Dressant et MUe Bonval jouent les autres rôles
3. MM. Provost (M. de Clainville), Détieulette (Leroux), Got (Lafleur) ; M»« Bonval (Julie). La dernière reprise avait eu lieu le 4 mars i852; la pièce a été jouée pour la première fois le 27 mai 1768.
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même jour, à la suite d'une courte maladie, â neuf heures et demie du soir.
M"«Allan avait paru fort jeune sur les planches du Théâtre-Français; elle y avait joué, dans son enfance, le rôle de Joas dans ÏAthalie de Racine. Quelques années plus tard, elle débutait, sous son nom de jeune fille, Louise Despréaux, au théâtre du Gymnase, où elle séjourna sept ans (i 83 1-3 7). Elle alla ensuite passer en Russie les dix amiées réglementaires avec son mari, le comédien Allan, qui joua à côté d'elle les premiers grands rôles sur le Théâtre-Français de Saint-Pétersbourg*. M"* Allan rentra définitivement à la Comédie-Française le 37 novembre 1 847, dans le Caprice. Musset n'avait pas encore été joué au Théâtre-Français.
■ C'est donc Mm* Allan qui eut, la première, l'honneur insigne de mettre en relief, sur une scène française, les qualités dramatiques de l'illustre poète, et c'est dans l'un de ses proverbes les plus exquis, celui-là même qui lui avait valu ses meilleurs succès en Russie, qu'elle reparut à la Comédie-Française. Le souvenir de cette éminente artiste demeure donc éternellement lié â cette prise de possession de notre premier théâtre littéraire, par cet écrivain suave et doux qui s'était toujours jusqu'alors si vivement défendu contre ceux qui lui conseillaient d'aborder la scène, où il lui semblait impossible de réussir sans observer certaines règles et conventions spéciales auxquelles son esprit fan* taisiste ne voulait ni s'astreindre ni se plier. Presque toutes les comédies de Musset réussirent au théâtre, parce qu'en raison de leur imprévu charmant elles ne ressemblaient à aucune de celles qu'on était habitué d'entendre, — à Tex-
I. ■ Elle apporta de Saint-Pétersbourg, dans son manchon, Alfred de Mosiet, inconnu en France comme auteur dramatique. • (Th. Gautier.)
l36 LA COHÉDIE-FRANÇAISB.
ception, toutefois, d'une seulequ'il avait précisément voulu écrire en vue de la scène et d'après ces règles et ces conventions mêmes dans lesquelles il redoutait tant d'enfermer, comme dans une prison, son inspiration si capricieuse et si poétique *.
C'est pendant la première représentation de la reprise de Bertrand et Raton^, versonzeheuresdusoir,quelaGom édie- Française apprît le malheur qui la frappait. Ce fut Une consternation générale ! Celte mort était si foudroyante et si subite t Ilyavaitstpeude )oursqueM'°'Allanavait encore été vue par tous, et on était, surtout, si éloigné d'avoir de fatales appréhensions sur l'issue de la maladie qui retenait chez elle l'érainente artiste! Le 25, jour des obsèques *, le théâtre fit relâche, et toute la comédie suivît jusqu'au lien du repos* les restes de cette comédienne accomplie, disparue, jeune encore *, et au moment où elle était parvenue â l'apogée de sa réputation et de son talent.
16 MARS. — Naissance, à trois heures un quart du matin, d'Eu gène- Louis-Jean- Joseph Napoléon, prince impérial. La Comédie, qui avait afUché la Jocondt et la Gageure imprévue, demande, en toute hâte, dans la journée, à M. Méry, une pièce de vers quelconque, à l'effet de célébrer, le soir même, le grand événement. Le fécond et iné-
I. Ila'agll ici de LouisoH, Comédie ca 1 actes, et en vers, dsnundâi A. de Muiiet pour k Théïlre-FranfRJi :oCi elle fut reprisenléc, »ec an tacçit pina qm conteMé, le 11 fïvrier 184g. Lea rSles en farcnt ctéi) pu; Brindean, Régnier, M>» Méllngue, Judith et Ansli.
1. Mtme distribution qu'à la derniire reprise (Vofei 5 inia i853), 1 l't\ ception des rfilesde Cliristine et de Marie-Julie, où M"" FiMit e1 Joovanle remplacent M»" Rebecca et Noblel.
:'. N"Allaniiabiiaiilen»47<isl»r"eLa''i«s: ses obsèquea rurcatc«l6biéei en l'ifMie Notre-Dame de Lorette, à 9 heures du matin.
t. Mb* Allin n'avait p» plus de 45 ani.
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puisable poëte compose, « à la vapeur, w une ode, qu'il intitule le Prince impérial, et que M. Beauvallet déclame aux applaudissements du public, auquel Taffiche n^a pu annoncer cette bonne fortune,
Le lendemain, 17, à deux heures de l'après-midi, tous les théâtres de Paris donnent des représentations gratuites *, aux frais de la liste civile. La Comédie-Française joue les^ Fausses Confidences et r Avare, et M. Beauvallet déclame, pour la deuxième fois, l'ode si rapidement improvisée, la veille, par M. Méry. L'afHuence est immense et la salle plus que comble; les loges, qui doivent ordinairement contenir quatre ou six spectateurs, sont remplies par dix ou par quinze personnes, absolument entassées les unes sur les autres. Les principaux sociétaires paraissent dans les deux pièces, et quelques-uns obtiennent des succès tout personnels que la qualité du public spécial, qui a envahi la salle, rend tout particulièrement flatteurs et précieux.
I. Voici le titre des divers à-propos et cantates qui furent déclamés ou représentés, ce ioar--Ià, sur tous les théâtres de Paris :
0p£ra : Une cantate de Pacini, musique d'Ad. Adam, accompagnant le Cùrtaire, ballet ;
Odéok : Le 16 Mars^ à-propos en vers de M. Philoxène Boyer, joué par Tisserant, Mme» Toscan et Jane Esler ;
Opéra-Comique : Cantate de MM. Barbier et Michel Carré, musique d'Halévy j
Théatri-Lyrique : Cantate, paroles du directeur, M. Carvalho, musique de Clapisson ;
Vaudeville : L'Espoir de la France, cantate ;
GniKASB : La Nativité, ode de Th. Gautier, insérée au Moniteur du nwiin et déclamée par M»* Rose Chéri ;
Vamétés : Le Berceau impérial, cantate ;
Palais-Royal : / 0 / Coups de Canon, à-propos en un acte ; *
Gait£ : l'Enfant de France, cantate ;
Porte Saint-Martin : Divertissement allégorique ;
Ambigu : A la Voix du Canon j cantate;
CiRQui-IicriiiiAi. : Cantate.
l38 LA COMÉDIE-FRANÇAISE.
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3o MARS. — M"« Céline Hugon, grand premier rôle tragique, débute dans le personnage de la Reine, des Enfants d* Edouard; le i«' mai suivant, elle reparaît dans Agrip* pine, d^Britannicus^, M"« Hugon est une artiste de valeur qu'un embonpoint prématuré a malheureusement éloignée de la scène bien avant l'âge de la retraite. Depuis son dé* part de la Comédie-Française, elle ne s'est plus produite sur aucun théâtre.
1 2 AVRIL. — Première représentation de Comme il vous plaira, drame en trois actes, de George Sand, d'après Shakespeare.
C'est avec un grand respect, mêlé de beaucoup d'admiration pour M"® Sand, qu'il convient de parler de sa tentative d'adaptation et pour ainsi dire d'acclimatation à la sç^ne de la comédie romanesque de Shakespeare. M^o Sand était le seul écrivain de notre temps qui eût le pouvoir et, en quelque sorte, le droit de toucher à une œuvre semblable 3 d'une forme si peu moderne , d'une poésie si étrange, dont le sujet est insaisissable et dont les per* sonnages appartiennent beaucoup plus au domaine si varié de la légende et de la féerie qu'à celui de la réalité. La comédie même de Shakespeare, littéralement traduite, n'est pas toujours compréhensible ; elle ne comporte, en vérité, ni intrigue, ni grands développements de caractères; les scènes s'y suivent sans ordre et un peu à l'aventure, selon les caprices du génie de l'auteur. Il fallait bien de l'habileté et bien du talent pour moderniser quelque peu cette pièce, qui, dans l'original, à proprement dire, n'en est pas une.
1. MM. Beauvallet (Néron), Maubant (Burrhus), Jouaoni (BritannicQs) ; Mlle Favart (Junie).
2. « Le génie a le droit de toucher au génie. » (Th. Gautier.)
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M"" Sand ne s'était pas, d'ailleurs, dissimulé les difficultés du travail qu'elle entreprenait; la lettre qu'elle a adressée à son excellent metteur en scène, M. Régnier, et qui sert de préface à la pièce publiée i, témoigne assez des craintes qu'elle éprouvait au sujet des difficultés qu'une étude soutenue de la comédie de Shakespeare lui faisait prévoir.
On ne peut dire que Mme Sand ait triomphé de ces difficultés mêmes, mais elle n'était pas tenue à l'impossible. Voulant conserver de Shakespeare la plus grande partie de sa comédie, lui laisser son caractère spécial, ses person* nages, leurs types singuliers et parfois même l'incohérence de leurs situations respectives, elle s'est bornée à mettre en style moderne, et dans cette prose si claire, si élégante, si forte, dont tant d'œuvres et tant d'années n'ont point diminué la forme et la vigueur admirables, la pièce même du plus grand poëte dramatique de l'Angleterre. Certains déplacements de scènes, quelques suppressions et modifications obligées constituent les seuls changements apportés par elle au fond même de la pièce 3. Il ne pouvait résulter d'un semblable travail qu'une oeuvre de la plus haute curiosité, au double point de vue artistique et littéraire; mais, en revanche, une pièce froide, trop longue et à peu près sans intérêt.
i> Comme il vous plaira a d'abord été publié, en une brochure ia«i8, à la librairie nouvelle, avec une préface-dédicace à M. Régnier. La pièce a reparu dans le théâtre, soi-disant complet de Mn* Sand, édité par les frères Lévy, Paris, 1869, tome IV,
2. I M» Sand a émondé les branchages un peu touffus de cette forêt pleine de dédales ; elle a rassemblé, comme dans la clarté d'un rond-point, ses mobiles personnages qui ne font qu'apparaître et disparaître à travers les éclairs et les ombres du labyrinthe où ils se promènent. »
(Paul de Saint- Victor.)
La Comédie-Française s'est toutefois grandement honorée en lui faisant accueil, et surtout en donnant à la mise en scène de cette sorte de féerie tous les développements et la magnificence qu'elle comportait si facilement. Cette forêt des Ardennes, où se passe tout le deuxième acte , ses arbres, ses rochers, le ruisseau qu'on entrevoit au travers des saules, et ces grands chênes « qui portent des siècles, » tout cela était, surtout, admirablement rendu. Les costumes si variés et si brillants étaient de la plus belle et de la plus luxueuse étoffe, et si Ton a pu trouver un peu triste la sombre et monotone toilette de Rouvière, « tout de noir habillé, » tout le monde a admiré les robes merveil* leuses et de couleurs si voyantes et si diverses que portaient M"" Plessy et Favart.
J'arrive à l'interprétation : il me paraît qu'elle eût exigé des artistes tout spéciaux et moins habitués aux formes classiques et aux traditions du vieux théâtre, et comme trop tenus sur la réserve par elles. Cette prose ailée et chantante semblait appeler la musique; un ballet n'eût pas été de trop, et un peu d'excentricité dans la manière de dire et même de marcher n'eût pas nui, non plus, à l'ensemble. C'est ce qui explique que M. Rouvière, qui débutait ce soir-là dans le rôle de Jacques ^, y ait obtenu
I. M. Rouvière (Philibert] a été Tan des artistes les plus étranges de no' tre époque. II ne manquait point de talent, mais bien qu'il eût passé par le Conservatoire et même par la Comédie-Française, oîi eut lieu son premier début au théâtre, il avait conservé des allures toutes personnelles qui n'étaient pas toujours empreintes du meilleur goût. Le rôle le plus fitvorable qu'il ait eu, dans toute sa carrière dramatique, a été celui d'Hamlet, dans l'adaptation de la tragédie de Shakespeare, par MM. A. Dumas et Meurice (i84()). Sa création de Maître Favilla^ à TOdéon (i5 sept. i835), avait aussi été tout à fait remarquable et elle avait même décidé de son entrée, pour trois ans, à la Comédie-Française, où il ne put d'ailleurs se maintenir. M. Rouvière, qui avait aussi un certain talent comme peintre de genre et de portraits, est mort le 19 octobre i865, à Fftge de 56 ans.
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une sorte de succès qu'il ne devait pas retrouver dans d'autres rôles à la Comédie-Française. Sa diction saccadée^ nerveuse, bilieuse même, n'a point paru déplacée dans le personnage assez bizarre qu'il remplissait, et il y a même obtenu, au deuxième acte, dans la longue tirade philoso- •phique qu'il débite sur la vie humaine, une petite ovation très-chaleureuse qui était d'un assez bon présage. Il tint jusqu'à la fin son rôle au même diapason, e.t il se montra certainement, de tous les créateurs de la pièce, plus encore peut-être par ses défauts que par ses qualités, le plus approprié à son personnage *.
La première représentation de Comme il vous plaira fut d'ailleurs très - brillante , et l'élite du monde des arts et des lettres, qui remplissait la salle, écouta, avec un plaisir véritable^ cette œuvre si riche de style et d'une si intéressante mise en scène. Mais là devait s'arrêter son succès, que le public des représentations suivantes et des jours ordinaires ne ratifia pas. La pièce n'avait pas été faite en vue d'amuser ce public même, mais bien pour lui servir un régal littéraire de la plus grande valeur et du plus haut goût. Personne, d'ailleurs, ne fut atteint par cet insuccès, ni Shakespçare, ni M"»® Sand, ni les sociétaires qui avaient eu l'honneur de recevoir la pièce. La caisse seule du théâtre en put souffrir ; mais qu'importe cette vulgaire question d'argent en présence de toutes celles, bien autrement élevées, que pouvait faire naître l'intéressante tentative dont la pièce de Shakespeare avait été l'objet?
I. Ont créé les rôles : MM. Delaunay (Roland), Maubant (le duc), Jacques (Rouvière), Mirecourt (Amiens), Talbot (Olivier des Bois), Anselme (Adam). Fonta (Frédéric), Monrosc (Pierre Touchard), Saint-Germain (Gaiilaume), Jouanni (Charles), Bâche (un chanteur) ; M">«» A. Plessy (Célia), Fa^art (Rosalinde), Emilie Dubois (Audrey).f
14^ LA COM^DIEoFRANÇAISE.
2ï AVRIL, -^Excellente reprise du Joueur^ avec M. Le-^ roux, paraissant pour la première fois dans le rôle de Valère, qui devient désormais Tun des meilleurs de son répertoire. Il y montre, en effet, une verve charmante, beaucoup de tenue, et sa mémoire, ordinairement rebelle, le sert mieux que d'habitude. Les autres rôles du Joueur sont remplis par MM. Samson (Hector), Maubant (Géronte), M"" Judith (Angélique), Thénard (la Comtesse), Valérie (M™" la Ressource), Lambquin (M"« Adam}) Bonval (Nérine). C'est Tune des plus complètes interprétations du Joueur qu'ait jamais données la Comédie^Française.
3o AVRIL.— M"® Nathalie reprend, dans la Joie/ait peur, avec beaucoup de dignité et de convenance, le rôle de M«» Désaubiers, créé par Mme AUan, et que cette regrettable comédienne avait jusqu'alors exclusivement joué à la Comédie*Française. M. Candeilh joue également, pour la première fois, le rôle d'Octave, qu'avait créé M, Guichard.
9 MAI. — Rentrée de M. Métrême, jeune premier, qui ne manque ni de chaleur ni de distinction,, et qui a été l'un des bons élèves du Conservatoire. Il avait débuté une première fois à la Comédie-Française le 6 août i85o, dans Valère, de VÉcole des maris. Il effectue son deuxième début, aujourd'hui 9 mai, après un assez long séjour au théâtre de TOdéon, dans le rôle de Stéphane, de la Gabrîelle^ d'Emile Augier.
i3 MAI. — Débuts de M^^" Emma Fleury, jeune et agréable artiste du théâtre du Gymnase^. C'est l'une des plus intelligentes élèves de M. Régnier, et elle montre de
I . Elle a épousé, quelques années plus tard, le sculpteur Jules Franceschi.
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précieuses qualités dans le rôle d'Angélique, de VEpreuve, qui sert à ses débuts ^.
Le même soir, M"* Plessy reprend, dans Louise de Lignerolles^ le personnage de Louise, devenu vacant par suite du départ de M"" Rachel. Elle y est fort remarquable, précisément dans les parties du rôle où brillait moins Rachel; elle est plus coquette, plus maniérée aussi, plus complètement femme, en un mot, que sa devancière; mais elle ne saurait produire, malgré tous les efforts de sa vive intelligence, un effet comparable à celui que M"® Rachel savait tirer de ce rôle, dans l'interprétation duquel l'illustre tragédienne, luttant, elle-même, contre le souvenir de M"* Mars, avait obtenu l'un de ses derniers et de ses meilleurs succès *.
19 MAI. — Reprise du Cid pour les débuts d'un brillant artiste du Gymnase, M. Lafontaine^, et la continuation de ceux de M. Rouvière; Ce sont deux romantiques . de la plus belle eau, égarés dans le répertoire classique, dans la tragédie. Tout Paris connaît M. Lafontaine, qui a obtenu de fort charmants succès au boulevard Bonne nouvelle, et notamment dans Philiberte^ le Mariage dé Victorine, le Pressoir, le Fils de famille et enfin Diane de Lys. C'est un jeune et beau garçon, à Tattitude noble et ûère, dont le geste eit emporté, la parole ardente, et
1. MM. Leroux (Lucidor). Got (Biaise} } M»** LambqUln (M»* Ârganté} BoDval (Lisetle).
2. Même distribution que lors de la reprise du I2 janvier i853j à l'ex" ceptioo des rôles de Cécile et de Joséphine, où M">«« Fix et Lambquin remplacent M>b«* Rebecca et Thénard.
3. Louis-Henri-Marie Thomas, dit LafontaJne, né en 1826. Ses prômief-s débuts ont eu lieu aux théâtres des Batignolles, puis de la Porte Saint- Martin. Ce n'est qu'en i852 qu'il entra au Gymnase et qu'il commença à être connu du public.
qui doit beaucoup plus à ses dons de nature qu'à une étude bien suivie, ses succès et son talent. La nouvelle des débuts, à la Comédie-Française, de ce beau chevalier de Tancien théâtre de Madame, avait attiré la plus nombreuse et la plus sympathique assemblée. Lafontaine jouait Rodrigue et Rouvière Don Gormas. Mais, je Taidéjà dit, c'étaient^ là deux acteurs du boulevard, deux roman* tiques, deux ennemis nés du Cid et autres tragédies puresi et qui devaient forcément échouer dans une tentative dont les répétitions privées auraient déjà dû leur montrer, — aussi bien à eux-mêmes qu^à la direction du théâtre, à leurs camarades et à leurs amis, — les impossibilités et les périls. Quel plus vaillant Rodrigue que ce jeune et bouillant lafontaine, et quel Don Gormas mieux intentionné et mieux campé que Rouvière, pouvait-on cependant rêver?.. Hélas 1 la déception suivit de près cette espérance, qui n'avait malheureusement pas sa raison d'être!... Làfontaine eut certainement des emportements splendides et des colères sublimes, et Rouvière joua Don Gormas avec une exubérance de gestes et d'intonations qui eussent fait merveille sur quelque autre scène moins sévère; mais à la ComédiérFrançaise, où la tenue et la réserve sont de première tradition, c'était vraiment toute autre affaire! Les meilleures intentions des deux débutants tournèrent contre eux ; leur verve parut épileptique et leurs gestes hors de toute mesure. Ils semblèrent faux à faire plaisir et furent, en effet, aussi mauvais que possible. Les artistes de la Corné* die-Française, qui jouaient avec eux dans cette représenlation, parurent d'autant plus parfaits, et M"« Judith (Chimène) et M. Maubant (Don Diègue) furent surabondamment applaudis. M. Maubant fut tout particulièrement l'objet d'une ovation extraordinaire à laquelle ce modeste et précieux artiste refusait de prendre part, et il
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fallut en quelque sorte le traîner sur la scène pour le présenter au public, qui voulait Tacclamer, surtout comme protestation contre Tinvasion des « barbares )> dans le domaine de la tragédie.
Le dimanche suivant, 25 mai, M. Rouvière faisait, sans plus de succès, une nouvelle et dernière tentative de début dans le rôle de Néron, de Britannicus^ qu'il joua avec la même exagération de gestes, de tenue, et surtout avec des éclats de voix qui paraissaient souvent surhumains. M"« Meunier- Fleury, qui remplissait le rôle d'Agrippine, y fut, au contraire, très-sufïisante et très-convenable. On l'applaudit plusieurs fois dans la soirée, ainsi que Beauvallet, qui jouait Burrhus, et M"« Favart, très-mesurée et fort touchante dans le personnage de Junie*
Ce même soir, 25 mai, débutait dans le rôle d'Henriette, des Fewmè5 savantes ^^ une jolie et piquante artiste du théâtre du Gymnase, M"« Édile Riquer^. Elle réussit à souhait; elle était bien un peu émue et comme dépaysée dans ce répertoire classique, dont elle n'avait pas Thabi^ tude, mais elle eut toutefois plus de bonheur que ses camarades Rouvière et Lafontaine ; elle fut admise pensionnaire, et elle sut faire, ainsi que nous le verrons, — et le plus adroitement du monde, — une assez brillante carrière à la Comédie-Française.
26 Mai. — Première représentation, à la Comédie-Fraa-
1. Vadiu8 (Samson), Clitandre (Geffroy), Trissotin (Régnier), Chrysale ^ro?ost), Ariste (Maubant) ; Martine (Mn« Augustine Brohan), Bélise (Mm Thénard).
2. MU< Riquer, qui venait d'obtenir, en i85o^ un accessit d*opéra-comiqae, ra Conservatoire, n'en débuta pas moins au Gymnase, avec un assez vif sQccès, le 6 novembre i85a Elle n'a point joué sur d'autres théâtres, >vant son entrée à la Comédie-Française.
146 LA COMÉDIE-nUHÇAISE.
yaise, de ie Bougeoir, pièce ea via acte, de M. Qêmeot Caragucll.
Celte fiae et spirituelle comédie fut jouée pour la première fois à rOdéoo, le 21 mai t85z. C'est encore une de ces pièces sans intrigue qui doivent leur succès autant à l'esprit de leur auteur qu'au talent de ses interprètes. h>' Plessy est absolument parfaite dans le persomiage de M" de Luceuay, et l'on est toujours tenté de la trouver supérieure dans le dernier rôle de ce genre qu'on lui voit reprendre ou créer. Elle joue avec une verve, une grâce et une coquetterie adorables toute la grande scène princi' paie de l'ouvrage, celle ou il s'agit, — après qu'elle a fai[ cacher dans sa chambre un jeune imprudent qui lui est venu déclarer sa flamme, — de le faire évader sans bruit, sous les yeui: mfmesdeson propre mari, qu'elle amène insensiblement à se laisser bander les yeux et à jouer avec elle une sorte de colin-maillard qui sauve, de la manière la plus comique, une situation qui pourrait facilement tourner au drame. C'est M. Delauoay qui remplit, avec un sérieux fort plaisant, le rôle de Lucien, l'amant éconduit, et M. Bressant celui de M. de Lucenay, le mari d'une femme honnête qui repousse, pour le moment, les déclarations amoureuses, et ne veut pas se donner l'air de trop encourager les jeunes gens.