-t-il pas lui-même qu'il n'était pas un véritable artiste? Quant au dénoûment, nous persistons à le trouver d'une moralité terrible... Frantz a fait le désert dans son cœur et son triomphe nous semble plus navrant que ne Teùt été le spectacle de sa ruine.
«Nous avons à répondre encore à une imputation non moins grave, celle d'avoir voulu personnifier la noblesse dans le baron de Berghausen et la margrave de Rosenfeld. Disons-le tout de suite, ces personnages de fantaisie n'ont pas la prétention d'être des portraits. Notre pièce n'est pas une comédie de mœurs : c'est le développement d'une idée ; elle ne s'est pas proposé de
peindre des classes et des professions, mais de défendre une thèse. Elle a pris ses personnages là où son action les demandait, sans arrière-pensée de satire. *
« Toutes ces explications ne cherchent pas à prouver que notre pièce soit bonne; elles la défendent seulement contre le procès de tendance que lui fait une partie du public. »
Quoi qu'il en soit, — et malgré cette chaleureuse défense — la pièce était condamnée, on pe ut le dire, sans appel ; elle disparut de Taffiche après un petit nombre de représentations.
1 3 Janvier. — Première représentation de Romulu£, comédie en un acte, en prose, de M. Alexandre Dumas.
Cette bluette eût mieux convenu, par son genre de style et d'esprit, au théâtre du Vaudeville ou à celui du Gymnase dramatique qu'à la Comédie-Française. Elle tourne trop vite à la charge et, bien qu'elle ait subi aux répétitions de larges coupures, elle a paru trop longue encore. M. Dumas a reçu, cependant, dans cette médiocre production, le secours de divers collaborateurs, dont les journaux ont nommé plusieurs, sans qu'il ait jugé à propos d'en renier un seul.
MM. Octave Feuillet, Paul Bocage, et — pendant les répétitions — le principal interprète de l'ouvrage, M. Régnier, ont successivement touché et retouché au travail primitif, qu'un autre collaborateur anonyme avait déjà sans doute préparé. Quoi qu'il en soit, la romanesque histoire de Romulus — enfant nouveau-né, tombé à l'improviste chez deux savants, qui l'ont baptisé de ce nom singulier — a trouvé grâce devant le public, qui a surtout applaudi les excellents artistes auxquels M. Alex. Dumas
€t ses collaborateurs doivent certainement le demi-succès de leur pièce *.
6 Février. — Première représentation de mon Étoile^ comédie en un acte, en prose, de M. Scri^be. — Début de M. Bressant.
Cette comédie, qui n'a que peu d'importance, avait été écrite pour le théâtre du Gymnase, à Tintention de M. Bressant Cet artiste distingué ayant été engagé à la Comédie- Française *, elle servit à ses débuts. Le rôle d'Edouard d'Ancenis 3 lui donna l'occasion de montrer, sur notre première scène et sous leurs diverses faces, les qualités brillantes qui avaient établi sa juste réputation. M. Bressant retrouva à la Comédie-Française le même public qui avait tant de fois déjà applaudi^ dans des rôles du même genre et sur des scènes secondaires ou à l'étranger, l'élégance de sa tenue et le charme de sa diction.
Cependant M. Bressant réussit moins, tout d'abord, dans le répertoire classique. Avant de créer mon Étoile il avait paru, ce même soir, dans le personnage de Clitandre
1 . Ont créé les rôles : MM. Régnier (le docteur Wolf), Monrose (le docteur Celestus), Anselme fie bourgmestre); MUa Favart (Marthe).
2. C'est le ministre d'Etat lui-même qui négocia l'entrée de M. Bressant à Ja Comédie-Française, au moment où cet artiste allait accepter un nouvel engagement en Russie. Né, le 23 octobre, en i8i5, M. Prosper Bressant a débuté au théâtre des Variétés le i3 avril i833 dans les Amours de Paris de Dumersan. Il épousa, en i834, une artiste de ce théâtre, Mlle Dupont. Il joua en Russie, de i838 à 1846, et débuta enfin, au Gymnase, le 21 février de cette dernière année dans Georges et Maurice, vaudeville en deux actes de Bayard et Laya. Il avait à ce théâtre 25,ooo fr. d'appointements et la Russie lui en offrait 70,000, pour l'attirer de nouveau à Saint-Pétersbourg, lorsque là situation qui lui fut proposée à la Comédie- Française l'y fëtint définitivement. Le 3i janvier 1854 M. Bressant fut créé d'office sociétaire, avec les avantages les plus complets et les plus étendus.
3 . Ont créé les autres rôles : MM. Régnier (de Paimpol), Provost (Kerbennec); Mbm Fix (Hortense), Valérie (Josseline).
des Femmes savantes *. 11 sembla un peu dépaysé sous ce costume solennel et dans ce répertoire nouveau ; on put lui reprocher, et peut-être avec raison, d'être trop exclusivement demeuré, dans un rôle tout à fait classique, le brillant jeune premier dont le charme et hi grâce avaient fait la fortuite sur un théâtre secondaire. M. Dressant n'avait point assez cherché à être Clitandre, et — par coquetterie sans doute — il avait surtout voulu que le public ne vît absolument, ce soir-là, que M. Bressant.
11 prit, d'ailleurs, une complète revanche un mois plus tard — le 7 mars, — lorsqu'il aborda pour la première fois le personnage de Bolinbrogke du Verre (Peau *. C'est de ce jour que date la prise de possession définitive, par M. Bressant, de la haute situation qu'il méritait d^occuper à la Comédie -Française. Toutefois, c'est surtout dans l'interprétation des personnages de la comédie moderne, de ces jeunes premiers ou de ces rôles plus marqués qui se jouent en habit noir, que M. Bressant a obtenu ses meilleurs succès, par la souplesse et la variété de son jeu non moins que par la distinction et la grâce de toute sa personne.
Le 2 1 mars, il joua, pour la première fois, le rôle de Chavigny dans un Caprice 3, et il fut véritablement et de
1. Les autres rôles principaux étaient joués par MM. Samson (Vadius), Provost (Chrysale), Got (Trissotin), Maubant (Arisie) ; M»" Denaiu (Àrmande), Judith (Henriette), Bonval (Martine), Nathalie (Philaminte), Théoard (Bélise).
3. Les autres principaux rôles de cette amusante comédie de Scribe, dont la première représentation remonte au 19 janvier 1837, étaient joués par M. Delaunay (Masham) ; M»** Madel. Brohan (la reine), Âllan (la duchesse), Fix (Âbigall). Le 29 mars, l'Empereur vint voir M. Bressant dans cette pièce.
3. C'est la première pièce d'Alfred de Musset jouée à la Comédie-Fran-
Ili^ 1^ f-^W»!,^»,
tous points parfait. C'était bien l'homme du rôle ; il s'y était même si admirablement incarné que le sociétaire qui le jouait, avantson arrivée à la Comédie, le lui laissa désormais et lui abandonna même peu après — en demandant prématurément sa retraite —son répertoire tout entier ^
25 Février. — Première représentation de la Joie fait peur^ comédie en un acte, en prose, de M"« Emile de Girardin.
Ce drame intime, aux proportions modestes, est le chefd'œuvre de Mme de Girardin au théâtre. 11 survivra — il survit déjà—, à ses tragédies pompeuses et à sa comédie de Lady Tartufe, Ce n'est cependant pas une œuvre absolument littéraire que cette petite pièce qui dure une heure à peine, sans intrigue, sans amour, et qui a triomphé et qui triomphe tous les jours encore, par la force seule du sentiment et de la vérité. Que de pleurs elle a fait répandre, que de rires elle a provoqués, se mêlant et s' entremêlant dans ce tableau rapide où, en si peu de temps, se déroulent tant de poignants et de douloureux événements au
çaise. Elle y fut créée le 27 novembre 1 847 par M. Brindeau (de Chavi* gny); M»»» Judith (Mathilde) et AUan (M>»« de Léry;. M»« Aug. Brohan joue aujourd'hui M">« de Léry. Rappelons, enfin, que ce ravissant petit acte avait d'abord été publié dans la Revue des Deux^Mondes (i5 juin 1837), puis représenté pour la première fois en Russie, par Mae Alian.
I. L'entrée de M. Bressant à la Comédie-Française eut pour effet immédiat le départ de M. Brindeau, qui se retira discrètement et dignement en présence des grands succès remporté», dans son propre emploi, par le brillant transfuge du Gymnase. Pendant son assez long séjour à la Comédie-Française, M. Brindeau avait rendu de très-utiles, sinon de très-éclatants services. Il a popularisé les proverbes d'Alfred de Musset, et a joué tout particulièrement avec un vif succès la comédie de M. Mélesville, Sullivan. M. Brindeau avait été nommé sociétaire en 1843, mais à la simple majorité des voix. En quittant la Comédie-Française il accepta un engagement au Vaudeville où il débuta, le 3i août 1854, dans le Fauconnier.
milieu desquels les passions les plus nobles, Tamour filial et l'amour maternel, se trouvent aux prises, d'un côté avec la douleur la plus grande, de Tautre avec la joie la plus forte, et aussi la plus terrible, la joie qui tuel... Avec quel art l'idée de la pièce est développée^ avec quelle délicatesse surtout, quelle sûreté de main, quelle dextérité !... Il faut apprendre à cette mère désolée, désespérée, que ce fils qu'elle pleure il est là, à sa porte, chez elle, qu'il va tomber dans ses bras ; et c'est par une gradation habilement calculée qu'on arrive au résultat; et avec que de soins, que de peines^ que d'inventions exquises, que de pieux mensonges !... Comme tout se suit et s'enchaîne dans cette comédie que jouent ces enfants pour tromper leur mère, lui déguiser leur joie, eux qui savent que le frère et l'amant est revenu, et laisser éclater tout à coup, et seulement à temps, l'ivresse qui fait à la fin dé-' border leur cœur * 1
La Joie /ait peur a été pour M. Régnier l'occasion de Tune de ses plus brillantes créations. « Noël est demeuré, avons-nous dit dans l'étude que nous avons consacrée à la vie dramatique de M. Régnier 2^ Noël est demeuré
1. Mme E, de Girardin (Delphine Gay), sa vie et ses œuvres, par Georges d*HeyUi. Un vol. in-32, avec eau-forte de Staal. Collection BacheIin-Deflo-« renne, Paris 1869.
M. Th. Gautier a fort habilement résumé, en quelques lignes, les impressions diverses causées par ce drame touchant :
• Cette comédie, faite avec une idée unique promenée dans tous les tons, comme le thème d'une fugue, montre le parti qu'on peut tirer d'un sujet en le creusant : la douleur de la mère, de la fille, de la fiancée, du vieux serviteur, de Tami, venant de la même cause, donne des effets différents et produit la variété dans l'unité, ce qui est le comble de l'art. Toutes ces nuances si délicates sont parfaitement observées et rendues. »
2. Régnier j sociétaire de la Comédie^Française (1831-72), par Georges d'HeyIli. Un vol. pet. in- 18, avec portrait à Teau-forte, Paris, librairie géoérak. 1872.
48 LA COMÉOIK -FRANÇAISE.
l'un de ses rôles les plus populaires; c'est aussi Fun de ceux qu'il a le plus étudiés, qu'il a le mieux amenés à la vérité, à la réalité, à la vie. Oui, grâce à lui^, le rôle était vivant et si vivant même que l'artiste disparaissait absolument dans le rôle. En effet, il y a surtout triomphé par le naturel. Dans la Joie fait peur^ le public ne voyait jamais Régnier en scène, il n'y voyait plus que Noël 2. »
i5 Mars. — Début, sans succès et sans suite, de M"« Darthès dans le personnage d'Hermione d'Androtnaque.
a2 Mars. — Reprise de Ulysse, tragédie, mêlée de chœurs, en trois actes avec prologue et épilogue, par M. Ponsard. La musique des chœurs est de M. Charles Gounod.
La tragédie d'Ulysse, qui n'avait eu qu'un médiocre succès, lors de sa première représentation, ne fut pas beaucoup mieux accueillie à cette reprise, bien qu'elle ait été mise en scène avec un grand soin et un appareil plein de solennité et de magnificence. Les vers de M. Ponsard sont bien frappés et quelques scènes ressortent sur le fond un peu gris et monotone du drame, mais l'ensemble en est froid et souvent ennuyeux 3/ Les chœurs de
1. 1.2 mise en scène de la Joie fait peur doit aussi beaucoup, comme tant d'autres pièces, aux excellents conseils et à l'expérience de M. Régnier.
a. Les autres rôles de la pièce ont été créés par MM. Delaunay (Adrien), Guichard (Octavej ; Mn«*Allan (Ma« Désaublers), E. Dubois (Blanche), Fix (Mathilde de PierrevaU. M. Got a repris également, avec un grand succès, le rôle de Noél le 8 mai 1876, dans la représentation de retraite de M«* Ai^ nouId-Plessy. C'était la première fois que la Joie fait peur était jouée au Théâtre-Français depuis le départ de M. Régnier (avril 1873).
3. « Ulysse, qui suivit Charlotte Corday, est Terreur d'un lettré. M. Pon sard s'est laissé égarer par l'érudition : mais si VIliade fut l'écriture du monde païen, \'Od\jssée est un peu la mère l'oie de l'antiquité. Les inven-
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M. Gounod ont eu plus de succès que le drame luimême. Ils ont paru généralement écrits avec originalité, et Tun deux, le deuxième chœur des Porchers (acte i" scène III) *, a même eu les honneurs du bis. Deux élèves du Conservatoire, MM. Sapin et Marteau, ont successivement chanté le personnage de Phémius, chargé des soli de la partie musicale. M. Sapin a depuis obtenu un engagement à rOpéra. Ajoutons que les chœurs ô! Ulysse sont^ au point de vue purement littéraire, Tune des inspirations poétiques les plus réussies de M . Ponsard.
Les principaux rôles sont encore remplis par les artistes qui ont créé l'ouvrage (18 juin i852). MM. Geffroy (Ulysse), Delaunay (Télémaque), Maubant (Eumée) , M"« Judith (Pénélope). M*** Favart remplace M"« Nathalie dans le personnage de Minerve.
tioos de tapisserie faite et défaite, d'arc difficile à tendre n'ont rien de bien grandiose, et le parasitisme des prétendants mangeant les porcs d'Ulysse n'est pas autrement dramatique. L'ouvrage non-seulement fut écouté avec ;
indifférence, mais légèrement • égayé », et l'on rit beaucoup d'un prétendant rentrant en scène, percé d'une flèche qu'Ulysse n'avait pu réussir à ' faire tomber plus bas qu'à ses pieds. Geffroy fut très-remarquable, cepen- \ dant, dans le rôle principal ; toutefois, il n'y eut — somme toute — dans l'iocideut d'amusant que les parodies. Une d'elles portait comme sous-titre ' Us Porcs vengés. Dans une autre, au Vaudeville, on voyait une auberge avec cette enseigne : Au Porc Epique^ et un personnage placé dans la salle etpiiqaait comment on trouvait le plus ineffable plaisir à la représentation ; de cette tragédie antique... à la condition de savoir le grec, d'apporter ' YOdytsée et de suivre sur le texte primitif la traduction dialoguée de ^ M. Ponsard. » (t>AUL Foucher ) *
I. C'est le chœur si connu et si souvent chanté dans les concerts publics, qui commence par Ha strophe suivante :
O Dieu des Bacchantes !
Par tes soins heureux
Les vignes grimpantes *
Ont couvert les pentes
Des coteaux pierreux.
^tamm
2 5 Avril. ^ Première représentation de Mademoiselle Aïssé, drame en cinq actes, en prose, de MM. Paul Foucher et Alex, de Lavergne *.
Drame assez intéressant où, toutefois, la vérité historique est trop souvent traitée avec peu de respect. Je sais bien que la biographie de M"* Aïssé tient, par bien des côtés, à la légende et, qu'en beaucoup de points, elle est demeurée sans éclaircissements; mais il est à regretter que les auteurs du drame aient. profité de cette circonstance pour dessiner un peu trop cavalièrement les caractères de leurs personnages qui ne ressemblent que de fort loin à ceux que la tradition elle-même nous a transmis. Leur intrigue est toutefois touchante, bien que très-looguement développée, ce qui donne lieu à des scènes souvent inutiles et à un ensemble de pièce généralement froid. Le public a cependant paru prendre plaisir et intérêt aux aventures de M"« Aïssé , amplifiées par MM. Foucher et de Lavergne.
Le talent des artistes n'a pas nui, non plus, à ce succès du premier soir : M. Samson a créé le personnage de l'ambassadeur marquis de Ferriol. On sait que ce' de Ferriol avait acheté, étant ambassadeur à Constantinople, la belle Circassienne Aïssé, alors âgée de quatre ans. Il l'avait ramenée en France, Tavait fait très-brillamment élever; puis, quand sa protégée, devenue jeune fille, apparut à la cour avec tout son esprit et sa beauté, il en tomba éperdument épris. Mais il s'était fait vieux, et la belle étrangère, qui rebuta, dit-on, jusqu'au Régent luimême, préféra à cet amoureux plus que sexagénaire le beau chevalier d'Aydie, de qui elle eut une fille. Ce rôle
I. L'Empereur assista à la 7* représentatioo, qui fut donnée le 8 mai.
de Ferriol a été très-habilement joué par M. Samson ; c'est d'ailleurs l'un des caractères les mieux tracés de la pièce. M"« Judith a été fort belle et, de plus, touchante dans le sympathique personnage d'Aissé. Au dernier acte — fait qui se produit assez rarement au Théâtre- Français, — un spectateur enthousiaste a jeté sur la scène un bouquet aux pieds de M"« Judith, laquelle, en comédienne de haut lieu, a fait quelques façons pour l'accepter. M. Candeilh, jeune premier arrivant de l'Odéon, effectuait ses premiers débuts dans le petit rôle du chevalier de Riom, où il a réussi. M. Maillart jouait le chevalier d'Aydie ; M"® Allan représentait la brillante M"« de Parabère, et M"« Jouassain la marquise de Ferriol.
6 Mai. — Débuts de M"® Mantelli, dans les Femmes savantes (Armande).
La débutante n'a passé ni par le Conservatoire ni par aucun théâtre. C'est une grande et belle personne, fort distinguée et qui réussit beaucoup plus par l'élégance et le grand air de sa tenue, que par son talent même, qui est encore tout plein de tâtonnements et d'inexpérience. M"* Mantelli a continué ses débuts, avec le même genre de succès, les 26 et 27 juin suivants, dans les Jeux de Pamour et du hasard (Sylvia) et le Misanthrope i.
17 Mai. — Première représentation de le Double Veuvage^ comédie en trois actes, en prose, mêlée de vers, avec prologue, de Dufresny, réduite en un acte par M. Léon Guillard, qui ne s'est pas fait nommer 2.
La comédie primitive de Dufresny avait trois actes, avec un prologue et un divertissement final dansé et