La pièce, ainsi remaniée, n'a pas été imprimée
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chanté. Elle étciit beaucoup plutôt une parade qu'une comédie; on y chantait, dans le cours de Touvrage, plusieurs morceaux de la composition de Dufresny luimême, et la pièce se terminait par une critique deTOpéra, également chantée, et qui était peut-être amusante en son temps. C'était d'ailleurs une pièce fort gaie, trop gaie même, car elle tournait à la farce. Jouée pour la première fois le 8 mars 1702, elle eut dix représentations de suite. Lors des reprises postérieures du Double Veuvage^ on supprima le prologue.
Le travail anonyme de M. Léon Guillard n'a pas consisté dans un simple remaniement, mais bien dans une refonte entière de la pièce de Dufresny, qu'il a refaite, écrite à nouveau, conservant les meilleurs traits et le fond de l'intrigue, de telle sorte que des trois actes il n'en est plus resté qu'un seul, qui contient la quintessence de l'œuvre originale. Toutefois, l'œuvre nouvelle a conservé ses allures et son train de pièce ancienne, et le public, dont la plus grande partie ne connaissait pas la comédie de Dufresny, lui a attribué tous ses mérites actuels, et il s'est amusé et a ri de bien bon cœur pendant toute la durée de cet acte si gai, mais cette fois dans la mesure juste et possible.
Mme Thénard, dans le rôle de madame Michelin, a eu les honneurs de cette reprise ; elle a montré une verve et une prestesse étonnantes. On l'a beaucoup applaudie. — Les autres rôles étaient joués par MM . Delaunay (Armand), Anselme (Michelin), Castel (Julien), M"* Fix (Félicie). Il faut citer à part M"« Bonval, qui a tenu avec beaucoup d'entrain le personnage de Thérèse, bien qu'elle fût assez souffrante. La deuxième représentation de la pièce a même subi quelque retard en raison de cette indisposition.
26 Mai. — Reprise de la Belle-Mère et le Gendre^ comédie en trois actes, en vers, de M. Samson.
Cette jolie comédie a été représentée pour la première fois à rOdéon le 20 avril 1826. C'était alors un sujet à peu près neuf et dont on a beaucoup abusé depuis, que cette critique amusante des inconvénients de l'intrusion de la belle-mère dans le jeune ménage de sa fille et de son gendre. La belle-mère, imaginée par M. Samson, M^ne Dorfeuille, est bien la peste la plus terrible qui puisse tomber dans une famille : elle fâche les uns avec les autres, chasise les amis et les parents, va jusqu^à suspecter l£( fidélité de son gendre et à brouiller momentanément les deux époux par les insinuations les plus coupables que répand habilement sa mauvaise langue. En fin de compte le gendre et la fille sont très-heureux de se débarrasser de cette impossible belle-mère, en la mariant à leur oncle Duchemin, qu'elle a précisément tracassé tout particulièrement après son arrivée chez son gendre. Ce Duchemin est un homme à procès ; M"« Dorfeuille les adore, et tous deux se trouvent rapprochés jet réunis par le motif qui le plus souvent amène et produit les séparations.
La comédie de M. Samson n*a pas trop vieilli. Le caractère de Duchemin — le mieux tracé de la pièce — et celui de M"® Dorfeuille, la belle-mère, ce dernier cependant un peu chargé, sont des plus vraisemblables et des plus amusants.
Une actrice, qui a eu de grands succès au boulevard, M"" Lambquin, débute à la Comédie-Française parce rôle important et difficile de M"« Dorfeuille. Elle montre beaucoup de verve dans le personnage de cette femme fantasque, d'un caractère entier, un peu tête folle, qui aime les tempêtes, les provoque et les sait dominer quand même. On l'applaudit avec chaleur dans plusieurs scènes, et cette
comédienne habite est dès lors admise par le public qui, d'ailleurs, la connaît déjà ^.
Les autres rôles sont joués par MM. Samson(Duchemin), Maillart (Darcy), Monrose (Paul), Mirecourt (Gérard) ; Mmes Ritnblot (Mme Mirecourt), Favart (Élise).
3o Mai. — Rentrée de M*'« Rachel qui est en congé depuis le i®' juin de Tannée précédente 2, Elle joue Phèdre devant une salle comble; accueillie avec un grand enthousiasme, elle est rappelée après le quatrième acte. — M. Raphaël Félix, son frère, rentre, à ses côtés, par le rôle d'Hippolyte; M"« Favart joue Aricie. L'Empereur et rimpératrice assistent à la représentation.
6 Juin. — Anniversaire de la naissance de Pierre Corneille. — Cest seulement le 6 juin 1842 que la Comédie célébra pour la première fois cet anniversaire, en jouant solennellement le Cid ^ et le Menteur *. Le buste de Cor-
1. Elle avait joué l'avant-veille, pour son premier début, le rôle de Bélise dans les Femmes savantes. Née en 18 12, M»» Louise-Estelle- Guénard avait épousé en i836 l'acteur Louis Lambquin. Avant d'arriver à la Comédie-Française, elle avait joué à la Gaité,au Vaudeville et au Gymnase dramatique. Son grand succès dans le drame le Château de Grantier donna lieu à son admission à la Comédie-Française. Voici comment Jules Janin a parlé de Mm» Lambquin, au sujet de cette création : ... • Et dé* fendez-vous contre Taccent pathétique, contre la voix, les larmes, le silence les gémissements, les plaintes, la douleur éloquente de M^e Lambquin. Je vous en défie!... Elle est la douleur même, et je ne vois pas une seule comédienne aujourd'hui, pas une, entendez- vous, qui puisse arriver ainsi, sans recherche et sans effort, à cette expression intime, à cette vérité de la douleur. Et quand on songe que cette femme admirable, cette duègne-reine a frappé vainement à la porte du Théâtre-Français I. . . »
2. Elle avait paru sur la scène une seule fois, dans l'intervalle, à l'occasion de la fête de l'Empereur, le i5 août précédent, et elle venait de passer un fructueux hiver à Saint-Pétersbourg.
3. Ont joué les rôles en 1846 : MM. Guyon (Don Diégue), Beauvallet (Rodrigue); MU« Maxime (Chimène).
4. Ont joué les rôles en 1846 : MM. Firmin, Samson, Leroux; M"» Noblet, Deoain, Brohan.
neille fut couronné au milieu d'une cérémonie, dans laquelle parurent les principaux artistes de la Comédie. Cependant, ce spectacle extraordinaire attira peu de monde, et la recette ne dépassa pas 5oo francs. Cette fois, la présence de M"« Rachel, dans Tun de ses meilleurs rôles, avait amené la foule. On jouait les Horaces avec la distribution suivante :
Le vieil Horace. MM. Beauvallet.
Curiace. . — Raphaël Félix.
Camille. M««« Rachel.
Sabine. — Rimblot.
La représentation avait commencé — chose assez curieuse à noter — par une pièce de Molière, V École des maris. Elle se termina par une cérémonie où parut toute la Comédie en costume, chaque artiste dans un rôle de son emploi. M"« Rachel, le front ceint de lauriers, s'avança, une palme à la main, sur le devant de la scène, où elle déclama une ode de M. Théodore de Banville : la Muse héroïque^ écrite spécialement pour la circonstance. Elle couronna ensuite le buste du*grand poëte tragique, autour duquel défilèrent tous les artistes.
7 Juin. — Représentation de retraite de Mme Hervey, ex-sociétaire.
M"' Anne-Marie Renée Macaire, dame Hervey, avait eu de grands succès, dans sa jeunesse, au Vaudeville de la rue de Chartres, où elle avait débuté en 1804; on l'y avait même surnommée « la Mars » de l'endroit. Elle parut, une première fois, sans grand succès, au Théâtre- Français, en 18 19, et une seconde fois en 1823. Elle y joua alors durant quatorze ans et fut admise sociétaire. Elle avait un certain talent, mais elle était, en somme, inf(érieure à la situation qui lui fut donnée. Retirée,
en 1839, avec 4,85o fr. de pension, elle n'eut pas à cette époque la représentation de retraite à laquelle elle avait droit, et c'est seulement aujourd'hui qu'elle en peut jouir.
Mme Hervey parvint d'ailleurs, malgré l'obscurité qui s'était faite autour de son nom, à composer une fort brillante soirée, à laquelle le public eut le tort de ne pas accourir en foulé ; car, en raison sans doute de la chaleur, la recette fut assez maigre.
La représentation avait pour principal attrait la reprise de Mademoiselle de Belle-Isle avec M. Dressant jouant pour la première fois le rôle de Richelieu. Il y fut trèsélégant, tout brillant de jeunesse et d'impertinence, et il eut un grand succès ; le public le rappela à la fin de la pièce ^. Le spectacle était complété par une petite comédie du théâtre du Gymnase : Un mari qui n'a rien àfaire^ et par une pochade d'actualité, la Question d'Orient^ jouée par les deux excellents comiques des Variétés, MM. Lassagne et Leclère. Enfin M"* Caroline Duprez, MM. Battaille et Jourdan de TOpéra-Comique, et M. Levassor, du Palais-Royal, parurent dans un intermède musical.
22 Juin. — Première représentation du Songe d'une nuit d'hiver , comédie en deux actes, en prose , de M. Edouard Plouvier.
C'est moins une comédie qu'une fantaisie que cette pièce vénitienne fort poétique, certainement, bien qu'elle soit écrite en prose, mais parfois bien obscure et bien incompréhensible. Tout y est de convention; la réalité de la vie n'y apparaît pas ; c'est de l'esprit, beaucoup d'esprit même, mais pas toujours du plus naturel ni du meilleur,
1. Ont joué les autres principaux rôles : M. Maillart (d'Aubigny) : M*M Aug. Brohan (M«« de Prie), Judith (Mil« de Belle-Isle).
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et qui a paru plus cherché que recherché. Il n'est pas jusqu'aux noms des personnages de la pièce, qui n'aient visé à l'originalité et au baroque : M. Got s'appelle Garifu, M. Bâche, Forabosco, M. Maillart, Angelo Dorovèse, et Ml*« Favart, Cléosina. C'est M*le Augustine Brohan qui, dans le personnage de Rosalinde, portait tous le poids de la pièce. Elle avait un costume vénitien, d'une splendeur merveilleuse, qui lui seyait admirablement. Elle joua avec une très-grande verve son très -long rôle, car elle était toujours en scène. A ses côtés, M. Bâche sut se £aire un véritable succès de gaieté, dans un rôle de quelques lignes.
22 Juin. — Première représentation de la Reine de Zr«5^o5, «drame antique en un acte, en vers, de M. Paul Juillerat.
Cette reine de Lesbos, c'est Sapho, dont la légende ne peut prêter à de bien longs développements dramatiques, et n'offre surtout qu'un intérêt restreint. La pièce antique de M. Juillerat a été écoutée avec intérêt par le public choisi de la première représentation; on applaudit de beaux vers bien frappés, bien ciselés ; mais l'ensemble de l'œuvre et le résultat de la soirée semblent promettre plutôt un succès de lecture qu'un succès de théâtre i.
La Reine de Lesbos était jouée par MM. Maubant (Pittacus), Ballande(Alcée), Candeilh(Phaon); M»ne* Judith (Sapho), Favart (Climène), Savary (Damophile).
Dans la même soirée, Miïe Ernestine Lafont, élève de Ml'e Anaïs, et de la classe de M. Provost, au Conservatoire, s'est essayée avec assez de succès dans le rôle d'Angélique, de l'Épreuve.