‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 32 sur 67 · Alceste, M. Geffroy, Célimène, M»» Arnould-Plessy · texte numérisé non relu

Alceste, M. Geffroy, Célimène, M»» Arnould-Plessy

3. La première représentation date du 18 mai 1801 ; elle eut lieu à la ulle Louvois. La pièce fut d'abord jouée en cinq actes. Le quatrième fut supprimé aux représentations suivantes et le cinquième prit sa place. Il y «▼ait quinze ans que la Comédie-Française n'avait pas joué la Petite Ville doDt rOdéon avaitj dans le même intei-yalle, donné quelques reprises.

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L'idée en est fort ingénieuse ; Picard Favait d'ailleurs empruntée à La Bruyère ^ ; il aurait pu, par conséquent, plus mal choisir le point de départ de sa pièce. La trame de rintrigue multiple autour de laquelle s'agitent une série d'originaux de province, des plus authentiques et des plus drôles, n'est certes pas bien forte, mais les développements en sont charmants et étudiés sur nature. Tous ces provinciaux,qui défilent devant nous, avec leurs petits défauts et leur caractère étroit et mesquin, tournent plutôt, il est vrai, à la caricature qu'au portrait ; mais cette caricature est si plaisante et, en même temps, si mesurée que les divers épisodes de l'ouvrage constituent, dans leur ensemble, un tableau de mœurs du meilleur comique et que l'on revoit toujours avec plaisir.

La pièce est fort bien jouée, mais il faut tout particu* lièrement citer M"«* Thénard et Jouassain, qui ont fait de leurs rôles une création en quelque sorte nouvelle par leur entrain et leur originalité 2.

■2 FÉVRIER. — Un jeune premier, tout fraîchement sorti de l'école officielle qu'on appelle le Conservatoire, M. SuUy-Lévy, débute dans le rôle d'Éraste, du Dépit amoureux^. Ce jeune artiste ne fait que passer à la Comédie-Française qu'il quitte bientôt pour l'Odéon.

1. « J'approche d'une petite ville et je suis déjà sur une hauteur d'où te la découvre : je me récrie et je me dis : Quel plaisir de vivre sous on ai beau ciel, dans un séjour si délicieux!... Je descends dans la ville où je n ai pas couché depuis deux nuits que je ressemble à ceux qui l'habitent; Yc^ veux sortir. » (La Bruyère, chap. v.)

2. Ont repris les rôles î MM. Got (Riflard), Monrose (Vernon), Mirecour (Deiille); M»>" Thénard (M»* Guibert), Bonval (M»* Genneville), Jouasiajn (Nina Vernon), Valérie (Flore).

3. M. Régnier (Gros-René), M»« P. Granger (Marinettc). Le spectac'-tf est complété par le Jeune Mari et la Petite Ville ^ et l'Empereur cl l'Impcratrice assistent à la représentation.

14 FÉVRIER. — Première représentation de Un Vers de Virgile^ comédie en deux actes, en prose, de M. Mélesville 4.

La pièce de M. Mélesville ne s'élève guère, comme mérite littéraire, au-dessus de certains vaudevilles du Gymnase, agrémentés de couplets, toujours en situation. Ici les couplets ont été supprimés, parce qu'ils ne sont pas de mise au Théâtre-Français.

Le savant Claudius, homme trop épris de son latin pour 7 voir clair de bien loin, a recueilli la fille d'un certain gentilhomme mis à mort à la suite de complots révolutionnaires. Ce gentilhomme lui a fait parvenir, au dernier moment, mais sans pouvoir lui donner les explications nécessaires, une édition de Virgile des plus merveilleuses au point de vue bibliographique. Il n'a pu que lui faire dire que l'un des vers du volume, intelligemment compris, révélerait au vieux savant l'indication du lieu où se trouvait enfouie, dans le parc de l'un des nombreux châteaux du défunt conspirateur, la fortune qu'il destinait à sa fille. Aussi Claudius se casse-t-il la tête sur ce Virgile, passé pour lui à l'état de sphinx !

Ce Claudius aime à répandre sa science : il a plusieurs élèves; l'un, de basse extraction et besoigneux, fait son ménage et apprend le latin à ses moments perdus ; l'autre, un jeune et riche fils [de banquier anobli, étudie aussi le latin ; mais, pour lui, là science n'est qu'un prétexte ; c'est la belle Hélène, la fille du gentilhomme à l'elzévier qui l'attire chez Claudius, et c'est elle, en fin de compte, qu'il épousera après la découverte, par l'élève besoigneux du fameux vers indicateur : Tityre tu patulœ recubans

I. Ont créé les rôles : MM. Régnier (Claudius Goutmann), Delaunay (Henri Medleben), Got (Heirgott) ; MU« Dubois (Hélène).

sub termine /agi,,. Cest au pied d'un vieux hêtre, en effet, dans le parc de Tancien château du père d'Hélène, qu^a été enfouie une cassette qui ne contient pas moins de 800,000 florins^ avec je ne sais combien d^écrins de diamants de la plus haute valeur. Hélène remercie le ciel, devient heureuse, et Claudius retourne à ses bouquins. • Le succès de la soirée a été beaucoup plus pour le principal interprète de la pièce que pour la pièce elle-même, qui contient des longueurs et qui, à coup sûr, aurait gagné à être réduite en un seul acte. M. Régnier s'est montré, de tous points, admirable dans le personnage du vieux savant Claudius; il avait déjà paru, quelques années auparavant, sous les traits d'un savant de ce genre, à la fois puits de science et naïf bonhomme, dans Romulus d'Alexandre Dumas ; mais le rôle était moins développé, moins complet, et il n'avait pas surtout l'émotion véritable du rôle actuel, émotion que M. Régnier a si habilement fait valoir. Toute la salle a été transportée après cette belle scène du deuxième acte *, où Goutman découvre enfin le secret du trésor dans le vers de Virgile. L'éminent artiste a exprimé, avec une vérité et un naturel des plus touchants les phases successives d'espérances, et d'angoisses , par lesquelles passe le vieux savant avant de savoir si le trésor est réellement là où l'indication de l'elzévier fait supposer qu'il doit être. Cette création est le digne pendant de celle qu'a faite M. Régnier, dans la Joie fait peur : ces deux rôles sont une sorte d'incarnation si parfaitement personnelle qu'il sera toujours bien difficile de l'y remplacer.

1 2 Mars. — Première représentation de la Fiammina^ comédie en quatre actes, en prose, de M. Mario Uchard^.

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