‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 29 sur 67 · M. Sanison (Pasqain), MUe Judith (Sylvia · texte numérisé non relu

M. Sanison (Pasqain), MUe Judith (Sylvia

2. Son deuxième début a lieu le 7 août dans les [Femmes savantes Martme), et le troisième.le 1 5 août, dans l'Avare (Frotiae).

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c'est son poëte qu'il lui faut! — Et voyez de quelle manière le hasard va servir ses goûts et comme elle arrive heureusement à ses fins!... Julien d'Aubrée et Julien de Valneige ne font qu'un! Le chef d'usines, avant d'entrer dans l'industrie, avait, en effet, d'abord caressé les muses et publié des vers précisément sous le pseudonyme de Julien de Valneige ; mais la poésie ne lui ayant donné que des déceptions, il y avait sagement renoncé. Il peut donc satisfaire à la fois aux préférences du père et de la fille; pour l'une, il restera poëte ; pour l'autre, au contraire, il ne veut demeurer, — comme par le passé, — que le premier de ses ouvriers, en devenant son fils.

Cette jolie comédie, fort lestement menée et du meilleur style, a obtenu un très-honorable succès ^, en dépit de l'interprétation insuffisante du principal rôle. M. Leroux jouait, en effet, le double personnage de Julien d'Âubrée et de Julien de Valneige, et les rôles modernes conviennent, beaucoup moins bien que les autres, à son talent. Il aurait fallu dans ce rôle de jeune premier, si brillant, si tendre et si gai, ou M. Bressant, ou M. Delaunay. Aujourd'hui M. Leroux a surtout sa place dans les rôles un peu marqués du répertoire classique, et il n'est point de marquis plus élégant et de meilleure tenue, mais les jeunes gens actuels ne sont pas du tout son fait '.

1. Le nom de M. Léon Gaillard parut alors à peu près coup sur coup sur Tafiiche des trois premières scènes littéraires de Paris : le 6 août, le Gymuase avait joué une nouvelle comédie, le Mariage à Farquebuse, signée de M. Guillard seul, et le 4 septembre suivant, l'Odéon opérait sa réouverture par la première représentation du Médecin de l'ame, comédie en cinq actes, faite en société par MM. L. Gaillard et Maarice Desvignes.

2. Ont créé les rôles : MM. Monrose (Morand), Leroux (Julien}, Saiot- Germain; (Pierre), Tronchet (Barnabe)^ M>m Fix (Lucile), Valérie (Louison).

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17 Septembre. — Première représentation de Fais ce quedois^ drame en trois actes, envers, de MM. Adrien Decourcellcs et Henri de Lacretelle *.

Je neveux pas m'étendre bien longuement sur le drame de MM. Decourcelles et H. de Lacretelle, tentative d'ail* leurs honorable, mais qui n'a obtenu que ce qu'on est convenu d'appeler un succès d'estime. La trahison du connétable de Bourbon et l'expiation, toute morale, qui la suit immédiatement, fait le fond de la pièce nouvelle. Bourbon aime une sœur de Charles-Quint, qui joue d'abord le rôle d'une belle inconnue, pour laquelle soupire le connétable, et qui lui est apparue dans une fête nocturne : mais la princesse refuse d'épouser un chevalier félon t Bourbon est aussi puni dans son cœur de père : sa fille^ qu'il a d'abord abandonnée et qu'il recherche ensuite avec une passion subitement renaissante, va épouser, au moment où il la retrouve, le fils d'un vieux seigneur espagnol, très-rigide pour, tout ce qui regarde l'honneur, et Bourbon est contraint de garder vis-à-vis de lui, et de tous, un prudent incognito, comme père de famille. Il est même outragé par les Espagnols qu'il a cependant si bien servis aux dépens de son roi : quand François !«' passe captif, devant toute la cour de Madrid assemblée, c'est avec la plus respectueuse déférence que les courtisans le saluent ; mais dès que Bourbon paraît, ces mêmes courtisans enfoncent jusque sur leurs yeux, de l'air du plus profond mépris, leurs vastes coiffures qui demeurent impertinemment vissées sur leurs têtes.

I. M. Henri de Lacretelle est le fils de l'historien connu sous le nom de Lacretelle jeune, et le frère du général Charles-Nicolas Lacretelle. Il a été nommé député à l'Assemblée nationale le 2 juillet 1871, par le département de Sadne-et-Loire. Fais ce que dois est la seule pièce ; qu'il ait jamais fait représenter.

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La pièce n'est bâtie qu'avec des épisodes de ce genre, et elle manque de dénoûment. C'est à Rome qu'il fallait nous conduire pour nous faire assister à l'expiation complète du connétable, mais les auteurs n'ont fait qu'indiquer, en quelques mots qui terminent la pièce, le genre de mort qui attend le traître, sur les remparts mêmes de la ville éternelle.

Cette pièce froide, et peu' intéressante, n'a reçu qu'un médiocre accueil, et elle a disparu de l'affiche après cinq représentations *.

i8 Septembre. — Représentation extraordinaire donnée, par ordre^ en l'honneur du prince Adalbert de Bavière 2.

On joue Tartufe^ et le Malade imaginaire^. Il y a grande afïiuence de public et la représentation est fort belle. Le prince Adalbert, qui est un lettré, a lui-même indiqué la composition du spectacle.

i3 Octobre. — M"« Pauline Lebrun, élève de la classe de M. Beauvallet, au Conservatoire, où elle a obtenu, lors des derniers concours, un premier prix de tragédie, débute dans le rôle de Pauline, de Polyeucte,

Les débuts de cette jeune et belle personne sont annoncés depuis plus de deux mois ; on a fait un certain bruit autour de son nom et de son talent, et M"« Lebrun jouit déjà

1. Le drame Fais ce que dois a été joué les 17, 19, 22, 20 septembre et, pour la dernière fois, le 1 1 octobre. Ont créé les rôles : MM. Beauvallet (le connétable de Bourbon), Got (Charles^Quint), Bressant (François I*0< Maubant (Saint- Vallier); M»" Favart (Léonor) et Savary (Jeanne).

2. Frère du roi Maximilien II, alors régent, et fils du roi i^ouis I*r^ qui a eu un moment la trop fameuse Lola Montés pour Égérie. Il est oé en 1828.

3. M. Beauvallet joue Tartufe; M»* A. Plessy, Elmire, et M»* Pauline Granger, Dorine.

4. M. Provost joue Argan, et M. Régnier, pour sa rentrée, Thomas Diafoirus.

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d'une sorte de célébrité que ne justifie pas sufïisammenc le demi-succès de cette première soirée préparée de si longue main et si longtemps retardée*. Ce n'est pas que la nouvelle venue manque d'une certaine valeur, mais ses moyens semblent paralysés par une appréhension terrible^; elle a cependant quelques éclairs, et son intelligente physionomie est des plus sympathiques. L'ensemble de la représentation est, toutefois, médiocre, et l'effet produit évidemment de beaucoup inférieur à ce qu'en attendaient les amis de la jeune tragédienne, à ce point que la continuation de ses débuta, dans les divers rôles énumérés, si complaisamment, par la réclame anticipée que nous venons de reproduire, n'a pas eu lieu, de la part de l'administration de la Comédie-Française, avec un empressement bien marqué 3.

Le 18, M"« Lebrun joue de nouveau Pauline, mais on la laisse se préparer au personnage de Junie, de Britannic«5*, jusqu'au 7 novembre, et ce rôle, dans lequel elle montre encore de réelles mais d'incomplètes qualités, elle ne le joue que deux fois ^. Ce n'est que le 10 février sui-

1. On lit déjà dans le Moniteur du 5 août : « Mi'o. Lebrun, élève de M. Beaavallet, et qui vient d'obtenir le premier prix de tragédie au Con- Berratoire, commencera, à la fin de ce mois, ses débuts au Théâtre- Français : elle jouera successivement les rôles de Pauline dans Polyeucte^ de Chimène dans le Cid, d'Âménalde dans Tancrède, de Monime dans Mithridate, d'Hermione dans Andromaque, de Marie Stuart dans la pièce de ce nom, et d'Elvire dans Don Juan ou le Festin de Pierre. » Ajoutons que les splendides promesses de ce magnifique programme n'ont

amais été entièrement réalisées.

2. MU* Pauline Lebrun n'avait, jusqu'alors, paru sur aucun théâtre.

3. MM. Beauvallet (Polyeucte), Geffroy (Sévère), Maubant (Félix).

Le même soir. M»» Nathalie jouait, pour la première fois, dans // ne faut jurer de rien, le rôle delà baronne, devenu vacant par le décès de M« Allan.

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