‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 47 sur 67 · M. Beauvallet (Poîyeucte); M»» Favart (Pauline · texte numérisé non relu

M. Beauvallet (Poîyeucte); M»» Favart (Pauline

3. MM. Samson (Cliton), Delaunay (Dorante), Maubant (Géronte); M"« Favart (Qarice), Bonval (Sabine).

On a beaucoup ri des anxiétés et des irrésolutions du vieux Dubriage, qui ne sait auquel entendre et que son neveu et sa gouvernante mènent^ à tour de rôle, par le bout du nez. Samson est d'un comique parfait, et ne dépasse jamais la mesure dans ce rôle qui prête volontiers à la charge; M"® Nathalie interprète avec un égal succès le personnage de M"® Evrard, qu'elle n'avait jamais joué, et où avaient brillé les plus grandes illustrations de la Comédie-Française, M™«» Contât, Levert, Mante, etc. On ne saurait être plus mielleuse, plus caressante, ni d'une dissimulation plus charmante ; on conçoit facilement que le faible Dubriage se soit laissé prendre â tant de câlineries et de séductions. Maillart n'est pas Fartiste qui convenait au personnage du neveu; il m^inque d'un laisser-^ller suffisant et ce rôle travesti ne lui va qu'à moitié. La pièce a, toutefois, réussi, et Monrose (Georges), Talbot (Ambroise), M^e Fix (Laure), en complètent l'excellente interprétation.

i6 Juin. — Reprise, avec une distribution nouvelle, pour les principaux rôles, du Mariage de Figaro^ de Beaumarchais. C'est la première fois , en effet , que M. Dressant et M™« Madeleine Brohan paraissent, rue de Richelieu, dans les personnages du comte et de la comtesse Âlmaviva. Le succès tout personnel de M. Bressant est surtout à signaler ; il a le grand air, la tournure hautaine, la mine pleine de suffisance et ~ quand il le faat — la désinvolture du roué qui conviennent au personnage du comte, lequel a, en somme, plus de morgue que d'esprit. Le rôle de la comtesse permet à M"» Madeleine Brohan de montrer toute sa beauté splendide et sa tournure élégante : nous n'avions pas vu, depuis longtempSi au Théâtre-Français, de comtesse plus authentique. Régnier est encore, à cinquante ans, le plus alerte des Figa-

ro, et Samson est d'une bêtise et d'une boursouflure sans pareilles, dans le rôle de Bridoison; enfin on ne loue plus la verve, la gaieté comraunicative ni la spirituelle malice de Mme Aug. Brohan, dans le personnage de Suzanne.

La Comédie s'était mise en frais de tous genres pour cette reprise; l'Opéra avait fourni le ballet, et voici la distribution complète et vraiment irréprochable de la pièce qui a produit, en quelque sorte, l'effet piquant d'une nouveauté, grâce â cette distribution même :

Almaviva. MM. Bressant.

Figaro. Régnier.

Bridoison. Samson.

Antonio. Provost.

Bartolo. Barré.

Suzanne. M»" A. Brohan.

La comtesse. M. Brohan.

Chérubin. Fix.

Fanchette. Savary.

Marceline. Jouassain.

18 Juin. — Débuts de M. Eugène Provost, Tundes fils de l'éminent sociétaire de ce nom. Premier prix du Conservatoire, aux concours de i858, M. Provost fils débute directement, rue de Richelieu, sous les auspices de son père, par les rôles d'Arnould de la Famille Poisson 1, d'Alain des Héritiers, et le 23 juin suivant par celui de Lubin de Georges Dandin 2.

Le débutant, qui n'a encore que vingt-deux ans, a une bonne physionomie comique et la grande habitude du

I. MM. Samson (Paul), Provost père (Raymond), Talbot (Beauséjour); MB«Bonval (Marianne).

a. MM. Provost père (Georges), Talbot (Sotenville), Garraud (Clitandre); M«M Favart (Angélique), Lambquin (M»» de Sotenville), Bonval (Claudine).

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théâtre, qu'il a toujours fréquenté dès sa plus tendre enfance. Il n'a ni la timidité, ni la gêne des nouveau^L venus, et il se sent un peu comme chez lui sur cette scène illustre à laquelle ,on Tavait depuis longtemps destiné. Il serait tout-efois difficile d'affirmer que ce soit là, selon le terme consacré, une bien précieuse recrue. Nous aimons mieux, en général, dans un débutant, un peu moins d'assurance, à la condition qti'il montrera une originalité quelconque. M. Provost fils est un comique de second ordre qui a donné, du premier coup , sa mesure et qui, bien que très-intelligent et d'une verve et d'une tenue suffisantes, ne s'est jamais élevé au-dessus du niveau qu'il avait tout d'abord atteint*.

5 Juillet. — Continuation des débuts de M"*« Guyon, reprenant, pour la première fois, dans la Joie fait peur^ le rôle de Mme Désaubiers, créé parM™» Allan. Le personnage est fait tout entier de pleurs et d'émotions d'abord contenues, puis tout à coup débordant dans une explosion finale d'amour maternel, où M"* Guyon a eu de fort beaux élans dramatiques. Les autres rôles sont remplis par les artistes de la création.

S Juillet. — Reprise du Philinte de Molière ou la suite du Misanthrope^ comédie en cinq actes et en vers, de Fabre d'Églantine, et le chef-d'œuvre de son auteur. Cette pièce, qui présente un type d'égoïste assez réussi, bien qu'un peu exagéré, a eu, en son temps, un assez vif succès qu'elle ne retrouve pas de nos jours; outre que ses développements sont bien longs, elle est en général assez froide et, à coup sûr, plus littéraire que scénique. L'interprétation n'en est pas non plus irréprochable, et on y

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