I- Dans le numéro du i5 avril i
2. Scènes et comédies^ un vol. in- 18, chez Michel Lévy, Paris, 1854 (première édition). C'est dans ce même volume que se trouvent le Cheveu tflanc et Dalila, pièces également mises au théâtre.
LA COHÉblE-FIUHCAIse.
;s ; les voyages ei les voyageurs oal du bon, et il ne faut rien exagérer. Ceux qui sont toujours chez eux ne sont pas moins à plaindre, si l'on envisage tous les admirables spectacles de la nature dont ils se privent, ttue ceux qui, courant perpétuellement le monde, ignorent les ioies ei les douceurs ineffables de la vie d'intérieur et de la famille.
La pièce est admirablement jouée par MM. Régnier (Rouvière), Samson (Dupuis); M»" Nathalie (M" Dupuis), Jouassain (Marianne).
6 Juin. — Très-belle représentation en l'honneur de l'anniversaire de la naissance' de Corneille : le Cid avec Beauvallei (Rodrigue), Maubani (Don Diègue), et M" Judith (Chimène), et /eAfenteur, joué par Leroux (Dorante), Samson (Cliton), Maubant(Géronte), et M"» Favart(Clarice), Savary (Lucrèce), Valérie (Isabelle), Bonval (Sabine),
9 Juin. — Reprise d'Amphitryon, comédie en vers et en trois actes, avec prologue, de Molière.
M. Empis, qui veut remettre e.i honneur l'anci.'n répertoire, avait inscrit, depuis bien longtemps, l'œuvre mythologique de Molière sur ses tablettes; mais Amphitryon est l'une des pièces de l'illustre potte qu'il est plus intéressant de lire que de voir représenter. De nos jours, en effet, la mythologie pure n'est plus prise au sérieux par personne, et le temps n'est pas loin où le théâtre contemporain ne l'exploitera plus que pour la tourner en plaisanieiieet même en ridicule. La comédie à' Amphitryon est d'ailleurs excellemment montée. Voici la distribution des rôles ;
Mercure. MM. Régnier.
ANNÉE l856. 149
Amphitryon. — Geffroy.
Jupiter. — Beauvallet.
Cléanthis. M"" A. Brohan.
Alcmène. — Judith.
La Nuit. — Bonval.
Toutefois, Teffet produit est, en général, très-rroid, et le public ne s'est guère déridé que par moments, aux saillies de Cléanthis que Mlle Brohan a lancées avec son éclat et sa bonne humeur habituels. Dois-je enfin le dire? on s'est quelque peu ennuyé. Je ne suis point ici, d'ailleurs, irrévérencieux à l'égard de Molière, je constate simplement un fait et je me borne, une fois encore, à renvoyer le spectateur à la lecture d^ Amphitryon, Tune des œuvres les plus poétiques de son immortel auteur.
14 Juin. — Représentation extraordinaire à l'occasion du baptême du jeune prince Impérial.
La Comédie-Française accompagne Par droit de Cori' quête, le Village et le Bougeoir de stances de M. Méry, la Paix et le Baptême, spépialement composées pour cette représentation' et que M. Beauvallet déclame avec un grand succès. Chaque strophe est accueillie par les bravos répétés du public.
Le lendemain i5, représentation gratuite, également en l'honneur du jeune prince. On donne le Village, le Legs, le Joueur et les stances de Méry. Cette fois, c'est un enthousiasme bien autrement frénétique que celui de la veille! La salle est d'ailleurs remplie, outre mesure, du public ordinaire de ces sortes de représentations ; il fait aux artistes l'accueil le pjus bruyant et le plus empressé et semble s'amuser prodigieusement, bien que le spectacle soit peut-être un peu délicat comme choix de pièces, pour ce qu'on est convenu d'appeler « le populaire. » Les stances de Méry sont acclamées à plusieurs reprises ; on crie de tous
l5o LA COHÉDIE*FRANCAISE.
les coins de la salle : Vive PEnipereur! vive le prince Impérial! et M. Beauvallet est obligé de redire, une seconde fois, la dernière strophe de la pièce de vers de Méry au milieu d'applaudissements sans cesse renouvelés. . 20 Juin. — Première représentation de le Pied d'argile^ comédie en trois actes, en prose^ de M., Eugène Bour* geoisi.
L'héroïne de la comédie de M. Bourgeois, c'est la modeste Mignon de Balzac, mariée et recevant chez elle son , idéal qui est devenu l'époux d'une autre. Placez, au milieu de ces deux ménages, un jeune officier brillant et fringant qui s'enflamme successivement pour les deux femmes, et enfin supposez que l'idéal de la nouvelle modeste Mignon n'ait pas répondu — lui présent — à l'opinion enthousiaste qu'elle s'en était faite, avant de l'avoir vu, et vous avez tout le canevas de la comédie de M. Bourgeois.
Ce n'est pas que le sujet de cette comédie fût moins intéressant que celui de bien d'autres qui ont honorablement vécu; mais ce qui a surtout manqué à son auteur, c'est l'expérience et l'habileté nécessaires pour qu'il ait su tirer parti des situations trop accumulées et mal déduites de sa pièce. L'exposition en avait plu; un joli caractère d'officier élégant, bouillant et compromettant, d'abord très-heureusement dessiné et fort bien joué par M. Delaunay, semblait devoir, jusqu'au bout, soutenir et égayer la pièce. Mais le chassé-croisé invraisemblable des déclarations dont cet officier se fait le porteur, et enfin la situation exagérée du philosophe — l'idéal de Modeste
I . Ont créé les rôles : MM. Geffroy (Fulgence), Delaanay (Gaston), Leroux (Rdfeer), Monrose (Dominique) ; M»" Fix jrma), Fay^irt (Valérie),
ANNÉE l856. l5l
Mignon — qui tombe le plus prosaïquement et le plus lourdement du monde aux pieds de la femme déjà désillusionnée, qui l'avait admiré sans le connaître, ont tellement compromis le troisième acte que les sifflets ont commencé dès la première scène, luttant avec les bravos de la claque payée, et qu'il s'en est suivi un tumulte indescriptible et tel que la Comédie- Française n'a pas eu souvent l'habitude d'en voir de semblable. La pièce, qui avait marché, pendant les premiers actes, dans les voies d'un succès honorable, mais modeste, s'est terminée par un désarroi général. Le nom de l'auteur fut proclamé au milieu de nouveaux sifflets — ce qui était d'un goût au moins contestable — et le lendemain M. Bourgeois retirait définitivement sa pièce.
Le même soir, reprise de Sganarelle, joué, dans ses deux principaux rôles, par Got (Sganarelle) et M"« Augustine Brohan (M"® Sganarelle) *.
22 Juin. — Nouvelle fête impériale au palais de Saint- Cloud, en l'honneur du baptêmedu jeune prince. L'Empereur donne un dîner de grand gala à la haute administration de l'État et au corps diplomatique. La Comédie- Française est appelée à représenter, dans la soirée, devant la cour, le Village et Par droit de conquête.
25 Juin. — Reprise de la Diplomatie du ménage^ comédie-proverbe en un acte, de M"® Caroline Berton^.
La diplomatie de M"« d'Étanges consiste à retenir chez elle, dans son intérieur, au coin de son foyer, son mari, M. d'Étanges, gentilhomme quelque peu blasé, en les lui rendant aussi agréables que possible. La pièce de M"* Ca-