M. Beauvallet (Néron); MU« Hugon (Agrippine
b. La deuxième représentation eut lieu seulement le 2 1 novembre.
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vant que M"« Lebrun est admise à effectuer son troisième début dans Marie Stuart ^, tragédie qu'elle jouera une seconde fois le i5 du même mois, avec le même genre de succès. De tout ce bruit exagéré, fait intentionnellement au sujet de cette artiste d'un talent distingué, mais lequel, en somme, ne s'élève pas au-dessus de la moyenne ordinaire, il reste simplement une tragédienne de plus à ajouter à la liste de celles que possède déjà la Comédie-Française et qui représentent — bien faiblement à elles toutes — la menue monnaie de l'incomparable artiste qui s'en est allée, hélas! à la recherche des dollars trompeurs de l'Amérique !...
14 Octobre. — Le Théâtre-Français remonte avec une distribution exceptionnelle, et pour ainsi dire à l'égal d'une solennité, l'immortelle comédie de Beaumarchais, le Mariage de Figaro :
Figaro. MM. Régnier.
Antonio. — Provost.
Brid'oison. — Samson.
Hartholo. — Talbot.
Grippe-Soleil. — Saint-Germain.
La comtesse. M»»» Nathalie.
Suzanne. — A. Plessy.
Chérubin. — Fix •.
Au quatrième acte M. Mazilier et Mil® Nathan, artistes de l'Opéra, dansèrent un pas de deux arrangé sur des airs espagnols.
C'était un grand attrait de curiosité que l'interprétation du rôle de Suzanne, confiée à M"» Plessy. Elle le joue avec
1 . MM. Beauvallet (Leicester), Maubant (Melvil}; M'i* Hugon (1* r^^^)*
2. A la représentation du 20 octobre, MU« Valérie reprit, avec on trèsvif succès, le rôle de Chérubin.
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un esprit des plus malicieux et une verve étourdissante. On pourrait cependant lui reprocher de se donner trop de mal pour accentuer encore les parties les plus saillantes du rôle et d'en trop souligner les effets. On a, toutefois, bien vivement applaudi Téminente comédienne, qui n'a jamais paru plus jeune, plus vive, ni mieux en possession de tous ses moyens que dans cette belle soirée.
i8 Novembre. — Première représentation de le Berceau, comédie en un acte, en vers, de MM. Michel Carré et Jules Barbier.
Encore un proverbe! Deux époux, qui ne s'aiment guère, se réconcilient devant le berceau de leur jeune en£int que le mari avait fait élever au loin et que la main pieuse et bien intentionnée d'un vieil oncle rapporte furtivement pour ménager à Gaston et à Valentine l'occasion d un rapprochement en présence de ce cher et irrésistible trait d'union. La pièce finit agréablement sur une pointe de sentiment et d'émotion; le sujet, peu nouveau, n'est pas rajeuni par les merveilles de son esprit ou de son style : c'est là du bavardage de salon, tout simplement versifié.
Le Berceau est vivement joué par M. Bressant et M*« A. Plessy, qui ont l'habitude de ces sortes de pièces. La gracieuse M^e Savary n'a guère qu'à se montrer dans un petit rôle trop effacé de soubrette.
27 Novembre. — Première représentation de les Pauvres d'esprit, comédie en trois actes, de M. Léon Laya *.
M. Laya, en écrivant sa nouvelle pièce, pourrait sem-
I. Ont créé les rôles : MM. Provost (Delaure), Anselme (Rousseau père), Bressant (Prosper Rousseau), Lafontaine (Albert Montfort) j M»" A. Plessy (Hortense Montfort), Lambquin lM"« Delaure;, Emilie Dubois (Henriette) Emma Flcury (Marianne).
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bler en avoir fait Tobjet d'une gageure, a Je ferai admettre au public, — s'est-il dit dans un monologue que nous supposons, -^ que les gens de lettres sont les hommes les moins propres qui soient à la vie régulière du ménage, qu'une femme aimante ne saurait être heureuse avec eux, mais qu'en revanche toute autre carrière, celle du notariat, par exemple, produit les sujets les plus parfaits et les plus aptes à faire les meilleurs maris. » Et de fait, s'il avait tenu ce pari, M. Laya doit savoir, aujourd'hui, à n'en pas douter, qu'il l'aurait tout à fait perdu.
Ce n'est pas Albert de Montfort, l'homme de lettres imaginé par M. Laya, qui nous déplaît le plus dans sa pièce, mais bien les divers personnages qui s'agitent autour de lui, cherchant à lui démontrer à qui mieux mieux qu'il n'est pas de plus sot métier que celui qu'il exerce, le harcelant, le ridiculisant, s'efforçant, celui-ci de l'empêcher d'aller lire une pièce qu'attend, à jour fixe, le Théâtre- Français, celle-là de le retenir par des raisons de sentiment et de cœur qui seraient précisément parfaites, étant mises au service d'une cause absolument contraire, tous enfin s'acharnant sur ce malheureux comme s'il avait embrassé une carrière inavouable ou commis quelque crime qui fit de lui l'objet de l'opprobre général. Et pendant que ce pauvre Montfort, auteur incompris, lutte de toutes ses forces contre ce toile inexplicable, son ami, un notaire d'une espèce toute spéciale, qui fait, lui aussi, mais en secret, des pièces et de la poésie — à ses heures — est exalté outre mesure, et triomphe, au dénoûment, du cœur d'une jeune espiègle qui avait rêvé, à son tour, d'épouser un (( gent de lettres. » C'est le notaire qu'on admire, c'est l'écrivain dramatique que l'on bafoue! Sa femme ellemême se joint à la meute et elle lui arracherait volontiers le serment de ne plus jamais écrire une ligne pour le
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théâtre et de se confiner à perpétuité, avec elle, entre quatre murs, dans sa robe de chambre et dans ses pan-* toufles!,..
M. Laya, homme de lettres, plaidant contre lui-même et contre sa propre cause, tel est le spectacle que nous a présenté la pièce nouvelle, spectacle aussi triste qu'inattendu de la part d'un écrivain justement applaudi pour ses ouvrages dramatiques. Cest la revanche des a pauvres d'esprit » contre ceux qui en ont trop, que M. Laya a prise pour point de départ de sa pièce, sans songer qu'il englobait dans la généralité ses auditeurs eux-mêmes, qui l'ont ainsi parfaitement compris et qui le lui ont bien prouvé en sifflant sa nouvelle comédie i.
M. Lafontaine faisait son troisième début et sa première création au Théâtre-Français, dans le personnage d'Albert de Montfort, Thomme de lettres méconnu. Le rôle est mauvais, mais il renferme quelques scènes et notamment une tirade où Montfort plaide chaleureusement ses droits d'écrivain 2, qui ont fourni à M . Lafontaine l'occasion d'un succès tout personnel qu'il attendait encore à la Comédie-
1. ■ Si M. Laya a compté sur l'assentiment du public, il s'est trompé. l'C public n'a pas voulu se faire complice de cette immolation de la poésie, il a vertement sifiBé, à la fin de la pièce, un auteur qu'il a l'habitude d'encourager et d'applaudir. Le public est un sultan blasé d'une grande susceptibilité à l'endroit de la louange; il aime la vapeur de l'encens, mais il n'aime pas qu'on lui donne de l'encensoir sur le nez, et il s'est trouvé fort médiocrement flatté de cet hymne aux « pauvres d'esprit » auxquels on l'assimilait, car il s'estime, avec raison, très-spirituel, très-poétique, trèsidéal et doué des plus nobles instincts ; il a pris chaudement le parti de l'homme de lettres contre l'auteur, et les notaires ont vengé l'outrage fait à la muse. Quoique toute chute soit pour nous un spectacle pénible, nous avonoos que, comme po€te, comme écrivain, nous avons été touché du beau sentiment de cette assemblée qui arrêtait la main d'un fils souffletant M mère, d'un littérateur insultant la littérature. » (Th. Gautier.)
2. Acte III, scènes xi, xii et xiii. l,a pièce 4 été publiée che? Michel Uvy et a eu deux éditions,
Française. M"« Plessy a un rôle bien larmoyant et bien terne, celui de la femme du poëte, femme sans caractère, qui ne sait trop ce qu'elle veut, et dont le personnage est ingrat parce qu'il est à la fois outré et faux. L'éminente comédienne s'y est sentie si mal à Taise qu'elle l'a abandonné presque aussitôt à Mïle Favart *, qui l'a conservé jusqu'à la fin des quelques représentations de la malencontreuse pièce de M. Laya.
6 DÉCEMBRE. — M"® Stella Colas, élève de la classe de M. Samson, au Conservatoire, débute par le rôle de Zaïre, dans la tragédie de Voltaire 2. M^e Colas, dont la physionomie est pleine d'intelligence et d'esprit, et qui a beaucoup de grâce naturelle, est malheureusement mal servie par ses moyens physiques. Elle est de fort petite taille, et il n'est pas probable qu'elle puisse aborder jamais les grands premiers rôles. Elle ne produit que peu d'effet dans celui de Zaïre, bien qu'elle le dise avec un sentiment très-expressif et très- vrai. Elle réussit mieux dans la comédie, où elle paraît, pour son deuxième début, le 19 décembre suivant, dans Mademoiselle de Belle-Isle 3. Elle trouve encore un meilleur succès dans son troisième rôle, celui de Richard, duc d'York, des Enfants d* Edouard *, qu'elle joue, pour la première fois, le 21 janvier 1857. On peut dire qu'ici l'interprète a été, de tous points, à la taille du personnage. Mil» Stella Colas le joue, en effet, avec un charme et une émotion très-communicatifs. Elle est fort applaudie, mais