M. Provost )oue Arnolphe, et Mii« Dubois, Agnès
3. Cette critique de Tune de ses pièces, la seule d'ailleurs qu'ait jamais écrite Molière, fut jouée pour la première fois, et avec un vif succès, le i*r)iiin i663. On sait que Boursault se reconnut dans le personnage de
si enjouées, et en même temps remplies de tant de bon sens et de pointes philosophiques si comiquement exprimées* L'élite des sociétaires se montre dans cette dernière pièce, qu'on ne donne qu'à de longs intervalles et qui mériterait d'accompagner toujours la représentation du chef-d'œuvre dont elle est, en quelque sorte, le complément forcé. Voici la distribution des rôles :
Lysidas.
MM. Régnier.
Dorante.
— Geffroy.
Le marquis.
— Got.
Climène.
M"»" Aug. Brohan.
Uranie.
— Denain.
Elise.
— Judith.
Une scène en vers de M. Philoxène Boyer, les Muses de Molière, complète le spectacle. Elle est à plusieurs personnages, et machinée comme une petite féerie. Voici Scapin (M. Monrose) qui se^désole parce que sa muse est rebelle : chargé d'écrire l'éloge traditionnel du grand poëte comique, il ne trouve rien à dire et il serait sans doute bien longtemps encore embarrassé si tout à coup trois muses — il n'en implorait qu'une!... — ne lui apparaissaient au milieu d'un nuage. Elles viennent chanter l'une après l'autre, dans des strophes fort joliment tournées, les mérites immortels du grand génie dont elles ont été les meilleures interprètes. Ces muses représentent, en effet, M"« de Brie dans le costume d'Agnès (M"« Dubois), M"« Molière dans celui de Célimène (M"« Favart), et enfin Laforêt dans le jupon court de la servante Nicole (M"« Aug.
Lysidas et qu'il répondit à la critique de Molière par une petite pièce, h Portrait du peintre ou la Contre-critique de l'École des femmes que les ennemis de Molière tentèrent vainement de faire réussir sur le théâtre dj l'hôtel de Bourgogne (i663j.
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Brohan). Scapin écoute émerveillé : c'est le compliment même qu'il doit faire que ces jolis fantômes récitent devant lui : tout radieux il écrit sous leur dictée, et quand les strophes sont terminées le fond du théâtre s'ouvre et l'apothéose commence. Le buste de Molière apparaît entouré de tous les artistes de la Comédie-Française* dans le costume des principaux personnages des pièces du grand comique et tenant à la main des palmes et des couronnes en son honneur.
Cette gracieuse fantaisie, écrite en vers curieusement ciselés et d'une allure toute spéciale à leur auteur^ a obtenu un vif succès devant la brillaiîte assemblée qui remplissait la salle jusques aux combles. Il avait même fallu fermer les portes sur une foule pour le moins aussi nombreuse qui, elle aussi, avait rêvé de fêter Molière et pour laquelle on donna, le surlendemain, le même spectacle.
20 Janvier.— M. Talbot^, gendre du sociétaire Geffroy, et qui a acquis une certaine notoriété par delà les ponts, au second théâtre français, débute dans le rôle d'Harpagon, de r Avare ^, C'est un artiste intelligent et consciencieux, qui s'est voué, avant Page, à la spécialité des rôles de financiers, et qui promet de rendre de très-honorables et utiles services, en doublant d'abord ses chefs d'emploi.
21 Janvier. — Première représentation de les Pièges
1 . A l'exception de Mn^* Rachel, Arnould-PIessy, Augustine Brohan e Thénard.
2. Montalant (Denis-Stanislas) dit Talbot, né en 1824; il obtient un premier accessit an Conservatoire en i83o et débute peu après, à l'Odéon, par le rôle d'Oreste, dans Andromaque, Il abandonna d'ailleurs bientôt le genre tragique et sut conquérir une assez rapide réputation surtout dans l'aocien répertoire. Nous le retrouverons bientôt sociétaire.
3. Jouent les autres rôles : MM. Delaunay (Cléante), Got (Laflèche Régnier (maître Jacques); M»« Aug, Brohan (Frosine),
dorés ^ comédie en trois actes, en prose, de M. Arthur de Beauplan*.
Cette jolie comédie de mœurs aurait pu également s'appeler « les mauvais conseils. » Elle cherche, en effet, à démontrer leur terrible influence, mais elle laisse seulement entrevoir les résultats funestes qu'ils peuvent produire quand ils s'adressent à des esprits trop faibles pour être coupables de résister longtemps à leurs attirantes séductions. L'auteur nous présente un ménage heureux et modeste, dont la vie est simple, qui sait prendre les choses par leur bon côté et sans le regret ou l'envie des splendeurs ou des richesses des autres. Il introduit dans ce milieu, comme contraste, un riche agent de change et sa femme. Cette dernière est une mondaine brillante et futile et que le plaisir seul attire et occupe. Elle critique bien vite la simplicité de la jeune femme, les goûts casaniers du mari et leur prêche le luxe en leur offrant les moyens de Tacquérir sans scrupule. Le jeu, le terrible jeu de la Bourse, n'est-il pas là pour leur procurer des gains licites qui décupleront leurs ressources?... Tous deux cèdent à l'attrait merveilleux de ce tableau enchanteur; le mari joue, la femme joue également, mais la fortune ne leur sourit guère. Quand l'un gagne, par hasard, par hasard aussi l'autre perd et l'équilibre finit même par ne plus s'établir. Le ménage, jusqu'alors si sage et si modeste, ne paye pas moins de 20,000 francs comme liquidation la dure leçon qu'il vient de recevoir ; sans compter que, pendant ce temps, madame risquait son honneur d'honnête femme en présence des convoitises coupables de l'agent de change qui espérait bien que l'amour de sa
I. Ont créé les rôles : MM. Leroux (Martinoz), Bressant (Durante]), Got (Pierre)j M»«» Aug. Brohan (Laure), Favart (Emma). ^^^
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jolie cliente lui solderait ses différences, et que de son côté monsieur compromettait son cabinet en négligeant ses afiâires. Tous deux heureusement s'arrêtent à temps, sur les bords mêmes de l'abîme, et reprennent avec joie lear vie calme et simple, bien désillusionnés sinon déjà tout à &it guéris
Cette comédie bien pensée, élégamment écrite, arrivait au bon moment. La fièvre de spéculation et d'enrichissements rapides et même subits, qui devait être poussée si loin pendant toute la durée de l'empire, commençait alors en même temps que les immenses travaux qui allaient produire l'affluence inouïe et le déplacement de tant de capitaux. Ce n'est pas que la pièce de M. de Béauplan eût, le moins du monde, lesallures d'une satire virulente ou d'un pamphlet politique!... La censure ne lui aurait pas permis certaines critiques facilement indiquées, mais sortant du domaine de la simple comédie. C'était déjà beaucoup, d'ailleurs, qu'un écrivain pût stigmatiser sur le premier théâtre littéraire de la France, seulement par allusions des plus discrètes, et même dans une mesure restreinte, la passion de lucre et d'argent qui s'était emparée de tout le monde. Le ménage modeste qu'il mettait en scène représentait bien cette bourgeoisie à petits revenus qiji rêvait de s'enrichir à l'exemple de ces fortunes scandaleusement rapides qu'elle voyait s'élever autour d'elle. L'autre ménage — celui de l'agent de change — figurait cette race d'agioteurs sans scrupules pour qui étaient bons tous les moyens qui menaient à l'argent, et il ressortait de ce rapprochement une étude ingénieuse et d'une véritable portée morale. La vigueur seule a manqué à ce tableau dont les couleurs ont pu paraître un peu effacées et insuffisamment jetées sur un sujet si plein d'une palpitante actualité, et aux développements duquel, je le répète, l'auteur a dû
être empêché de donner toute leur force et tout leur éclat.
i«' Février. — M. Empis, membre de TAcadémie française et auteur dramatique souvent applaudi^, remplace^ à la tête de la Comédie, M. Arsène Houssaye, démissionnaire depuis plusieurs mois déjà.
M. Arsène Houssaye avait dû à sa réputation littéraire, non moins qu*à Tappui alors tout-piiissant de M"" Rachel, d'être appelé, en 1849, à rtionneur de diriger la Comédie- Française, en remplacement de M. Edmond Seveste. La situation financière de la société du Théâtre-Français était, alors, très-compromise ; ses dettes étaient énormes^, et bien que le répertoire nouveau ne manquât ni de mérite, ni d*éclat3, il n'attirait cependant pas la foule. Cette situation fâcheuse provenait surtout de la perturbation jetée, dans toutes les fortunes et dans toutes les affaires, par les événements politiques dont les plaisirs publics avaient également ressenti le contre-coup terrible. Ni M. Lockroy,' ni M. Seveste, qui s'étaient succédé comme directeurs de la Comédie depuis la révolution de 1848, n'avaient pu conjurer le péril ni même arrêter le déficit
1. Sîmonis (Àdolphe-Dominique-FIorent-Joseph), dit Empis; né à Paris le 29 mars 1793.
2. Son passif s'élevait au chiffre de près de 5oo,ooo francs.
3. Voici les principales pièces nouvelles données à la Comédie-Française depuis la révolution de 1848 jusqu'à Tavénement de M. Arsène Hossaye :
En 1848 : L'Aventurière, d'E. Augier; // faut qu'une porte soit ouverte ou fermée et 11 ne faut Jurer de rien, d'A. de Musset; les Frais de la guerre, de Léon Guillard; la Vieillesse de Richelieu d'Octave Feuillet et Paul Bocage; André del Sarte^ d*A. de Musset; Daniel, de Ch. Lafont.
En i8.|9 : Louisoriy d'A. de Musset; le Moineau de Lesbie, d'A. Barthet; Adrienne Lecouvreur, de Scribe et Legouvé ; On ne saurait penser à tout, d'A. de Musset ; la Chute de Séjan^ de Victor Séjour etc..
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toujours croissant, et ils avaient — administraiivement — succombé à la tâche.
M. Arsène Houssaye eut plus de bonheur ; il était aussi d'une nature plus heureuse, d'un caractère plus facile, tout plein de charme et de grâces, et il avait surtout Tesprit le plus accommodant et le plus conciliant du monde. Ses rapports avec les* artistes du Théâtre- Français furent aussitôt des meilleurs, et il en fut de même de ses relations avec les auteurs en renom qu'il sut garder ou attirer à la Comédie- Française ^. Il laissa donc à son successeur la Comédie en pleine prospérité, avec un répertoire moderne largement accru et fortifié, en même temps qu'il remettait entre ses mains, au point de vue financier, une situation nette et liquide de tout arriéré. Le gouvernement de l'Empereur le récompensa de ses services au Théâtre- Français en créant, en sa faveur, une place d'inspecteur général des musées de province, qu'il était, mieux que personne, apte à bien remplir. Deux ans plus tard, il était promu au grade d'officier de la Légion d'honneur 3.
I- Liste des principales pièces nouvelles jouées sous la direction de M. Houssaye jusqu'au i«r janvier i853 :
£a 1849 : Gabr telle, d*E. Augier.
En i85o : Charlotte Corday^ de Ponsard; Horace et Lydie, du même ; fe Chandelier^ d'A. de Musbet ; un Mariage sous la régence, de Léon Gaillard j les Contes de la reine de Navarre, de Scribe et Legouvé ; les BnnenUs de la maison^de Cam. Doucet; le Joueur de flûte, d'E. Augier.
En i85i : Valéria, de Maquet et Lacroix; Bataille de dames, de Scribe et LegoQvé; la Fin du roman, de Léon Gozlan; les Caprices de Marianne, d'A. de Musset ; A/We de la Seiglière, de Jules Sandeau.
En 1862 : la Diplomatie du ménage , de M»« G. Berton; Diane, d'É. Aujîier; Ulysse, de Ponsard; le Bonhomme jadis, dt Murger; Sullivan, de Melcsvjlje; le Cœur et la dot, de Mallefille.
Il but ejcore citer à l'avoir de M. Houssaye la reprise des principales pièces de V. Hugo et A. Dumas .